Justice

Israël – Benyamin Netanyahou et le « Bibigate » : six scandales et un procureur

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien.

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. © Debbie Hill/AP/SIPA

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou est impliqué dans pas moins de six scandales, documenté pour la plupart dans un rapport de 800 pages rédigé sous la houlette du procureur Shaï Nitzan. Jeune Afrique fait le point.

• L’affaire 4000

Celle où Netanyahou risque la plus lourde condamnation. Selon les enquêteurs, le Premier ministre a sabordé une refonte de l’infrastructure du réseau internet du pays, vitale pour sa compétitivité, pour satisfaire Shaul Elovitch, actionnaire principal de Bezeq, la plus importante firme de télécommunications israélienne, menacée par cette réforme.

Cet avantage concurrentiel, Netanyahou l’a monnayé contre des articles élogieux sur le populaire site d’information Walla, propriété d’Elovitch. Après avoir décortiqué des centaines de messages et d’appels téléphoniques accablants, la police détient la preuve de l’intrusion flagrante et continue de conseillers de Netanyahou dans la ligne éditoriale de Walla. Accusé d’avoir passé sous silence ses liens avec Elovitch, le chef du gouvernement israélien risque d’être poursuivi pour fraude, abus de confiance et profits illicites.

• Cadeaux suspects

Témoin clé de l’affaire 1000, Arnon Milchan a longtemps été associé aux paillettes de Hollywood et à quelques blockbusters au succès desquels il a contribué. Jusqu’à ce qu’un ouvrage publié en 2011 (Confidential) révèle sa double vie d’agent du renseignement israélien, un temps affecté au programme nucléaire clandestin de l’État hébreu, et de marchand d’armes.

Pendant dix ans, ce milliardaire sexagénaire a approvisionné le couple Netanyahou en boîtes de cigares et en caisses de champagne pour un montant avoisinant les 250 000 euros. En retour, le Premier ministre a facilité l’amendement d’une loi d’exemption fiscale taillée sur mesure pour son ami producteur, risquant de transformer Israël en plaque tournante du blanchiment d’argent. Proche de Milchan, le milliardaire australien James Packer, 51 ans, est aussi dans le collimateur de la police israélienne pour avoir perpétué ce rituel illégal entre 2014 et 2016.

Arnon Milchan.

Arnon Milchan. © MIAA/ZDS/WENN.COM/SIPA

• Le baron des médias

Au sommet de sa puissance, Arnon « Noni » Mozes façonnait à sa guise la réputation de ministres, d’hommes d’affaires et de chefs d’entreprise. Magnat de la presse, le patron du Yediot Aharonot s’est vu courtiser par les plus grandes figures politiques israéliennes depuis l’époque d’Ariel Sharon. Mais un seul a toujours gardé ses distances : Benyamin Netanyahou.

En 2007, « Bibi » convainc son ami américain Sheldon Adelson d’investir des millions de dollars dans la création d’un journal gratuit. Israel Hayom devient rapidement le premier quotidien du pays et brise le monopole du Yediot Aharonot. Affaibli, « Noni » tente alors un marchandage : en échange d’une couverture médiatique favorable dans son journal, il demande à Netanyahou de rendre payant Israel Hayom.

« Bibi » fait enregistrer leurs entretiens, persuadé que Mozes cherche à lui nuire. Il n’imagine pas que la police se saisira du fichier début 2018, lors d’une perquisition au domicile d’Ari Harow, son ancien chef de cabinet. Le contenu de ce pacte est au cœur de l’affaire 2000.

• L’avocat du diable

David Shimron est l’avocat personnel de Netanyahou, son cousin, et accessoirement un fidèle conseiller. Mais à la différence de son beau-frère et associé, Itzhak Molcho, que le leader israélien a longtemps utilisé comme émissaire auprès des Palestiniens, Shimron a abusé sans scrupule de sa position au cœur du pouvoir pour s’enrichir.

Pour éviter la prison, le suspect aurait confié aux enquêteurs qu’il témoignerait contre Netanyahou si ce dernier était finalement traduit en justice

Le scandale le plus retentissant concerne l’achat de trois sous-marins nucléaires au constructeur allemand ThyssenKrupp, en 2016, que l’avocat d’affaires était chargé de représenter en Israël bien avant la transaction, estimée à 2 milliards de dollars.

Après avoir permis à l’entreprise de chantiers navals de contourner l’appel d’offres, Shimron aurait touché d’importantes rétrocommissions, tout comme l’ancien commandant de la marine israélienne. Pour éviter la prison, le suspect aurait confié aux enquêteurs qu’il témoignerait contre Netanyahou si ce dernier était finalement traduit en justice.

L’un des trois sous-marins livrés par ThyssenKrupp, dans le port de Haïfa.

L’un des trois sous-marins livrés par ThyssenKrupp, dans le port de Haïfa. © JACK GUEZ/AFP

• Les incorruptibles

Il est la bête noire des époux Netanyahou, un magistrat zélé, le catalyseur des enquêtes visant le chef du gouvernement israélien. En devenant procureur de l’État, en décembre 2013, Shaï Nitzan (59 ans) avait juré de livrer une guerre sans merci à la corruption. Et a tenu parole. « Notre mission est d’appliquer une seule et même loi pour tous, de nos dirigeants au dernier des citoyens de notre pays », martèle-t-il à ceux qui lui reprochent de mener une chasse aux sorcières.

Cinq ans plus tard, il signe un rapport de 800 pages accusant sans détour Benyamin Netanyahou de corruption et de trafic d’influence. L’épais dossier se trouve désormais entre les mains d’Avishaï Mandelblit, l’actuel procureur général, à qui incombe la tâche de sceller le sort du chef du gouvernement israélien. Problème : il est aussi l’un des rares hommes de confiance de « Bibi ». L’opinion doute de son impartialité.

L’ancien procureur de l’État Shaï Nitzan (à g.).

L’ancien procureur de l’État Shaï Nitzan (à g.). © FABRICE COFFRINI/AFP

• La presse

Depuis qu’ils l’ont accusé d’avoir incité au meurtre de Rabin en 1995, Benyamin Netanyahou entretient des rapports houleux avec les médias de son pays. Fatalement, sa méfiance à leur égard s’est accrue ces dernières années, alors que la presse israélienne a accordé une très large couverture aux affaires de corruption qui l’incriminent. « Bibi » y voit la preuve d’une obsession contre sa personne. Pis, un complot dont le but serait d’évincer la droite du pouvoir.

Mais le Premier ministre abat aussi ses cartes. Outre le quotidien Israel Hayom, acquis à sa cause, Netanyahou a favorisé la création d’une chaîne d’information de droite (Channel 20) et d’un véritable outil de propagande (Likoud TV), spécialisé dans les attaques contre les journalistes impliqués dans des révélations sur ses agissements.

• La « French law »

Elle tire son nom de l’immunité dont jouit en France un président en exercice. En Israël, l’éventuelle adoption d’une telle loi ne servirait qu’un objectif : éviter à Netanyahou toute poursuite pénale tant qu’il restera au pouvoir.

Les tribunaux israéliens n’ont pas hésité, dans le passé, à envoyer un président (Moshé Katzav) et un Premier ministre (Ehud Olmert) séjourner en prison

Le projet divise, même à droite, et inquiète les chiens de garde de la démocratie israélienne alors que ses tribunaux n’ont pas hésité, dans le passé, à envoyer un président (Moshé Katzav) et un Premier ministre (Ehud Olmert) séjourner en prison.

Reste à déterminer si une telle loi pourra s’appliquer rétroactivement pour que Netanyahou en bénéficie. Après les élections d’avril, le Likoud en a fait un enjeu des tractations avec ses partenaires gouvernementaux. Faute de coalition, la situation est gelée jusqu’à la tenue d’un nouveau scrutin, le 17 septembre.

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