Diplomatie

[Tribune] Donald Trump et la Palestine : des droits, pas des dollars

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Jihâd Gillon est journaliste à Jeune Afrique, il suit le Moyen-Orient et le Maghreb, plus particulièrement les nombreuses crises qui traversent la région, de la Libye aux pays du Golfe en passant par la Syrie.

Les manifestants palestiniens se mettent à l'abri devant des gaz lacrymogènes tirés par des troupes israéliennes près de la clôture de la frontière entre Gaza et la bande de Gaza, lors d'une manifestation à l'est de la ville, le 16 novembre 2018.

Les manifestants palestiniens se mettent à l'abri devant des gaz lacrymogènes tirés par des troupes israéliennes près de la clôture de la frontière entre Gaza et la bande de Gaza, lors d'une manifestation à l'est de la ville, le 16 novembre 2018. © Adel Hana/AP/SIPA

Le « deal du siècle » imaginé par l’administration de Donald Trump et censé mettre un terme au conflit israélo-palestinien, avec des investissements en Cisjordanie et à Gaza, s’est soldé par un fiasco. Les Palestiniens ne sont pas prêts à renoncer à leurs droits.

Cinquante milliards de dollars peuvent-ils régler un différend politique vieux de soixante-dix ans ? Tous les doutes sont permis, mais Donald Trump y croit dur comme fer. La promesse d’investissements faramineux en Cisjordanie et à Gaza contre l’abandon de la plupart des revendications palestiniennes, c’est en résumé le contenu du fameux « deal du siècle » imaginé par l’administration Trump et censé mettre enfin un terme au conflit.

Son chef d’orchestre, Jared Kushner, gendre du président américain, de concert avec ses partenaires émiratis et saoudiens, a mis sur pied une conférence qui s’est tenue fin juin à Bahreïn et qui devait donner le coup d’envoi de cette initiative.

En l’absence des principaux intéressés – les représentants palestiniens et israéliens –, le rendez-vous s’est soldé par le fiasco attendu. Le mot « Palestine » n’y a pas été prononcé une seule fois et les participants – un ensemble hétéroclite de banquiers, promoteurs immobiliers, influenceurs Instagram, milliardaires – semblaient pour la plupart se demander ce qu’ils fabriquaient là. Aucune décision d’importance n’a été prise durant ce workshop aussi disruptif qu’inutile. Le « deal du siècle » a déjà tourné en eau de boudin.

La méthode Trump

Il n’est pourtant pas inintéressant de se pencher sur son esprit, si révélateur du rapport problématique de l’Amérique à la question israélo-palestinienne. Donald Trump, fidèle à son approche, est parti du constat, difficilement contestable, de l’échec des différents processus de paix depuis Oslo au début des années 1990. Un échec imputé – et c’est là que le bât blesse – aux exigences supposément maximalistes des leaders palestiniens.

La méthode Trump, sans doute conforme à son art of the deal, consiste à évacuer toutes les questions politiques de fond pour se concentrer sur une approche exclusivement économique

La méthode Trump, sans doute conforme à son art of the deal, consiste à évacuer toutes les questions politiques de fond – État palestinien, colonies, ségrégation, frontières – pour se concentrer sur une approche exclusivement économique. L’argumentaire est simple, pour ne pas dire simpliste : les Palestiniens ont vu leur sort et leurs conditions de vie s’aggraver avec le temps, la résistance à la colonisation israélienne n’ayant apporté que misère et humiliations. Il est temps que cela cesse, et il ne tiendrait qu’aux Palestiniens de se montrer pragmatiques en renonçant à leurs droits.

Sur Al-Jazira, à quelques heures de la conférence de Bahreïn, Jared Kushner a ainsi expliqué que l’absence d’infrastructures en Palestine – régulièrement détruites par l’aviation israélienne – tient essentiellement au bad leadership palestinien. Les innombrables check-points israéliens comme autant d’entorses à la souveraineté palestinienne ? Un simple « problème de coût des marchandises en raison du temps qu’elles mettent à franchir les frontières ». Le plan de Trump, a-t-il plaidé, offrira « plus d’opportunités » aux Palestiniens, lesquels « savent mieux que personne ce que sont les promesses non tenues ».

« Israël n’est pas la cause du problème »

Et tant pis si celle d’un État palestinien a surtout été trahie par l’Amérique elle-même. Au fond, pour le gendre de Donald Trump, seul leur pouvoir d’achat et leur sécurité devraient importer aux Palestiniens. Interrogé sur les torts d’Israël, Kushner abandonne le langage managérial pour la rhétorique légale : un « État souverain » a le droit de se choisir Jérusalem pour capitale, le droit de défendre ses citoyens en bombardant des zones civiles palestiniennes.

« Israël n’est pas la cause du problème », a-t-il fini par balayer. Car c’est bien là l’essentiel, au-delà de ce plan promis à l’échec : continuer à présenter le conflit israélo-­palestinien comme la conséquence de l’irresponsabilité palestinienne. De ce point de vue, la présidence Trump n’aura rien changé à la politique américaine. Précisons, pour ne rien gâcher, que les 50 milliards de dollars ne proviendraient ni d’Israël ni des États-Unis.

Ce serait aux riches États arabes de financer le renoncement palestinien, condition pour que cette « aide » soit débloquée. À l’époque du plan de paix du roi Abdallah d’Arabie saoudite, en 2002, l’idée était d’offrir la paix et la reconnaissance contre les territoires, une solution purement et simplement ignorée par Ariel Sharon à l’époque. Les Palestiniens sont désormais priés de renoncer à tout, contre l’improbable espoir de transformer Gaza en un nouveau Dubaï.

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