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Cet article est issu du dossier «Maroc : 1999-2019, ces vingt premières années de règne de Mohammed VI qui ont tout changé»

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Politique économique

Maroc – 2019-2039 : dix chantiers pour demain

Cérémonie de remise des diplômes, le 2 février dernier, à l’université de Rabat. © Youssef Boudlal/REUTERS

« Centré sur la satisfaction des besoins des citoyens » et sur la réduction des inégalités, un projet de nouveau modèle de développement est à l’étude. Quels sont les principaux domaines concernés ? Éléments de réponse.

Le discours prononcé par le roi devant les représentants de la nation, le 13 octobre 2017, lors de l’ouverture de la session parlementaire, appelait une « réévaluation du modèle de développement national et l’élaboration d’une nouvelle approche, centrée sur la satisfaction des besoins des citoyens, capable de trouver des solutions pratiques aux vrais problèmes, apte à réduire les disparités et les inégalités existantes, et à instaurer la justice sociale et territoriale ».

Une exigence que Mohammed VI a réitérée à l’occasion de la rentrée parlementaire d’octobre 2018, en annonçant aux membres des deux chambres la création d’une commission ad hoc chargée d’élaborer le projet de ce nouveau modèle de développement, notamment en structurant les études et les réflexions déjà engagées depuis son précédent appel par quelques institutions, élus et décideurs au niveau national et territorial. « La commission devra soumettre à notre haute appréciation le projet du nouveau modèle de développement, en spécifiant les objectifs fixés, les leviers de changement proposés et les mécanismes de mise en œuvre retenus », avait précisé le souverain.

Une commission pour le futur

Depuis, rien n’a filtré sur cette commission, dont on ne connaît ni la composition ni l’agenda. Ce qui est sûr, c’est que les contributions pleuvent sur son bureau, émanant des partis politiques, des instances constitutionnelles et même des universités et centres de recherches de tout le pays.

Le gouvernement, quant à lui, semble attendre, comme le reste des Marocains, et donne l’impression d’être mis à l’écart de la préparation de ce chantier. Les partis de la majorité ont fini par faire part de leur vision des choses à ladite commission – chacun de leur côté, parce qu’ils n’ont pas pu se mettre d’accord sur une seule version. Selon quelques observateurs avertis, le projet de nouveau modèle de développement devrait être dévoilé avant la fin de l’année.

Pourquoi l’exigence d’un nouveau modèle s’est-elle imposée ? Malgré la profonde et incontestable transformation de la société et de l’économie, malgré l’émergence d’une classe moyenne et la mise en œuvre de politiques de développement régional, les disparités sociales et territoriales se sont creusées, le taux de chômage des jeunes ne faiblit pas – avec un fort contingent de chômeurs diplômés – , l’enseignement public et la formation professionnelle continuent de se dégrader, le système de santé est défaillant…

Le Maroc a en effet souffert pendant de nombreuses années, et souffre encore, de l’absence d’une politique globale sur le long terme, couvrant l’ensemble des secteurs. « Le pays pâtit aussi de choix d’investissements publics discutables et d’un certain manque de compétitivité de ses entreprises », commente l’économiste Mehdi Lahlou. Le nouveau code des impôts, lui aussi en cours d’élaboration, entend d’ailleurs renforcer la compétitivité des entreprises, laquelle contribuerait, entre autres, à redresser la balance commerciale.

Carences et dépendance

Si le royaume est aujourd’hui l’un des pays les plus performants du continent en matière de climat des affaires et d’essor économique, avec une croissance du PIB de plus de 4 % par an en moyenne depuis 2000, il souffre du poids de l’économie informelle, ainsi que d’une forte dépendance aux aléas climatiques et à la santé – bonne ou mauvaise – de ses principaux partenaires, notamment sur le Vieux Continent.

Nous sommes encore rattachés à la locomotive de l’Europe, alors que notre économie a besoin de taux de croissance bien plus importants

« Nous sommes encore rattachés à la locomotive de l’Europe, où les taux de croissance ont oscillé ces dernières années entre – 1 % et +2 %, alors que notre économie a besoin de taux bien plus importants », explique l’ancien ministre de l’Économie Mohammed Berrada, qui a présidé les dernières Assises de la fiscalité. Une situation qui ne permet pas au pays d’offrir suffisamment d’emplois pour résorber le taux de chômage, qui se maintient autour de 10 %.

Le futur modèle de développement devra trouver une solution à ces carences. Les Marocains attendent notamment une refonte globale de l’éducation, ce qui permettra une meilleure intégration sur le marché du travail. « Le principal défi, c’est de redonner à l’enseignement la place qu’il mérite dans la société et d’investir dans des écosystèmes de recherche et de développement », estime Othman El Ferdaous, secrétaire d’État chargé de l’investissement. La nouvelle feuille de route devra également donner des orientations générales qui inspirent les futures politiques sectorielles et, surtout, qui assurent leur cohérence, leur convergence vers les mêmes objectifs et leur pérennité.

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