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Afrique du Sud : Phuti Mahanyele-Dabengwa, le nouveau visage de Naspers

Phuti Mahanyele-Dabengwa a dirigé Shanduka Group, la société d’investissement de Cyril Ramaphosa, et siège toujours au conseil de sa fondation. © Dean Hutton/Bloomberg via Getty Images

Nommée à la tête des activités sud-africaines de Naspers, Phuti Mahanyele-Dabengwa, première dirigeante noire de l’histoire du groupe centenaire, est très connectée au pouvoir politique.

Alors que Phuti Mahanyele-Dabengwa et sa sœur étaient encore jeunes, leur père, Molah Mahanyele, pionnier de l’entrepreneuriat noir en Afrique du Sud, leur avait offert pour leurs anniversaires des actions Naspers. En 2016, elle racontait cette anecdote sur les ondes d’une radio sud-africaine, se remémorant combien la déception avait été grande. « J’attendais une paire de rollers et j’étais très en colère », riait-elle franchement. Mais, déjà, le sens des affaires l’emportait, et elle avait fini par racheter les parts de sa cadette.

Au début de juillet, la première capitalisation de la Bourse de Johannesburg a fait à nouveau irruption dans sa vie. Cette fois, le sentiment provoqué a été très différent. À 48 ans, la diplômée des universités Rutgers (États-Unis) et De Montfort (Angleterre) vient d’être nommée au poste de directrice générale Afrique du Sud par la multinationale et s’est dite très heureuse.

Ancienne directrice de Shanduka Group

Avec son arrivée, le géant (19 milliards de dollars de CA en 2018-2019) entame un nouveau chapitre de son histoire. Créé en 1915 par des militants afrikaners, le groupe centré sur les médias jusqu’au début des années 2000 aura été un soutien important du régime de l’apartheid. Il a fallu attendre la libération de Nelson Mandela pour qu’il prenne ses distances avec le Parti national et encore sept ans pour que ses journalistes présentent leurs excuses en leur nom propre devant la Commission vérité et réconciliation.

Ce n’est finalement qu’en 2015, à l’occasion de son centenaire, que Naspers a fait acte de contrition. Phuti Mahanyele Dabengwa devient la première dirigeante noire du groupe et une des rares femmes à ce poste au sein d’un des ténors de l’économie sud-africaine. Elle sera rejointe dans ce club très fermé par Mpumi Madisa, désignée cette année pour être numéro un du conglomérat Bidvest (négoce, distribution et services, 4,84 milliards de dollars de CA) en 2021.

Depuis 2015, la financière était présidente de la société d’investissement Sigma capital. Elle a en outre siégé aux conseils d’administration de l’opérateur de télécoms Vodacom, du minier Gold Fields et de la compagnie aérienne Comair. Si Naspers l’a recrutée, c’est aussi, au-delà de ces expériences et de ses qualités largement reconnues – Global Young Leader 2007 –, pour ses liens avec le pouvoir.

Avant de fonder Sigma, elle a dirigé Shanduka Group, la société d’investissement créée par l’actuel chef de l’État, Cyril Ramaphosa, et siège toujours au conseil de sa fondation. Elle est par ailleurs l’épouse de Sifiso Dabengwa, ex-PDG de l’opérateur de télécoms MTN, actuel administrateur d’Eskom, également proche du président.

Poursuivre la transformation du groupe en géant d’internet

Au sein de Naspers, elle sera rattachée au directeur général Bob Van Dijk. Passé par eBay, il poursuit la transformation du groupe en géant d’internet commencée grâce à sa prise de participation dans la plateforme de messagerie chinoise Tencent. En 2001, la multinationale avait misé 32 millions de dollars. Aujourd’hui, sa part (31 %) est valorisée à plus de 130 milliards de dollars. Cette année, Naspers prévoit d’investir un milliard de dollars, principalement hors de ses bases.

Le groupe veut investir au cours des trois prochaines années 200 millions d’euros dans ses plateformes sud-africaines

Depuis Johannesburg, Phuti Mahanyele-Dabengwa aura néanmoins pour mission d’y développer ses activités. En octobre 2018, le groupe a annoncé vouloir investir au cours des trois prochaines années 200 millions d’euros dans ses plateformes sud-africaines dont OLX et Takealot (e-commerce) et Mr D Food (service de livraison de plats cuisinés).

Elle sera également chargée de superviser le fonds de 88 millions d’euros prévu pour appuyer la croissance des start-up locales (Naspers Foundry), ainsi que les initiatives (Naspers Labs) en faveur des jeunes sans emploi. Mais la question que tout le monde se pose encore est de savoir si elle sera aussi impliquée dans la gestion de l’ensemble de ses actifs non sud-africains, que Naspers veut coter à la Bourse d’Amsterdam. Pour l’heure, silence radio chez l’intéressée.

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