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Cet article est issu du dossier «Ticad VII : Japon-Afrique, une nouvelle dynamique ?»

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Économie

[Tribune] L’heure de vérité pour les relations Japon-Afrique

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Professeur à l'université de Kyoto

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, lors du Ticad 2016 à Nairobi. © DR / Ticad

La septième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad) doit être une nouvelle occasion de confirmer l’engagement du Japon auprès de ses partenaires africains, selon Oussouby Sacko.

Au début des années 1990, à la suite de la démocratisation en cours dans plusieurs pays africains, les dirigeants de pays développés ont exprimé leur intérêt pour le continent et ont proposé de nouvelles formes de coopération afin d’aider à son développement économique, social et culturel. Le Japon a été l’un des premiers pays à offrir une plateforme à l’Afrique pour discuter avec ses partenaires des besoins du continent et de ses jeunes démocraties dans un contexte global.

Depuis l’organisation de la première Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad) en 1993, avec l’aide publique au développement (APD), le Japon s’est engagé à accompagner les pays africains dans des domaines vitaux à leur développement et à leur stabilité, comme l’éducation, la santé et la sécurité alimentaire. Depuis lors, chaque réunion de la Ticad a permis au continent d’étoffer les possibilités de son propre développement.

Les entreprises japonaises traînent des pieds

Ces dernières années, avec la multiplication des plateformes et des forums économiques internationaux pour le développement de l’Afrique, malgré les engagements constants du gouvernement japonais, des débats sur le patronage et le processus de la Ticad ont régulièrement lieu. C’est ainsi que, pour donner plus de visibilité à l’événement et responsabiliser les pays africains, la Ticad 6 a été organisée au Kenya.

Mais alors que d’autres forums s’orientent de plus en plus vers des partenariats économiques avec le secteur privé, la Ticad peine à faire participer les entreprises japonaises. Bien que ces dernières soient sans aucun doute en mesure de collaborer avec leurs consœurs africaines pour instaurer un système de développement plus durable, beaucoup d’entre elles ont encore du mal à travailler avec les marchés africains.

Dans plusieurs grandes villes, le taux d’urbanisation très élevé et non contrôlé constitue encore un frein au développement socio-économique

L’Afrique doit relever aujourd’hui des défis complexes et variés. Ces dernières années, beaucoup de pays du continent ont connu une rapide croissance économique, mais celle-ci est relativement instable et ne se reflète pas dans la qualité de vie de la population. Malgré une remarquable croissance des revenus, des dépenses et surtout des importations, de nombreux pays africains rencontrent toujours des difficultés dans leur processus d’industrialisation et dans la transformation des matières premières en produits consommables par la population.

Des problèmes d’inégalité sociale, de dégradation de l’environnement et d’extrême pauvreté demeurent dans certaines zones. Dans plusieurs grandes villes, le taux d’urbanisation très élevé et non contrôlé constitue encore un frein au développement socio-économique. Donc, même accompagnée, l’Afrique a impérativement besoin de développer sa propre stratégie d’industrialisation, d’être responsable de son futur.

Accompagner les bonnes initiatives

Elle doit dessiner un meilleur cadre pour l’implication et l’engagement de son peuple, développer un programme d’autosuffisance alimentaire durable et accélérer les échanges régionaux. Elle doit aussi anticiper le fait que, avec le développement des énergies renouvelables et les nouvelles technologies, elle ne pourra plus s’appuyer sur ses ressources minières comme seule source d’attraction économique. Elle a besoin d’innover et de mettre en place des stratégies économiques décentralisées et variées.

De nos jours, le développement de l’Afrique traverse une période difficile. Les politiques doivent se doter de la capacité d’accompagner les bonnes initiatives et de soutenir les activités dynamiques par la mise en place d’infrastructures adéquates et surtout par la garantie d’un environnement financier sain et progressif. La Ticad 7 sera une nouvelle occasion de confirmer l’engagement du Japon auprès de ses partenaires africains, de répondre aux problèmes soulevés lors des conférences précédentes et d’avancer sur un engagement commun pour la stabilité de l’économie globale.

La conférence prendra également une nouvelle tournure avec l’organisation d’événements facilitant les rencontres et les échanges entre les entreprises japonaises et les entreprises africaines, proposant notamment plus d’initiatives entre le privé et le public. Ces programmes permettront aux entreprises japonaises d’établir de nouvelles formes innovantes de développement économique et humain, et de renforcer l’essor industriel ainsi que l’essor des nouvelles technologies en Afrique.

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