Politique

Après-Béji Caïd Essebsi en Tunisie : « La Constitution a été respectée. C’est un motif de fierté »

Hassen Zargouni, directeur général du cabinet Sigma Conseil.

Hassen Zargouni, directeur général du cabinet Sigma Conseil. © Ons Abid pour JA

Hassen Zargouni, directeur général du cabinet Sigma Conseil – qui réalise notamment de nombreux sondages politiques – , analyse les conséquences de l’accélération du calendrier électoral après la mort du président Béji Caïd Essebsi.

Jeune Afrique : Le décès du président de la République a-t-il eu valeur de test pour la démocratie tunisienne ?

Hassen Zargouni : Le « jeudi noir » vécu par les Tunisiens le 25 juillet a permis d’encaisser les appréhensions, les phobies, les peurs. Contrairement à ce que véhiculent ou colportent certains médias, étrangers pour la plupart, la Tunisie n’a pas été dans l’incertitude lors du processus de la passation des pouvoirs. Elle n’a pas non plus connu de violences urbaines.

Les institutions ont fonctionné et la Constitution a été appliquée. C’est un motif de fierté. On parle souvent de l’exception tunisienne : c’est la réalité. Nous avons un terreau commun avec nos deux voisins, algérien et libyen, mais finalement nous ne nous ressemblons pas, tant nos approches sont différentes. Dans ce moment fort et unique que nous vivons, nous percevons les dividendes des réformes fondamentales menées à bien par Habib Bourguiba dans les domaines des institutions, de l’éducation, du rôle de la femme.

L’inversion du calendrier électoral aura-t-elle une incidence sur le vote ?

À l’annonce du décès du président, les Tunisiens se sont immédiatement projetés vers les élections. Ils ont intégré que la démocratie s’exprime à travers le scrutin, et c’est une source de soulagement. La présidentielle anticipée va avoir un effet d’entraînement sur les législatives, car la politique est ici personnifiée.

Sur le plan institutionnel, cette présidentielle va opérer une clarification au niveau de la gouvernance

D’une certaine façon, les événements qui ont suivi le décès de BCE ont remis les choses à l’endroit. Que les législatives précèdent la présidentielle, comme l’a voulu Ennahdha, est une pratique qui n’existe nulle part ailleurs. Sur le plan institutionnel, cette présidentielle va opérer une clarification au niveau de la gouvernance. Mais celle-ci ne sera réellement aboutie qu’à l’issue des législatives.

Est-ce que cela induit de nouvelles contraintes pour les partis ?

Tous ont été surpris et pris de court. Chacun a ses appréhensions. Ennahdha, qui n’a jamais eu un candidat à la présidentielle, est contrariée car contrainte d’accepter un état de fait qui n’est pas dans son intérêt, et elle le sait. Les partis comme Tahya Tounes étaient focalisés sur les législatives. Ils ne sont pas prêts, et leurs plans sont bouleversés.

Tactiquement, certains vont devoir dévoiler leur plan plus tôt que prévu. Mais c’est une occasion pour des candidats comme Youssef Chahed, qui va jouer la carte de l’homme fort de l’exécutif. D’autant que les délais sont très courts. Un homme comme le professeur Abdelkarim Zbidi, actuel ministre de la Défense, est pressenti pour la présidence par l’establishment et par l’État profond. Mais aura-t-il suffisamment de temps pour compenser son manque de notoriété ?

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