Musique

Johnny Clegg, disparition d’un guerrier antiapartheid

Le chanteur Johnny Clegg, en costume traditionnel lors de son mariage, le 27 mars 1989.

Le chanteur Johnny Clegg, en costume traditionnel lors de son mariage, le 27 mars 1989. © Trevor SAMSON/AFP

Le Zoulou blanc était devenu une icône de la lutte contre le racisme. Le monde musical salue le courage et la sincérité de cet artiste hors norme.

Depuis l’annonce du décès de Johnny Clegg, à 66 ans, le 16 juillet à Johannesburg, les hommages se sont multipliés jusqu’au plus haut niveau des sphères politiques. Cyril Ramaphosa, le président sud-­africain, saluant « une icône de la cohésion sociale et de l’anti­racisme ». L’unanimité des éloges ferait presque oublier que Jonathan Clegg, de son vrai nom, ne fut pas si consensuel du temps de l’apartheid.

Né à Bacup, en Angleterre, arrivé à 7 ans en Afrique du Sud, il s’immerge très tôt dans la culture zouloue, mêlant musique traditionnelle et musique pop dans son groupe Juluka (avec Sipho Mchunu), puis Savuka, en 1986.

*Le chanteur sud-africain Samson Tshabalala, 64 ans, qui a des origines zouloues et a souvent rencontré l’artiste, se remémore avec émotion la première fois qu’il a entendu le titre Asimbonanga, hit mondial dédié à Nelson Mandela, alors détenu sur l’île de Robben.

J’ai compris que nous, les Noirs, n’étions pas isolés

« C’était un moment très fort, car j’ai compris que nous, les Noirs, n’étions pas isolés, explique-t-il. Rien ne l’obligeait à danser et chanter avec nous, mais il l’a fait, et il ne faut pas croire que c’était simple à l’époque. Moi qui ai choisi l’exil, je me souviens de la pression quotidienne, du sabotage des concerts, des espions qui cherchaient des informations à divulguer aux autorités… » Dans l’un de ses derniers entretiens, le Zoulou blanc estime que 15 % de ses premiers concerts étaient « arrêtés par la police ». Asimbonanga, entre autres chansons, sera censurée.

Culture zouloue

Christian Mousset, qui fut le premier à l’inviter en France, au festival Musiques métisses, à Angoulême, se souvient d’un homme à l’énergie « incroyable ». « Dans une même journée, il donnait trois concerts, faisait un footing et participait à une réunion avec les opposants du United Democratic Front… Il faisait tout à fond. J’ai pu assister à son mariage, qui s’est en partie conformé au rituel zoulou, avec près de 200 chanteurs et danseurs, et même le roi des Zoulous, venu dans sa Mercedes climatisée… du délire ! »

Il ne “jouait” pas l’Africain. Il était zoulou, adopté par les Zoulous

Mais le créateur de Musiques métisses insiste : « Il ne “jouait” pas l’Africain. Il était zoulou, adopté par les Zoulous, et grâce à ses études d’anthro­pologie et à sa curiosité, il connaissait parfois mieux la culture zouloue que certains Zoulous eux-mêmes. »

Johnny Clegg lors d'un concert à Cape Town, en juillet 2017.

Johnny Clegg lors d'un concert à Cape Town, en juillet 2017. © STR/AP/SIPA

Il a prouvé que les Africains pouvaient apprendre les uns des autres, et même vivre ensemble

La chanteuse sud-africaine Sibongile Mbambo, 40 ans, ne dit pas autre chose. Elle salue un homme « qui n’était pas dans la simple imitation, mais qui avait appris à vivre, à parler, à danser, à manger comme ceux qu’on opposait alors aux Blancs. Avec beaucoup d’humilité, sans leçon de morale, mais en osant monter un groupe mixte, il a prouvé que les Africains pouvaient apprendre les uns des autres, et même vivre ensemble. » Ce qui est déjà énorme.

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