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Mobile money : la start-up Wizall étend sa toile en Afrique de l’Ouest

Les deux fondateurs de Wizall, le Français Sébastien Vetter et le Congolais Ken Kakena. © WIZALL

Alliée au marocain BCP et désormais implantée en Côte d’Ivoire, la jeune pousse sénégalaise spécialisée dans les paiements électroniques élargit son offre et sa clientèle.

En lançant, au début de juillet, son nouveau service de transfert d’argent à destination de la diaspora, la start-up Wizall poursuit sa mue. La fintech, fondée en 2015 par le Français Sébastien Vetter (DG du groupe, installé à Dakar) et par le Congolais Ken Kakena (DG en Côte d’Ivoire), a fait évoluer son modèle économique, initialement centré sur le transfert d’argent entre particuliers du continent, segment très concurrencé, vers un système B2B2C.
Ses principaux clients sont désormais des entreprises, des coopératives, et donc des membres de la diaspora, qui versent par son intermédiaire de l’argent à des personnes non bancarisées, que ce soient des employés, des partenaires commerciaux ou bien des proches restés au pays. Au Sénégal, les quelque 2 000 ouvriers du TER Dakar-Damniadio ont ainsi été rémunérés via Wizall, tout comme une partie des dockers du terminal portuaire de Bolloré dans la capitale.

« Nous prélevons une commission au dépôt de l’argent mais, ensuite, il n’y a plus de frais pour les retraits et les transferts des bénéficiaires », précise Ken Kakena, qui présente son portefeuille électronique comme une première étape d’officialisation des liens salariaux ou commerciaux, ce qui suscite l’intérêt des gouvernements africains en quête d’une formalisation de leurs économies, notamment des secteurs agricoles et extractifs.

Cibler l’Ouest francophone

« Le nouveau service de transfert international est accessible aux personnes résidant à l’étranger, disposant d’une carte bancaire et d’une carte d’identité nationale africaine, qui peuvent par notre intermédiaire créditer directement en CFA un Wizall Wallet depuis l’Europe, les États-Unis ou la Chine, sans taxe supplémentaire », ajoute le cofondateur de la start-up.

Pour Wizall, qui cible l’Ouest francophone, moins recherché que l’Afrique anglophone, terrain de prédilection des fintechs kényanes, nigérianes et sud-africaines, il s’agit de se différencier à la fois des géants comme Western Union ou MoneyGram, qui facturent leurs services selon les lieux d’envoi et de réception et selon des opérateurs télécoms dont les services de mobile money sont essentiellement utilisés à l’échelle nationale entre particuliers, même si cela pourrait changer avec l’arrivée d’Orange Bank.

Des applications concurrentes telles que les applications de transfert de fonds Taptap Send (Helios Capital) et WorldRemit, fondé par le Somalilandais Ismail Ahmed, facturent parfois des frais supplémentaires et visent encore le segment des particuliers.

Wizall a séduit le groupe marocain BCP, qui y a injecté environ 12 millions d’euros pour prendre 55 % de son capital

Séduire les deux millions de paysans de la filière café-cacao

Appuyée à ses débuts par le pétrolier Total, qui y a investi 3 millions d’euros en 2015-2016, Wizall a séduit, à la fin de 2018, le groupe marocain BCP, qui y a injecté environ 12 millions d’euros pour prendre 55 % de son capital. « Kamal Mokdad, DG de la banque internationale, préside notre conseil d’administration, et nous réfléchissons avec leur département digital sur les produits financiers (microgestion, microépargnes et assurance) pour une clientèle non bancarisée », explique Ken Kakena.

Ce dernier préfère parler d’une alliance plutôt que d’un rachat et insiste sur l’indépendance préservée de Wizall, qui peut nouer des accords avec d’autres établissements bancaires. Avec cet apport d’argent frais, la start-up se sent pousser des ailes. Elle s’est installée en février à Abidjan, où Ken Kakena espère séduire les acteurs de la filière café-cacao et ses deux millions de paysans.

« Je reviens de San-Pédro, une trentaine de coopératives cacaoyères va commencer à payer une partie de leurs producteurs, ce qui va diminuer leurs risques de vol et de perte d’argent liquide lors de la paie des récoltes », précise Kakena. Il prévoit d’ouvrir une antenne au Burkina Faso en août, puis une autre au Mali, en septembre. Là encore, la fintech cible les filières du coton et de l’anacarde, mais aussi les mineurs d’or artisanaux.

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