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Cet article est issu du dossier «Maroc : 1999-2019, ces vingt premières années de règne de Mohammed VI qui ont tout changé»

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Histoire

[Chronique] Maroc : où sont les oiseaux de mauvais augure ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h57

Par  Fouad Laroui

Ecrivain

Dom

© Dom

Il y a vingt ans, le Maroc changeait d’ère – ou changeait d’air – et, aussitôt, les Cassandre s’abattirent sur nous comme la misère sur le pauvre monde ; nous avions pourtant assez de problèmes comme ça…

Ce fut une avalanche de livres aux titres apocalyptiques, qu’on pourrait ainsi paraphraser : « Demain, l’islamisme ouh là là ! », « Al-Qaïda-sur-Bou-Regreg », « La fantasia dantesque », « Le dernier pacha », « Le guerrab et le jihadiste », etc. Frisson garanti, pour 19,90 euros.

Le point commun de tous ces livres était qu’ils ne donnaient pas cher de la peau du lion de l’Atlas. Vermoulue et mangée aux mites, ladite peau, et c’était le Maroc tout entier à qui l’on promettait de finir fissa en descente de lit. En attendant, tous ces oiseaux de mauvais augure s’essuyaient les pattes dessus, avec une certaine délectation.

Je me souviens que notre grand historien Abdallah Laroui fulminait alors, en privé : « Ce n’est pas sérieux tout ça, c’est de la pornographie politique ! » Et il est vrai que ces pensums ne brillaient ni par la rigueur ni par la profondeur. Mais un certain public raffolait apparemment de ce genre de politique-fiction qui promet les pires catastrophes… à autrui. L’enfer, c’est pour les autres.

Le Maroc, « pays complexe »

Vingt ans ont passé. L’Empire chérifien n’est pas le paradis sur terre, tant s’en faut, mais, enfin, il n’a pas été englouti par les flots, ni n’est devenu un État failli, comme la Somalie, le Venezuela ou la Libye, ni n’a disparu, comme la fière Yougoslavie de Tito. Il y a ici mille choses à changer (et d’abord nos menta­lités…), la démocratie n’est pas acquise, mais, enfin, il y a quelque part un train qui roule vite, des centrales solaires parmi les plus performantes du monde, et le groupe OCP est en train de conquérir la planète de façon magistrale. Si nous étions suisses ou singapouriens, les commentateurs se pâmeraient.

Espérons que les marocanologues ont appris la leçon et que, en leur for intérieur, ils se disent parfois : Mea culpa !

Quant aux marocano­logues, qui, il y a vingt ans, avaient prédit le chaos entre Tanger et Lagouira, la dislocation de l’État, le retour de l’année du typhus et du printemps des sauterelles, où sont-ils maintenant ? Se sont-ils excusés ? Bien sûr que non.

Espérons qu’ils ont appris la leçon et que, en leur for intérieur, ils se disent parfois : « Mea culpa ! Dorénavant, je ne m’aventurerai plus à pérorer sur un pays aussi complexe que le Maroc à moins de maîtriser au moins deux ou trois disciplines scientifiques (économie, sociologie, anthropologie…) ; je ne mettrai plus les éructations d’un hurluberlu vissé à son tabouret de bar au-dessus des analyses d’un professeur d’université ; je ne prendrai plus pour argent comptant les allégations délirantes d’un adolescent boutonneux promu “fixeur” par mes soins ; je ne prophétiserai plus à propos d’une nation dont j’ignore les langues, l’Histoire, la ­texture sociale et la profondeur psychologique… »

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