Politique

Tunisie : la rocambolesque nomination de Saïd Aïdi au ministère de l’Emploi

Saïd Aïdi avec l’ex-chef du gouvernement Habib Essid (à g.), en 2015.

Saïd Aïdi avec l’ex-chef du gouvernement Habib Essid (à g.), en 2015. © HAMMI MOHAMED/SIPA

Fondateur du parti Bani Watani, Saïd Aïdi a été ministre de la Formation professionnelle et de l'Emploi, puis de la Santé... après une première nomination pour le moins rocambolesque. Récit.

Un numéro masqué, une voix d’homme : Saïd Aïdi ne sait toujours pas qui il a eu au bout du fil le jour où sa vie de chef d’entreprise a basculé dans la politique. C’était le 27 janvier 2011, deux semaines après la chute de Ben Ali.

« On m’a demandé si j’accepterais d’être ministre. J’ai dû devenir livide, je n’ai même pas eu la présence d’esprit de vérifier qui était mon interlocuteur avant de raccrocher. » Sans doute un conseiller du président de la République, suppute-t-il aujourd’hui. Il répond simplement : « On ne peut pas refuser ce service à son pays, mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure option car j’ai d’autres engagements. » Une formation Executive MBA au Royaume-Uni et aux États-Unis l’attend en effet dès le mois suivant.

Le soir, j’ai annoncé à ma famille que j’avais failli être ministre, je ne savais pas si on m’avait fait une blague

Après cet appel, les heures passent. « Le soir, j’ai annoncé à ma famille que j’avais failli être ministre, je ne savais pas si on m’avait fait une blague », se rappelle-t-il. C’est à ce moment que le téléphone a sonné : « C’était le Premier ministre de transition, Mohamed Ghannouchi, qui me proposait le portefeuille de l’Emploi, dix minutes avant l’annonce de son gouvernement. » Il accepte. En cette soirée de couvre-feu, il se plonge dans la lecture de la Constitution, entrecoupée de multiples appels tantôt encourageants tantôt dissuasifs.

Dès le lendemain, le polytechnicien démissionne du poste qu’il occupe dans une multinationale. Un autre coup de téléphone lui enjoint de se présenter à 11 heures au palais présidentiel pour prêter serment… alors qu’il est déjà 11 h 30. « Une preuve de la désorganisation du pays à l’époque. » Il saute dans un costume. Plus tard, à son ministère, il trouve porte close, autre signe de l’instabilité ambiante. Le jour suivant, il met plusieurs heures avant d’accéder à son bureau, alpagué par des centaines de jeunes chômeurs.

Candidat à la présidentielle

Censé prendre fin le 15 mars, son mandat sera renouvelé à plusieurs reprises et se terminera le 24 décembre. Un tournant dans sa vie. « Je me pose souvent la question de ce qui se serait passé si je n’avais pas eu ce portefeuille et si je n’avais pas vu de mes yeux la désespérance mêlée d’espoir de la jeunesse tunisienne. Après cela, je ne pouvais plus revenir à ma vie antérieure. »

Son gouvernement s’est engagé à ne pas être candidat aux premières élections postrévolution, en octobre 2011. Il rejoint une fondation pour l’emploi et s’engage dans les partis Joumhouri puis Nidaa Tounes.

En février 2015, il est député depuis à peine trois mois lorsque Habib Essid, ancien collègue à la Kasbah, est nommé pour former un gouvernement de technocrates. Ce dernier l’appelle directement. Cette fois, Aïdi s’est préparé, a fait savoir qu’il souhaitait rejoindre l’exécutif et négocie même un ministère social, plutôt que celui du Numérique, initialement proposé.

La réponse arrive quelques jours plus tard : ce sera la Santé. La notoriété et les réseaux ont aidé. Il y restera jusqu’à la destitution du gouvernement par l’Assemblée, en août 2016. À la tête du parti Bani Watani depuis 2017, il est candidat à l’élection présidentielle.

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