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Cet article est issu du dossier «Ticad VII : Japon-Afrique, une nouvelle dynamique ?»

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Politique économique

[Édito] Japon-Afrique : l’union fait la force

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Olivier Caslin est spécialiste des transports et des questions économiques multilatérales. Il suit également l'actualité du Burundi, de Djibouti et de Maurice.

Shinzo Abe, le premier ministre Japonais, à l'ouverture de la Ticad V, en juin 2013 à Yokohama. © Itsuo Inouye/AP/SIPA

Au moment d’ouvrir la Ticad (Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique), septième du nom, qui marquera plus de vingt-cinq années de coopération entre le Japon et l’Afrique, l’heure semble être au constat.

Bien sûr, les deux partenaires n’ont jamais été aussi liés par des intérêts – économiques, diplomatiques et sécuritaires – toujours plus nombreux et partagés. Pourtant les relations nippo-africaines semblent aujourd’hui souffrir de la comparaison avec celles qui furent développées plus tardivement par les autres puissances asiatiques, à commencer par la Chine.

Et le Japon, parti en tête en 1993 en étant le premier pays d’Asie à institutionnaliser ses relations avec l’Afrique, semble aujourd’hui à la traîne de son puissant voisin, alors que l’Inde pointe désormais dans le rétroviseur.

Tokyo doute de ses capacités

Le Japon avait su faire preuve à l’époque d’une réelle vision en même temps que d’une certaine sollicitude envers un continent qui était alors au creux de la vague économique quand il semblait, lui, encore la dominer. Un peu moins de trois décennies plus tard, la situation a bien changé.

Alors que le continent suscite aujourd’hui toutes les convoitises, dans la foulée des améliorations constatées par les investisseurs du monde entier en matière de gouvernance et d’environnement économique, l’archipel semble pour sa part en proie au doute. Et même si une large proportion de sa dette publique reste détenue par les ménages japonais plutôt que par les marchés financiers, la question de savoir si le pays du Soleil-Levant a les moyens de financer ses ambitions africaines reste posée.

Le Japon avait pourtant vu juste en décidant d’organiser la première édition de la Ticad en compagnie des principaux bailleurs de fonds internationaux du continent. Comme s’il avait déjà compris qu’il ne pourrait pas y aller seul. Et le constat – puisque c’est de cela qu’il s’agit – ne fait que s’amplifier, au moment où la course au développement de l’Afrique s’emballe sous l’effet des milliards de dollars injectés par la Chine dans l’économie du continent.

La formule a déjà été appliquée avec succès par Toyota Tsusho Corporation (TTC) qui, en liant son destin africain au français CFAO, a montré l’exemple d’un partenariat bénéfique pour toutes les parties. Elle n’a pourtant pas été reprise par un secteur privé nippon qui semble toujours autant hésiter à franchir le pas.

Oser le pari africain

La Ticad 7 va donc être l’occasion pour les pouvoirs publics japonais de remettre l’ouvrage sur le métier. Ceux-ci ont invité beaucoup d’opérateurs privés étrangers pour les aider à nouer les accords tripartites qui doivent persuader les entreprises japonaises d’oser le pari africain. Malgré les méfiances historiques, les patrons japonais sont les premiers à reconnaître les effets positifs des infrastructures chinoises sur les marchés africains.

Et si le gouvernement attend encore certaines garanties avant de coopérer ouvertement avec Pékin, il s’est déjà associé à New Delhi sur le projet du Corridor de la croissance Asie-Afrique (AAGC), lancé en 2017. Un front commun n’est pas pour demain, mais Tokyo semble avoir compris ce proverbe africain : « Si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons à plusieurs. » Le Japon a apparemment l’intention de poursuivre son chemin en Afrique.

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