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Cet article est issu du dossier «Chine-Afrique : un modèle gagnant gagnant ?»

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Politique économique

Chine-Afrique : quelle stratégie derrière les nouvelles routes de la soie ?

Macky Sall accueille Xi Jinping au palais de la République, à Dakar, le 21 juillet 2018, pour signer une série d’accords commerciaux.

Macky Sall accueille Xi Jinping au palais de la République, à Dakar, le 21 juillet 2018, pour signer une série d’accords commerciaux. © Handout / Senegalese Presidency / AFP)

De l’usine du monde à l’usine à rêves, Pékin déploie ses routes en vue d’affirmer sa puissance par-delà ses frontières. Sur la voie de son propre développement, la Chine n’entend pas laisser ses partenaires africains sur le bord du chemin.

Xi Jinping n’est pas Mao Zedong. Bien sûr, l’actuel président de la République populaire de Chine s’inscrit dans la lignée du fondateur du Parti communiste chinois (PCC). Mais la Chine a bien changé en presque quatre décennies. Et si les objectifs restent les mêmes – préserver le pouvoir du parti et redonner toute sa grandeur au pays – , la méthode employée par les deux leaders est bien différente en matière de diplomatie.
Quand Mao Zedong, fidèle à une certaine tradition, a maintenu la Chine derrière sa Grande Muraille, son lointain successeur n’a pas cessé au contraire de chercher à déployer sa puissance par-delà ses frontières historiques. Et ce dès le début de son premier « mandat du ciel », en 2013. Xi Jinping n’attend que quelques mois avant de dévoiler à Astana, capitale du Kazakhstan, de larges pans de ce qui est aujourd’hui appelé la Belt and Road Initiative (BRI), indiquant déjà au monde entier le chemin qu’il compte suivre pour inscrire son pays dans la mondialisation en cours. Et si possible avec son propre agenda.

Principe de non-ingérence

Bien sûr, le long des nouvelles routes de la soie, la Chine s’occupe davantage de droits juridiques que de droits de l’homme, au nom du principe de non-ingérence hérité des pères fondateurs de la République populaire. Ce n’est pas la seule constante de la diplomatie chinoise, « qui continue par réflexe d’avoir une approche circulaire du monde », constate un ambassadeur africain à Pékin.

Du premier cercle, englobant les pays voisins, au cinquième, où se retrouvent l’ensemble des organisations multilatérales. Et l’architecture complexe de la BRI suit la même logique, depuis l’empire du Milieu en passant par l’Asie centrale jusqu’à l’Europe des Vingt-Huit, Royaume-Uni compris. Dans un de ces retournements qu’affectionne l’Histoire, les Occidentaux, qui ont isolé et étouffé la Chine tout au long du XXe siècle, se sentent aujourd’hui menacés par les tentacules de la belt et des roads lancés par Pékin à l’assaut de la planète.

L’objectif de la Chine est de partager son développement avec le monde, pas de le conquérir

Cette offensive reste avant tout pacifique. « L’objectif de la Chine est de partager son développement avec le monde, pas de le conquérir », insiste un ancien directeur Afrique au ministère chinois des Affaires étrangères. L’argent est d’ailleurs la seule arme utilisée jusqu’à présent par Pékin.

Ses réserves de devises, encore estimées à plus de 3 000 milliards de dollars (2 671 milliards d’euros), lui ont déjà permis d’occuper des positions stratégiques au cœur de l’Europe – 20 milliards d’investissements en Allemagne, près de 15 % des 300 milliards du plan Junker – et aux États-Unis – 176 milliards de dollars investis depuis 2005.

Malgré les vastes programmes de modernisation qui inquiètent tant les Occidentaux en mer de Chine, l’Armée populaire de libération (APL) n’a pas changé de mission et reste toujours cantonnée dans le premier périmètre. Seule exception à cette règle, la base de Djibouti, inaugurée en 2017, premier et pour l’instant unique élément de projection militaire chinois en dehors de sa périphérie.

Retour d’ascenseur sur le plan international

« En tant que superpuissance, la Chine ne veut plus dépendre des autres comme cela a été le cas par le passé lors des crises au Gabon ou en Côte d’Ivoire. Elle veut être en mesure de protéger elle-même ses ressortissants et ses intérêts », explique l’ancien diplomate Cheng Tao. Notamment en Afrique, devenue ces dernières années l’une des pierres essentielles dans la vaste partie de go débutée par Pékin à l’échelle mondiale.

En dix ans, plus de 1 million de Chinois s’y sont installés, pendant que leur pays y investissait près de 120 milliards de dollars. Les relations, déjà quasi fraternelles, ne cessent de se réchauffer entre le premier pays en développement de la planète et le continent qui compte le plus de pays en développement au monde.

En confortant le rôle du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac), lancé en 2000, pour en faire au fil du temps un rendez-vous privilégié avec ses 54 partenaires africains, Xi Jinping montre à quel point l’Afrique, ses ressources naturelles et humaines ainsi que ses marchés en devenir focalisent l’attention de sa diplomatie comme de ses entreprises.

« L’aide occidentale n’a pas fonctionné »

Si la Chine est en mesure aujourd’hui de peser sur la scène internationale, elle sait qu’elle le doit en grande partie à l’Afrique. Déjà, en 1971, l’axe Sud-Sud, encore invoqué aujourd’hui, avait permis à la Chine continentale de « détrôner » Taïwan en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies.

L’élection, fin juin 2019, du vice-ministre de l’Agriculture, Qu Dongyu, au poste de directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) doit également beaucoup au soutien des pays africains, une fois encore décidés, semble-t-il, à faire confiance à la Chine sur des questions vitales pour eux. L’influence chinoise sur le développement de l’Afrique n’est donc pas près de diminuer, à mesure que Pékin place ses pions sur le continent, à l’instar de ces 17 % acquis dans le capital de la Banque africaine de développement (BAD).

Une note récente interne à la diplomatie chinoise et dessinant à gros traits la politique de développement à suivre sur le continent constate que « jusqu’à présent l’aide occidentale n’a pas fonctionné puisqu’il a fallu attendre ces toutes dernières années pour que l’Afrique enregistre un taux de croissance moyen de 5 % ». Pékin a donc toute légitimité pour venir avec son propre modèle qui, bien qu’imparfait, offre une possibilité à l’Afrique et place ses dirigeants devant la responsabilité de choisir.

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