Politique économique

[Tribune] France-Afrique : au rapport !

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Joël Té-Léssia Assoko est journaliste économique à Jeune Afrique et ancien chef d'édition de Jeune Afrique Business+. Ivoirien, diplômé de Paris-Dauphine et de Sciences-Po Paris, il suit le secteur de la finance en Afrique.

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Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, le président français Emmanuel Macron, le président tchadien Idriss Deby, le président nigérien Mahamadou Issoufou et le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, à la sortie du sommet de l'Union africaine le lundi 2 juillet 2018, à Nouakchott.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta, le président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, le président français Emmanuel Macron, le président tchadien Idriss Deby, le président nigérien Mahamadou Issoufou et le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, à la sortie du sommet de l'Union africaine le lundi 2 juillet 2018, à Nouakchott. © Ludovic Marin/AP/SIPA

Quarante-sept propositions sont énumérées dans le rapport sur la présence économique française en Afrique, rédigé par l’ancien ministre français Hervé Gaymard. Mais la postérité de cette énième étude reste douteuse.

En France, la transmission du pouvoir exécutif comporte certains passages obligés : le transfert des codes nucléaires, la visite à l’Hôtel de ville de Paris… et la commande d’un rapport sur l’Afrique.

Cette admirable tradition a agrémenté le catalogue de la Documentation française de travaux remarquables tels qu’Une urgence : l’afro-réalisme (1996), du député Yves Marchand, Les Migrants, acteurs du développement solidaire (2008), du ministre Éric Besson et Un partenariat pour l’avenir (2013), corédigé par Lionel Zinsou et Hubert Védrine, entre autres.

Le 23 juillet, un nouvel opus est venu compléter la collection : Relancer la présence économique française en Afrique (239 pages), rédigé par Hervé Gaymard, haut fonctionnaire et ancien ministre.

Pour réaliser ce travail, commandité en septembre 2018, près de 200 acteurs des relations économiques et diplomatiques entre l’Hexagone et le continent ont été interrogés, précise le document. Parmi eux, l’avocat Sena Agbayissah, le banquier Alexandre Maymat (Société générale), le capital-investisseur Vincent Le Guennou (ECP) et l’entrepreneur Karim Sy (Jokkolabs).

Messages originaux

Résultat de ces consultations et d’un impressionnant travail d’analyse documentaire (225 notes de bas de page), l’étude d’Hervé Gaymard, assisté de l’énarque Pierre-Ange Savelli, ex-adjoint au chef du bureau Afrique à la Direction générale du Trésor, livre plusieurs messages originaux.

Le continent africain n’est pas le continent des coups, mais de la capacité à résister aux coups

On pourra citer pêle-mêle : « Nous devons dépasser la conception classique de l’aide pour construire celle de l’investissement pour le développement » (p. 3) ; « Le continent africain n’est pas le continent des coups, mais de la capacité à résister aux coups » (idem) ; « Il n’y aura probablement pas de développement réel du continent africain sans une très importante hausse de l’accès à l’énergie » ;

« L’absence d’échec possible dans l’expérimentation d’un modèle économique, via sa réussite subventionnée sans discrimination, ne saurait correspondre à la semi-réussite du modèle ainsi testé, mais au contraire à l’échec de la construction de sa méthode de test » (p. 116), ainsi de suite.

Une postérité douteuse

Le rapport contient 47 propositions, contre quinze dans l’étude Zinsou-Védrine (agrémentées chacune de trois à quatre sous-propositions). Parmi les nouvelles préconisations, l’encouragement à la coopération franco-allemande « en matière économique sur le continent » et un appel à un « reconditionnement de l’aide (…) à des exigences de partenariat exemplaire »… Que restera-t-il de cet énième rapport sur les relations entre la France et l’Afrique ?

L’étude d’Éric Besson a conduit à la création du site de comparaison de frais de transfert, non actualisé depuis 2017. L’oubliable fondation AfricaFrance fut – jusqu’à l’an dernier – la seule rescapée des propositions de 2013. Il y a fort à parier qu’une pareille postérité attend ce nouvel essai. En attendant le suivant.

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