Politique

RDC : Alexis Thambwe Mwamba face à Modeste Bahati Lukwebo, un duel crucial pour prendre la tête du Sénat

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Alexis Thambwe Mwamba, désigné par Joseph Kabila pour prendre la tête du Sénat, devra faire face à la candidature inattendue de Modeste Bahati Lukwebo, issu de l’AFDC-A, un parti pourtant membre du Front commun pour le Congo (FCC), de l’ancien président congolais. Et ce dissident du FCC compte bien obtenir des voix auprès des partisans de Félix Tshisekedi.

Alexis Thambwe Mwamba pensait-il que la partie était gagnée d’avance ? Qu’il lui suffirait d’avoir le soutien de Joseph Kabila pour être porté à la tête du Sénat ? Le 2 juillet, le Front commun pour le Congo (FCC) a fait de lui son candidat pour présider la chambre haute du Parlement. Les jours qui ont suivi, les commentateurs ont été quasi unanimes à considérer que cet ex-ministre de la Justice, réputé proche de l’ancien président, allait – par ce simple fait – être propulsé au perchoir.

Mais c’était sans compter sur la frustration de Modeste Bahati Lukwebo, le président de l’Alliance des forces démocratiques et alliés (AFDC-A), une formation qui dépend du FCC mais qui n’entend pas pour autant taire ses ambitions. Cela fait des mois que cet homme originaire du Sud-Kivu, considéré comme l’un des piliers du FCC, est contraint de ronger son frein. En 2018 déjà, il avait espéré que Kabila fasse de lui son dauphin et avait dû contenir son aigreur quand le choix du président sortant s’était porté sur Emmanuel Ramazani Shadary.

Stratégie d’encerclement

Est-ce pour cela qu’aujourd’hui, malgré les pressions répétées du FCC, qui aurait préféré ne pas faire étalage de ses divisions, il refuse de retirer sa candidature à la présidence du Sénat ? Le 9 juillet, le FCC l’a en tout cas suspendu. Trois jours plus tard, Kabila réunissait ses troupes dans la commune de la Gombe, insistant sur la nécessité d’apporter son soutien à Thambwe Mwamba et donnant vingt-quatre heures à Lukwebo pour renoncer. Mais rien n’y a fait. Une fois ce délai expiré, furieux d’être ainsi défié, l’ex-président a ordonné sa radiation de la coalition.

Malgré cette éviction, Lukwebo possède quelques arguments. L’AFDC-A est, de par son nombre total d’élus (145), la deuxième force la plus importante de la coalition derrière le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Kabila. Aussi, il ne désespère pas d’obtenir le ralliement d’éventuels frustrés du FCC, voire le soutien du Cap pour le changement (CACH), la coalition qui s’est constituée autour du nouveau ­président Félix Tshisekedi. Cette séquence s’annonce ­cruciale pour son avenir.

Mais en face, Thambwe Mwamba et à travers lui Joseph Kabila jouent gros eux aussi. Il est évident que l’ex-­président veut demeurer incontournable dans la gestion du pays. « Tout est fait pour encercler Tshisekedi pour l’obliger à partager le pouvoir et à associer le PPRD à la prise de décision, résume Israël Mutala, analyste politique. Joseph Kabila veut placer auprès de son successeur des gens qui peuvent dire non, pour que rien ne se fasse sans lui. »

Un « dur » du clan Kabila

Alexis Thambwe-Mwamba (Congo - RDC), ministre de la Justice. A Paris, le 20.06.2017. © Vincent Fournier /JA  Ministre Homme Politique Justice Congo

Alexis Thambwe-Mwamba (Congo - RDC), ministre de la Justice. A Paris, le 20.06.2017. © Vincent Fournier /JA Ministre Homme Politique Justice Congo © V. Fournier/Jeune Afrique

Originaire du Maniema, Alexis Thambwe Mwamba passe justement pour être un « dur » de la précédente administration. Quand il était à la tête du ministère de la Justice, il a ainsi participé à la mise à l’écart de l’opposant Moïse Katumbi lors de la dernière présidentielle. Une plainte pour crimes contre l’humanité a par ailleurs été déposée contre lui en Belgique pour des faits qui remontent à l’époque où il était le porte-parole du RCD-Goma – cette rébellion avait affirmé avoir abattu un avion de ligne, le 10 octobre 1998, près de Kindu, dans l’est du pays.

L’élection des membres du bureau du Sénat aura lieu le 27 juillet et Lukwebo veut croire en ses chances. Il sait que, sur le papier, le FCC et ses 95 élus sur les 108 que compte la chambre haute pourrait l’emporter. Mais il n’oublie pas qu’il s’agira d’un vote à bulletin secret et qu’en 2007, le candidat de Kabila pour le même poste, Léonard She Okitundu, avait – à la surprise générale – été battu par un certain Léon Kengo wa Dondo.

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