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Cet article est issu du dossier «Chine-Afrique : un modèle gagnant gagnant ?»

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Politique économique

[Tribune] Chine-Afrique : une générosité bien ordonnée…

Par

Professeur à l'École de gouvernance publique Mandela de l'université du Cap, haut représentant de l'Union africaine pour les négociations avec l'Europe dans le cadre de l'après-Cotonou.

Le président chinois Xi Jinping ici en octobre 2016

Le président chinois Xi Jinping ici en octobre 2016 © Anupam Nath/AP/SIPA

La Chine a annoncé l’annulation de la dette pour les prêts arrivant à échéance en 2018, ainsi que l’octroi de nouveaux crédits. Mais le message principal était sans équivoque : désormais, l’accès aux financements chinois sera plus sélectif.

Lors de l’avant-dernière édition du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), organisée en septembre 2018 à Pékin, le président Xi Jinping s’est assis et a écouté les nombreuses interventions de dirigeants africains programmées sur deux jours. Presque tous les pays du continent étaient représentés au plus haut niveau, et même les délégations protocolairement moins prestigieuses recevaient toute l’attention du chef de l’État chinois.

Mais plus encore, chaque délégation a pu avoir, en marge du sommet, une rencontre privée avec Xi Jinping, accompagné de ses proches conseillers, ainsi que des réunions de travail en compagnie des plus hauts responsables du pays. Pendant près d’une semaine, l’ensemble des dirigeants de la plus puissante économie émergente du monde se sont entièrement concentrés sur l’Afrique.

Une image altruiste

Les Africains sont sensibles à ce niveau d’attention des Chinois, car ils sont souvent traités de manière différente par les autres superpuissances. Et si cet intérêt est renforcé par des annonces de 60 milliards de dollars (53,5 milliards d’euros), trois ans après une promesse similaire qui a depuis été mise en œuvre, accompagnées d’un éventail de projets et d’initiatives de développement, il a évidemment une résonance encore plus grande.

Pékin ne peut se permettre aucune mauvaise publicité. L’image interne et externe de son engagement doit paraître altruiste. Le pays a connu une croissance rapide et une réduction accélérée de la pauvreté en suivant son propre modèle, au mépris des conseils et des ingérences externes. Il est convaincu qu’une indépendance politique peut produire des résultats similaires dans d’autres régions du monde.

Sa perception des risques est très différente de celle des pays occidentaux, précisément parce que sa trajectoire de développement montre qu’en l’espace d’une génération il est possible de s’extirper du piège de la pauvreté.

Des prêts opaques

Les critiques se multiplient pourtant sur une possible stratégie de l’endettement imposée à l’Afrique par des Chinois qui ne respectent pas les règles établies en matière de fair-play commercial. Selon une étude récente, près des deux tiers des prêts officiels de Pékin à l’Afrique suivent les conditions du marché.

Ce qui diffère, c’est que 50 % de ces prêts ne sont pas garantis par le collatéral et qu’une partie d’entre eux demeurent opaques. Il en découle que l’endettement de certains pays africains riches en ressources naturelles s’aggrave considérablement lorsque la dette cachée est prise en compte.

L’Afrique se rapproche rapidement du seuil d’endettement considéré comme à risque. Même s’il reste l’un des plus bas au monde, le ratio entre la dette et le PIB du continent a bondi de 30 à 50 % en cinq ans. Il faut souligner que l’accès limité de l’Afrique aux prêts concessionnels est souvent négligé.

L’accès au crédit souverain coûte plus cher à un pays africain moyen qu’à des économies d’autres régions du monde dont le profil macroéconomique est pourtant moins favorable. Les faibles négocient avec leurs faiblesses, si bien que les dirigeants africains disposent d’options limitées. Les Chinois étaient jusqu’à présent considérés comme les plus flexibles. Ceci est en train de changer.

Critiques virulentes

Bien que les Chinois aient annoncé durant le Focac l’annulation de la dette pour les prêts arrivant à échéance en 2018, ainsi que l’octroi de nouveaux crédits, le message principal était clair : il faut être plus sérieux. Le président Xi Jinping a notamment déclaré qu’il n’était plus possible de financer des « projets de vanité ».

Des critiques virulentes, portant sur le coût de certains mégaprojets ou sur l’existence de conditionnalités cachées, ont été entendues par la Chine, désormais plus prudente, ainsi que par les dirigeants africains qui souhaitent une augmentation des engagements de Pékin.

Le continent, dans son ensemble, reçoit autant d’investissements directs étrangers (IDE) chinois que le Pakistan à lui seul. La Belt and Road Initiative (BRI) prévoit de dépenser plus de 1 000 milliards de dollars pour combler en partie le déficit en infrastructures des secteurs de l’énergie et des transports en Afrique. La Chine continuera donc d’être une source majeure de financement pour le continent.

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