Justice

RDC : Bosco Ntaganda reconnu coupable par la CPI, game over pour « Terminator »

L’ancien milicien de 45 ans encourt trente ans de prison, voire la perpétuité.

L’ancien milicien de 45 ans encourt trente ans de prison, voire la perpétuité. © Eva Plevier/REUTERS

Bosco Ntaganda a été reconnu coupable par la CPI de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en RD Congo.

En 2002, pendant la deuxième guerre du Congo, la bourgade de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, était devenue stratégique. À ses alentours, on trouvait des mines d’or et une piste d’atterrissage. Bref tout le nécessaire pour faire prospérer un groupe armé. Le prêtre catholique de la ville, l’abbé Boniface Bwanalonga, l’a payé de sa vie.

Selon les juges de la Cour pénale internationale (CPI), ce prélat « âgé » et appartenant à « l’ethnie lendue » (principalement constituée d’agriculteurs) a été assassiné par Bosco Ntaganda, alors chef des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), une milice pro-Hema (groupe historiquement composé d’éleveurs).

Ntaganda, qui a « personnellement interrogé » Bwanalonga dans ses appartements, le « frappait avec un bout de bois ». « Après l’interrogatoire, Ntaganda a ordonné à ses gardes du corps de conduire l’abbé derrière l’habitation, où Ntaganda l’a exécuté », a raconté un témoin cité par les juges.

Persécutions ethniques

Bosco Ntaganda, à La Haye, le 26 mars 2013

Bosco Ntaganda, à La Haye, le 26 mars 2013 © Peter Dejong/AP/SIPA

Même pour la CPI, c’est un record macabre

Pour ce crime et de nombreux autres, relatés dans un jugement de 539 pages, Bosco Ntaganda a été condamné par la CPI le 8 juillet. Au total, « Terminator » s’est vu condamner pour dix-huit chefs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité – un record. C’est aussi la première fois que la CPI prononce des sentences pour persécutions ethniques (contre les peuples lendu et ngiti principalement), esclavage sexuel ou encore violences contre ses propres enfants-soldats. Même pour la CPI, c’est un record macabre.

L’avocat de Ntaganda, Me Stéphane Bourgon, a déjà annoncé son intention de faire appel. Il ne connaîtra pourtant la peine de son client, aujourd’hui âgé de 45 ans, que dans plusieurs mois. Compte tenu du jugement, il est probable qu’elle approche du maximum, soit trente années de prison. Le bureau du procureur pourrait même estimer que les faits sont « d’une gravité extrême » et requérir la réclusion à perpétuité.

Les chefs d’État de la région ont accueilli la nouvelle par un silence gêné

Pour la procureure de la CPI, la Gambienne Fatou Bensouda, cette condamnation met fin à une série noire pour son bureau, avec les libérations du Congolais Jean-Pierre Bemba et des Ivoiriens Charles Blé Goudé et Laurent Gbagbo.

Mais à Niamey, où les chefs d’État du continent s’étaient réunis à l’occasion du dernier sommet de l’Union africaine, la nouvelle a été accueillie par un silence gêné. Ce procès renvoie en effet les pays de la région des Grands Lacs à la terrible spirale de violences ethniques des années 1990 et 2000. Terminator a été de tous ces combats et fut allié, à un moment ou à un autre, de chacun des présidents de la zone.

Kabila, Kagame et Museveni

Ntaganda fut un général des Forces armées de RD Congo (FARDC) sous Joseph Kabila, qui l’a longtemps protégé d’une extradition à la CPI avant de changer d’avis en 2012. Il a aussi été un cadre du Rassemblement congolais pour la démocratie-Kisangani/Mouvement de libération (RCD-K/ML), soutenu par l’Ouganda de Yoweri Museveni.

Sans oublier qu’il a été formé au sein de l’Armée patriotique rwandaise (APR) de Paul Kagame, à l’époque où elle était une rébellion tutsie lancée contre le régime génocidaire hutu rwandais. Les juges de la CPI ont d’ailleurs « établi » que Kigali a soutenu les FPLC de Ntaganda au moment où il commettait ses crimes, sans toutefois considérer que le gouvernement rwandais en avait « le contrôle total ».

À Niamey, même le nouveau président congolais, Félix Tshisekedi, qui n’a jamais été impliqué dans ces guerres, s’est dit « sans avis » sur la condamnation. Le chef de l’État s’était pourtant rendu au début de juillet en Ituri, où les affrontements intercommunautaires ont repris ces derniers mois, pour dénoncer une « tentative de génocide ». Mais il coopère avec Kabila et Kagame pour tenter de stabiliser enfin l’est de son pays.

Nouvelles poursuites

À l’image du mouvement citoyen Lucha, la société civile congolaise continue quant à elle de réclamer de nouvelles poursuites contre Ntaganda pour examiner le reste de sa « carrière ». Outre l’APR, le RCD-K/ML, le FPLC et les FARDC, Ntaganda a également officié au sein de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila et des rébellions successives d’officiers tutsis congolais, comme le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dans les années 2000, ainsi que le M23, en 2012 et 2013. C’est d’ailleurs après l’échec de cette dernière aventure que, lâché par tous ses alliés, il avait fini par se constituer prisonnier à l’ambassade des États-Unis à Kigali.

Même chez les victimes civiles lendues de Ntaganda, le soulagement ne semble pas total. « Nous leur avons expliqué qu’il existe encore un risque que le jugement soit renversé en appel, précise leur représentant légal, Me Dimitri Suprun. Sur place, elles vivent toujours dans le plus extrême dénuement. Les [effets des] destructions d’écoles et d’hôpitaux de l’époque se font encore sentir aujourd’hui. » Au-delà des indemnisations accordées aux victimes elles-mêmes, cet avocat espère faire obtenir des réparations à ces communautés.

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