Économie

[Analyse] Monnaie unique de la Cedeao : un si vague Eco

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Joël Té-Léssia Assoko est journaliste économique à Jeune Afrique et ancien chef d'édition de Jeune Afrique Business+. Ivoirien, diplômé de Paris-Dauphine et de Sciences-Po Paris, il suit le secteur de la finance en Afrique.

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Treize des quinze chefs d'État de la Cedeao étaient présents au sommet d'Abuja, le 29 juin.

Treize des quinze chefs d'État de la Cedeao étaient présents au sommet d'Abuja, le 29 juin. © DR / Ecowas

Pas de mesure adoptée pour réduire les écarts entre les pays, des décisions prises exclusivement au niveau des chefs d’État et une opacité complète concernant les futures étapes du projet... Si elle maintient sa volonté affichée de faire naître la future monnaie unique dès 2020, la Cedeao ne fait rien pour inspirer la confiance et l’adhésion à « Eco ».

Il y a une semaine, le président ivoirien, Alassane Ouattara, a réaffirmé qu’eco, la future monnaie unique des quinze pays de la Cedeao, verra bien le jour en juillet 2020. Il a cependant rappelé qu’il n’y aurait pas de rupture immédiate avec le système CFA (donc la parité avec l’euro), et que seuls les pays respectant déjà « les critères de convergence » adopteront cette nouvelle devise. Alors quid novi ?

les étapes les plus élémentaires dans l’instauration d’une monnaie commune n’ont à aucun moment été respectées

Cette devise doit unifier les huit systèmes monétaires de la région : celui des pays Umoa et ceux de leurs sept voisins, dont le Nigeria et le Ghana. Si elle ne regroupe, en 2020, que les États utilisant le franc CFA, quel est l’intérêt ? Les écarts dans le suivi des critères de convergence – maîtrise de l’inflation, des déficits, de la dette, des fluctuations de change et des réserves extérieures – entre les pays de la zone Umoa, qui les respectent dans l’ensemble, et leurs voisins, moins attentifs à ces règles, sont connus de longue date. Pourtant, à un an de l’échéance, aucune mesure n’a été prise pour réduire ces écarts.

Plus important, les étapes les plus élémentaires dans l’instauration d’une monnaie commune n’ont à aucun moment été respectées. Comme le rappelle la Banque centrale européenne (BCE), dès juillet 1990, soit neuf ans avant l’introduction de l’euro, les mouvements de capitaux avaient été complètement libéralisés entre les pays concernés, et une unité de compte commune (ECU) était déjà utilisable par les acteurs économiques.

En 1993, des statuts spécifiques sur l’indépendance et le fonctionnement de la BCE étaient entrés en vigueur. Parallèlement, nombre d’études avaient été réalisées pour sonder les entrepreneurs et les ménages et ainsi les préparer à la transition. Dans le cadre de l’Eco, rien de tout cela n’a été fait. Les décisions sont prises exclusivement au niveau des chefs d’État, et le secteur privé comme les populations sont placés devant le fait du prince.

Une opacité complète entoure les différentes étapes du projet

Quand bien même juillet 2020 ne serait que le début d’un processus, une opacité complète entoure les futures étapes du projet : régime de parité de l’Eco, adhésions du Ghana et du Nigeria, statut de la Banque centrale commune… Cela n’est pas de nature à inspirer la confiance et l’adhésion des citoyens.

Un agro-industriel sénégalais s’endettant pour créer une unité de transformation pour l’export, une mère ivoirienne empruntant pour les études en Europe d’un enfant, un assureur malien devant placer ses actifs pour couvrir ses clients ignorent tous dans quel système monétaire ils évolueront dans cinq ou dix ans. Et personne ne juge utile de les en informer. Voudraient-ils cantonner les citoyens au rôle de sujets, les dirigeants de la Cedeao ne s’y prendraient pas autrement.

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