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Cet article est issu du dossier «Chine-Afrique : un modèle gagnant gagnant ?»

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Économie

Chine-Afrique, un tandem gagnant pour le développement

Vue aérienne sur des grues chargeant du sable alumineux importé de Guinée au port de Binzhou, le 19 juin 2019.

Vue aérienne sur des grues chargeant du sable alumineux importé de Guinée au port de Binzhou, le 19 juin 2019. © Fu Kun/VCG via Getty Images

Alors que Pékin s’appuie sur ses partenaires africains pour devenir un acteur majeur de la mondialisation, cette coopération privilégiée permet en retour au continent d’accélérer son développement.

Difficile de ne pas être d’accord avec le professeur Liu Hongwu, directeur de l’Institut des études africaines de l’université du Zhejiang, lorsqu’il déclare que « la Chine est l’un des plus importants contributeurs au grand bond en avant économique réalisé par l’Afrique ces dix dernières années ».

Lors de la clôture de la réunion post-Focac (Forum sur la coopération sino-africaine), organisée à Pékin dans la prestigieuse résidence d’État de Diaoyutai les 24 et 25 juin 2019, Amadou Ba, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, confirmait ces propos. Il a en effet rappelé aux médias locaux « la réalité des chiffres » : 10 000 km de routes, 6 000 km de voies ferrées, 30 ports, 20 aéroports et 80 centrales électriques ont été réalisés, au cours de la dernière décennie, par des firmes chinoises à travers le continent. Sans oublier les 150 projets de stades, centres de conférences et autres sièges de Parlement que le chef de la diplomatie sénégalaise n’a pas mentionnés.

Des dynamiques complémentaires

Depuis qu’elle a décidé de devenir un acteur majeur de la mondialisation et de faire de l’Afrique son partenaire privilégié pour concrétiser cette ambition, la Chine joue avec ses milliards un rôle central dans le développement du continent. Au nom des « intérêts mutuels » qu’il cite si souvent, le géant asiatique est devenu, en un peu plus de dix ans, le premier partenaire commercial du continent, l’un de ses plus importants partenaires financiers, en même temps que son principal chef de chantier.

Chaque année depuis 2013, date officielle du lancement de la Belt and Road Initiative (BRI), les entreprises chinoises de BTP engrangent pour 50 milliards de dollars (44,4 milliards d’euros) de contrats de construction en Afrique. Et depuis le début des années 2000, Pékin et ses banques ont investi 118 milliards de dollars sur le continent. Seuls les États-Unis ont capté, dans le même temps, davantage de fonds auprès du secteur financier chinois.

Après deux années moroses en raison de la chute des cours des ressources naturelles, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) chinois sont repartis à la hausse en 2017, pour atteindre un stock de 43 milliards de dollars. Ce qui permet aux investisseurs chinois de talonner leurs homologues français en Afrique et de se rapprocher toujours un peu plus des Britanniques et des Américains.

Mais c’est encore en matière commerciale que la Chine joue au mieux de sa complémentarité avec les économies africaines. Inférieurs à 10 milliards de dollars en 2000, les échanges commerciaux ont dépassé les 204 milliards de dollars l’an dernier.

Réunion des coordinateurs de la mise en oeuvre des actions de suivi du dernier sommet de Pékin.

Réunion des coordinateurs de la mise en oeuvre des actions de suivi du dernier sommet de Pékin. © Olivir Caslin pour JA

Entre nos besoins énergétiques et ceux de l’Afrique en produits manufacturés, la tendance ne fera que se confirmer à l’avenir

« Entre nos besoins énergétiques et ceux de l’Afrique en produits manufacturés, la tendance ne fera que se confirmer à l’avenir », assure Zhang Jianping, économiste auprès du ministère du Commerce (Mofcom). La structure même de ces échanges va pourtant devoir changer.

Longtemps en légère faveur de l’Afrique, la balance commerciale s’est inversée en 2016, entre l’effondrement en valeur de nombreuses matières premières exportées par l’Afrique et les volumes toujours plus importants de biens de consommation qu’elle importe de Chine. Depuis, le déficit se creuse un peu plus chaque année au détriment d’un certain nombre de pays du continent.

Moteur d’industrialisation

Déjà régulièrement soupçonnée de réendetter l’Afrique, voire de la recoloniser, la Chine ne veut pas en plus être suspectée d’assécher ses recettes. Surtout qu’elle semble avoir un plan très précis pour remédier – entre autres – à ce problème, tout en restant fidèle à la stratégie gagnant-gagnant si souvent avancée par les deux parties.

Alors que Pékin veille déjà à mettre en place les mécanismes qui faciliteront l’accès de son marché aux exportations africaines, notamment agricoles, le pays entend maintenant aider le continent à les valoriser. « Il faut soutenir le processus d’industrialisation de l’Afrique pour que celle-ci puisse transformer sur place ses productions et ainsi créer les emplois et les richesses dont elle a besoin », résume Zhang Jianping.

Le président chinois Xi Jinping avec son homologue Paul Kagame, à Kigali, le 23 juillet 2018.

Le président chinois Xi Jinping avec son homologue Paul Kagame, à Kigali, le 23 juillet 2018. © Stringer/AP/SIPA

L’Afrique n’est plus uniquement une source d’approvisionnement en matières premières. Les échanges sont appelés à se diversifier, confirme un économiste à l’OCDE

Et c’est ce que la Chine compte bien réussir avec les parcs industriels et autres zones économiques spéciales qu’elle essaime à travers le continent. Perçues jusqu’à présent comme des enclaves chinoises, ces dernières doivent à terme créer les environnements favorables à l’émergence d’entreprises locales.

« L’Afrique n’est plus uniquement une source d’approvisionnement en matières premières. Les échanges sont appelés à se diversifier », confirme Bakary Traoré, économiste à l’OCDE.

Dans la foulée des centaines de PME chinoises qui s’implantent aujourd’hui sur le continent, Pékin espère notamment délocaliser des milliers d’emplois en Afrique pour répondre à deux importants défis auxquels le pays fait face sur le plan domestique : le vieillissement de la population et la hausse du coût du travail.

L’heure du multilatéralisme

La Chine compte sur le continent pour produire demain les biens de consommation courante (alimentation, habillement…) qui approvisionneront un marché africain toujours plus intégré grâce à la toute nouvelle Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), ainsi qu’une économie chinoise appelée à s’orienter vers le tertiaire pour relancer une croissance tombée à 6,2 % au deuxième trimestre 2019, soit son plus bas niveau depuis près de trente ans. « D’où l’importance d’aider l’Afrique à développer ses propres capacités », insiste Zhang Jianping.

Et malgré sa cagnotte, l’empire du Milieu sait qu’il n’y arrivera pas seul : l’heure est donc au multilatéralisme le long des routes de la BRI. C’est notamment le cas en Afrique, où la Chine cherche à multiplier les collaborations tripartites avec « les différents acteurs du développement », reprend l’économiste du Mofcom, comme elle l’a déjà réussi, ces dernières années, avec la France au Togo et avec l’Inde au Nigeria.

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