Politique

Maroc : comment Nabil Benabdallah est devenu ministre

Nabil Benabdallah, ex-ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Politique de la ville, lors du 10e congrès du PPS, à Bouznika, en mai 2018. © Jalal Morchidi/Anadolu Agency/AFP

Repéré par le Premier ministre Driss Jettou, le militant de gauche Nabil Benabdallah est nommé ministre de la Communication en 2002. Celui qui est aujourd'hui secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme revient sur les dessous de cette promotion validée à l'époque par le roi Mohammed VI.

De Nabil Benabdallah, les Marocains connaissent la carrière tardive. L’homme à l’impeccable moustache a en effet géré le portefeuille de l’Habitat de 2012 à 2017 (le ministère a changé trois fois de nom durant cette période). Mais l’année du virage pour lui, c’est 2002.

Flash-back. En 1998, Hassan II ouvre la porte à l’alternance. L’Union socialiste des forces populaires (USFP), parti de la gauche sociale-­démocrate, forme un gouvernement dirigé par Abderrahmane Youssoufi. L’USFP coordonne son action au sein de la coalition avec deux autres partis issus de la lutte nationale : l’Istiqlal et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). C’est auprès de ce dernier que Benabdallah émarge.

Reperé par Driss Jettou

Le secrétaire général du parti, Moulay Ismaïl Alaoui, assume les portefeuilles de l’Agriculture puis de l’Éducation nationale. Quatre ans plus tard, Hassan II décédé, son fils Mohammed VI sur le trône, l’USFP remporte de nouveau les élections. Las, l’unité de la Koutla (coalition) n’est plus aussi solide et le Palais veut rappeler que c’est lui qui dirige. L’USFP peine à former une majorité. Youssoufi n’est finalement pas reconduit. C’est le technocrate Driss Jettou qui sera chargé de piloter le gouvernement.

Jettou cherchait quelqu’un pour la communication, quelqu’un qui puisse avoir un rapport serein avec les médias

« Jettou cherchait quelqu’un pour la communication, quelqu’un qui puisse avoir un rapport serein avec les médias et l’opinion publique », explique aujourd’hui Benabdallah. Durant les tractations pour former une majorité, ce dernier, déjà une étoile montante du parti, comprend que son nom pourrait être cité. Après tout, n’a-t-il pas dirigé l’organe de presse de son parti, Al Bayane ?

Il apprendra plus tard que Jettou l’avait repéré quelques années plus tôt. En 1990, lorsque Hassan II crée le Conseil national de la jeunesse et de l’avenir (CNJA), dont Jettou est membre, Benabdallah était à la tête de l’organisation des jeunes de son parti et prenait régulièrement la parole à la télévision et dans les meetings…

Accepté par le roi

Mais le poste de ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement exige une autre qualité : le sens du compromis. Il faut pouvoir communiquer avec chaque département. « Après plus de vingt ans de militantisme, j’avais de bons rapports avec de nombreuses personnalités politiques. » Y compris avec les partenaires qui n’appartiennent pas à la coalition, les plus droitiers Rassemblement national des indépendants (RNI) et Mouvement populaire (MP).

Benabdallah apprend de la bouche même de Jettou que son nom a été proposé, et accepté par le roi. En interne, Moulay Ismaïl Alaoui ne cache pas qu’il trouve Benabdallah un peu jeune… « Mais au final, il m’a fait confiance. »

Ce Rbati évolue dans son milieu naturel. Mais son nouvel emploi du temps est imposant. « Je le savais, mais le PPS nous avait préparés à cela. On a été éduqués pour servir. L’activité partisane était déjà au premier plan dans ma vie », tempère-t-il. Il n’a pas de conditions particulières à poser : tout a été discuté en amont, entre camarades du parti. C’est un feu vert. Il sera donc ministre PPS, avec un autre camarade, Omar Fassi Fihri, ministre délégué auprès du ministre de l’Enseignement supérieur.

Le 7 novembre 2002, le militant du PPS est reçu par le roi en tant que membre du gouvernement. « Bien sûr, c’est une consécration », reconnaît aujourd’hui celui qui est devenu un vieux routard de la politique marocaine. « C’est aussi cette première nomination qui a contribué à me propulser à la tête du parti comme secrétaire général quelques années plus tard. »

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