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Cet article est issu du dossier «Développement et défense de l'environnement : où en est l’Afrique ?»

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Environnement

[Édito] Écologie : chronique d’un cataclysme annoncé

Par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Des enfants traversent un ruisseau à Chimanimani, au Zimbabwe, après le passage du cyclone Idai (image d'illustration).

Des enfants traversent un ruisseau à Chimanimani, au Zimbabwe, après le passage du cyclone Idai (image d'illustration). © KB Mpofu/AP/SIPA

Développement et défense de l’environnement ? Non, ne zappez pas, c’est important ! Comment sensibiliser l’opinion à une problématique cruciale qui, jusqu’ici, n’a jamais été perçue comme telle ? La réponse est, hélas, d’une grande simplicité.

L’avenir de la planète, dont dépend le sort de plus de 7 milliards d’êtres humains (quelque 9 milliards en 2050), doit être la première de nos préoccupations. Parce que nous ne pouvons pas en changer. Parce qu’il s’agit de l’avenir de nos enfants. Et parce que ne rien faire alors que nous sommes parfaitement informés du danger relèverait de l’inconscience la plus crasse. Disons-le sans ambages : ce serait presque un crime. Comme l’on sait, la politique de l’autruche n’a jamais réglé aucun problème. En l’occurrence, elle serait carrément suicidaire.

Chercheurs internationaux et experts, à l’exception de quelques « climatosceptiques » dont on finit par se demander quelles raisons inavouables les poussent à nier l’évidence, sont unanimes : la limite de concentration de CO2 au-delà de laquelle nous nous trouvons exposés à des phénomènes climatiques extrêmes – vagues de chaleur, pluies diluviennes, tempêtes ou cyclones – a été franchie… il y a déjà dix-huit ans ! Ces phénomènes ont, bien sûr, leur lot de conséquences funestes : sécheresse, inondations, submersion des zones côtières, modification des paysages… Nous fonçons droit dans le mur, bandeau sur les yeux et bouchons dans les oreilles.

Consumérisme

Les pays développés n’entendent pas mettre un frein au consumérisme effréné qui régit leurs sociétés, à l’instar des États-Unis de Donald Trump. Et ceux qui aspirent à le devenir ne voient pas pourquoi ils devraient, eux, brider leurs ambitions, alors qu’ils subissent déjà la folie des premiers. C’est le cas de l’Afrique, qui ne contribue que faiblement – 4 % – à l’émission des gaz à effet de serre, mais qui est l’un des continents qui souffrent le plus du changement climatique.

Pour mieux comprendre le suicide collectif qui nous tue à petit feu, inutile de parcourir l’interminable liste des affres auxquelles nous sommes collectivement confrontés depuis des décennies. L’analyse globale de l’état de notre planète suffit. En bref : la pression exercée par les hommes sur la Terre et sur ses écosystèmes est devenue proprement insoutenable. L’excellent rapport bisannuel du World Wildlife Fund (WWF), paradoxalement intitulé « Planète vivante », fait froid dans le dos.

Chine, États-Unis, Inde, Brésil et Russie représentent, ensemble, près de la moitié de l’empreinte écologique mondiale. Pourtant, aucun ne semble disposé à changer de cap

L’empreinte écologique, qui mesure la pression exercée par l’humanité sur la nature, était en 2010 deux fois supérieure à ce qu’elle était en 1960. Pis, la capacité de la planète à se régénérer, autrement dit à recréer ce qui a été consommé et à absorber le CO2 émis, ne suffit plus. Tant s’en faut. Il nous faudrait chaque année l’équivalent d’une Terre et demie pour satisfaire notre consommation de ressources naturelles. Nul besoin d’être visionnaire pour imaginer l’issue fatale du chemin que nous empruntons. Parmi les principaux responsables de ce cataclysme annoncé, les grands émetteurs de CO2, qui sont aussi de grands consommateurs d’eau : Chine, États-Unis, Inde, Brésil et Russie.

Ces cinq pays représentent, ensemble, près de la moitié de l’empreinte écologique mondiale (les conséquences de l’activité humaine sur la nature). Pourtant, aucun d’entre eux ne semble disposé à changer de cap.

Visionnaire

Poursuivons la longue liste des symptômes de notre aveuglement : en seulement quarante ans (1970-2010), le nombre des espèces animales vertébrées a diminué d’un peu plus de 50 %. La moitié, donc, des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des amphibiens et des poissons a tout simplement disparu ! À cause de la dégradation de leurs habitats naturels, de la chasse, de la pêche, du changement climatique et de la pollution.

Pourtant, des solutions existent ! Il est désormais démontré qu’il est possible de produire et de consommer différemment sans menacer l’existence des nations développées ni hypothéquer l’avenir de celles qui ne le sont pas encore. La recette est connue : prévoir, investir, agir – sur les villes, les énergies, les terres, les forêts et les océans.

Les exemples de décisions novatrices, salutaires et, surtout, efficaces à court terme, sont légion (lire « L’Afrique au banc d’essai », notre grande enquête sur l’environnement publié dans le n°3055 de Jeune Afrique). De la Californie, devenue championne mondiale des énergies renouvelables, à l’Éthiopie, qui a su allier croissance soutenue et bilan carbone neutre, en passant par le Brésil, qui a réduit son taux de déforestation de 70 % en dix ans. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, tout est d’abord question de leadership, de gouvernance, de courage politique. De telle sorte que, comme l’écrivait le philosophe Gaston Berger (né au Sénégal), demain ne soit pas comme hier, qu’il soit nouveau et dépende de nous. Et qu’il soit moins à découvrir qu’à inventer.

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