Politique

Algérie : entre Ahmed Gaïd Salah et Abdelkader Bensalah, un dialogue de sourds

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Alors que le président par intérim Abdelkader Bensalah avait accepté les préalables au dialogue politique fixés par l'instance de médiation, le général Ahmed Gaïd Salah les a balayés, et a réitéré jeudi 8 août son appel à une élection présidentielle dans les plus brefs délais.

Si Bensalah rime avec Gaïd Salah, ce n’est pas pour autant que leurs avis convergent. Alors que le Forum civil pour le changement (FCC) commençait enfin à se concrétiser, le chef de l’état-major algérien vient mettre son veto à l’initiative. « Il n’est plus question de perdre davantage de temps », a tranché Ahmed Gaïd Salah.

Après plusieurs semaines de silence, le patron de l’armée a pris la parole à l’occasion d’une cérémonie en l’honneur des lauréats des cadets de la nation aux concours scolaires, le 30 juillet à Alger. « Nous espérons que le dialogue sera couronné de succès et de réussite, loin de la méthode imposant des préalables allant jusqu’aux diktats », a-t-il prévenu. Le message est clair : aucun compromis n’est à attendre de l’armée. Rappelons que l’objectif ultime de ce dialogue – de plus en plus à sens unique – reste l’organisation d’une présidentielle dans les meilleurs délais.

Quel interlocuteur pour le dialogue ?

Pourtant, cinq jours plus tôt, le président par intérim ouvrait les portes du palais d’El Mouradia à six membres du panel de personnalités appelé à mener un dialogue national inclusif. À l’issue de la rencontre, Abdelkader Bensalah s’est dit disposé à mettre en œuvre les mesures d’apaisement énumérées par le Forum, à savoir le respect du caractère pacifique des manifestants, la cessation de la violence, l’allègement du dispositif policier, l’ouverture des accès à la capitale, la libération du champ médiatique, le départ du gouvernement en place et, avant tout, la libération des détenus d’opinion, dont celle du moudjahid Lakhdar Bouregâa, comme le réclament les manifestants.

L’instance de dialogue, conduite par Karim Younès, semblent avoir présenté ses revendications à la mauvaise personne

Mais Lalmas Smail, Lazhari Bouzid, Abdelwahab Bendjelloul, Benaissa Azzedine et Fatiha Benabbou, conduits par Karim Younès, semblent avoir présenté leurs revendications à la mauvaise personne… Libérer ceux qui seraient « qualifiés à tort de prisonniers d’opinion » n’est qu’une « idée empoisonnée » véhiculée par « la bande », a averti Ahmed Gaïd Salah, qui a aussi rappelé que « seule la justice est souveraine de la décision, conformément à la loi, concernant ces individus qui s’en sont pris aux symboles et aux institutions de l’État et ont porté outrage à l’emblème national ».

Abdelkader Bensalah serait-il allé trop loin ? Après les nombreuses critiques adressées au FCC de la part d’une partie de l’opposition et de la société civile, mais surtout après les annonces sans équivoque de Gaïd Salah, les défections se sont multipliées. La feuille de route a perdu en crédibilité. Et cette initiative semble désormais vouée à l’échec avant même sa mise en place. Le panel guidé par Karim Younès, lequel a démissionné avant de se rétracter dans la foulée, a finalement décidé de poursuivre le « dialogue » en abandonnant tout préalable.

La carotte et le bâton

Depuis la chute d’Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Gaïd Salah a souvent répété son attachement au « dialogue ». Il l’a ainsi qualifié de « sérieux », « rationnel », « constructif », « clairvoyant » ou encore « intègre », ignorant les pancartes et les chants des Algériens qui réclament son départ tout comme celui de Bensalah. Bien que ce concept soit martelé sans interruption depuis cinq mois, le pays demeure dans une impasse, désormais appelée crise.

L’État dans toutes ses composantes, y compris l’institution militaire, ne sera pas partie prenante au dialogue, avait pourtant tenté de rassurer Bensalah

Début juillet, le président par intérim avait pourtant tenté de rassurer les manifestants : « L’État dans toutes ses composantes, y compris l’institution militaire, ne sera pas partie prenante au dialogue et observera la plus stricte neutralité ». Mais cette déclaration a depuis été démentie par les faits. Pour certains, les mises en garde du chef d’état-major ne font que confirmer le vrai visage du pouvoir. Si d’un côté Bensalah se montre à l’écoute des propositions de la société civile et des partis politiques, de l’autre Gaïd Salah fixe les limites. La carotte et le bâton.

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