Politique

RDC – Jeanine Mabunda : « Une fois le gouvernement formé, il sera pleinement aux commandes »

Jeanine Mabunda, Présidente Assemblée Nationale congolaise, paris le 4 juillet 2019. © Bruno Levy pour JA

Jeanine Mabunda, Présidente Assemblée Nationale congolaise, paris le 4 juillet 2019. © Bruno Levy pour JA © Bruno Levy pour JA

Propulsée à la tête de l’Assemblée nationale congolaise en avril, Jeanine Mabunda s’impose déjà comme un rouage clé de la nouvelle coalition au pouvoir.

Son élection à la tête de l’Assemblée nationale congolaise, en avril dernier, a été largement saluée sur le continent. Femme, ancienne cadre du secteur privé, formée dans les meilleures écoles belges de management… Jeanine Mabunda, 55 ans, est assurément l’un des visages les plus présentables de l’entourage de Joseph Kabila.

Aujourd’hui, elle fait le lien entre la majorité parlementaire, que l’ancien président a conservée, et le nouveau chef de l’État, Félix Tshisekedi, dont elle devrait être amenée à contrôler l’action. De passage en France, où elle a été invitée à participer aux rencontres économiques d’Aix-en-Provence, elle a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Modeste Bahati Lukwebo vient de quitter votre coalition, le Front commun pour le Congo [FCC]. Il en dirigeait l’un des principaux partis, l’Alliance des Forces démocratiques du Congo et Alliés [AFDC-A]. Une autre coalition peut-elle se former autour de lui ?

Jeanine Mabunda : Il faut se fonder sur ce qui existe. La coalition FCC-Cach [Cap pour le changement] dispose de 383 députés sur les 500 que les Congolais ont élus. C’est la majorité qui permet au président Tshisekedi de gouverner. Parmi ces 383 représentants, Cach, la coalition du président, dispose de 48 députés et l’AFDC une quarantaine.

La Cour constitutionnelle a finalement validé l’élection de dix-neuf députés d’opposition. Jusque-là, au sein de l’Assemblée nationale, l’opposition ne s’était vu proposer que le poste de rapporteur adjoint et n’en avait pas voulu. Allez-vous réexaminer sa représentation?

En tant que présidente de l’Assemblée nationale, je dois être l’église au milieu du village. J’ai pris contact avec toutes les franges de l’opposition. Certaines personnes sont intéressées par le poste que vous évoquez. Quand l’opposition reprendra sa place dans l’hémicycle, en septembre, cette question pourra être discutée. Sur certains combats républicains, nos discussions ont déjà été très constructives. Nous sommes d’accord sur des sujets de gouvernance économique, par exemple.

Félix Tshisekedi reçoit l'écharpe présidentielle de l'ex-président congolais, Joseph Kabila, le 24 janvier 2019, à Kinshasa.

Félix Tshisekedi reçoit l'écharpe présidentielle de l'ex-président congolais, Joseph Kabila, le 24 janvier 2019, à Kinshasa. © Jerome Delay/AP/SIPA

C’est la première fois que le pays est dirigé par une coalition. La longueur des discussions ne traduit pas une difficulté, mais plutôt une volonté de consensus

L’opposant Martin Fayulu a pourtant annoncé que les députés de Lamuka suspendaient leur participation aux travaux de l’Assemblée…

Il a exprimé ses préoccupations vis-à-vis du pouvoir judiciaire, c’est son droit. Mais nos pouvoirs sont séparés. Par ailleurs, l’absence de certains élus n’est visible que lors des séances plénières. Les députés d’opposition prennent part aux consultations et siègent à l’assemblée parlementaire panafricaine, où ils nous représentent.

Cela fait six mois que l’on attend la formation du nouveau gouvernement, situation qui est le fruit d’un exécutif à deux têtes. Celui-ci pourra-t-il accoucher d’un gouvernement efficace

C’est la première fois que le pays est dirigé par une coalition. La longueur des discussions ne traduit pas une difficulté, mais plutôt une volonté de consensus. On souhaiterait que cela aille plus vite, c’est sûr. Mais dans un pays en situation de post-conflit, le plus important est que tout le monde soit d’accord. Une fois que le gouvernement sera formé, il sera pleinement aux commandes.

À la fin de mai, la présidence avait déjà consommé la totalité du budget qui lui était alloué. Cela vous inquiète-t-il?

Il est difficile de corroborer vos dires. Il faudrait avoir les chiffres officiels d’un gouvernement en fonction.

Vous ne les avez pas?

Je reste prudente, car je souhaite disposer de données vérifiées et non de rumeurs ou d’informations incomplètes. Mais il est certain qu’après une séquence électorale qui a coûté presque 1 milliard de dollars, le pays n’a pas la marge de manœuvre financière qu’il aurait eue s’il n’avait pas organisé de scrutins. On espère que le gouvernement sera formé avant la fin de ce mois de juillet. Un vrai débat aura alors lieu sur l’esquisse des budgets.

Les députés de l’Union pour la démocratie et le progrès social [UDPS], le parti du président Félix Tshisekedi, vous ont critiquée pour avoir permis à l’Assemblée de débattre sur les ordonnances de nomination à la tête des sociétés d’État que sont la Société nationale des chemins de fer du Congo [SNCC] et la Gécamines. Que leur répondez-vous?

Chacun peut exprimer ce qui le préoccupe devant l’Assemblée du moment qu’il le fait de manière responsable. Lorsqu’il y a eu des difficultés de perception, le président Tshisekedi m’a reçue et je lui ai expliqué quel était l’historique de la pratique parlementaire en matière de gouvernance économique.

Êtes-vous en capacité de contrôler les accords de défense ? Il se dit par exemple que l’armée rwandaise est actuellement présente sur le sol congolais. Est-ce vrai?

Commenter cette information me semble imprudent. Ces questions doivent être envoyées au ministre de la Défense, puisqu’elles relèvent de sa compétence. La mienne est de vérifier que les actions posées par le gouvernement sont en corrélation avec les textes qui nous gouvernent.

Jusqu’à récemment, vous étiez encore membre du conseil d’administration de la société minière Randgold. Qu’en est-il aujourd’hui?

Effectivement j’étais administratrice de Randgold. Cette compagnie a été rachetée, en décembre dernier, par le groupe Barrick. Mon mandat est arrivé à sa fin avant que je sois élue à la présidence de l’Assemblée. Il me paraît extrêmement important d’avoir eu une expérience dans ce type de structure.

Détenez-vous encore des actions de cette société?

Je n’ai que celles que l’on m’a données en tant qu’administratrice, et qui me sont restées.

Jeanine Mabunda, en octobre 2016, lorsqu'elle était conseillère spéciale de Joseph Kabila sur la lutte contre les violences faîtes aux femmes.

Jeanine Mabunda, en octobre 2016, lorsqu'elle était conseillère spéciale de Joseph Kabila sur la lutte contre les violences faîtes aux femmes. © Photo/MONUSCO Michael Ali.

Une réforme constitutionnelle est un exercice délicat, souvent vu comme une ligne rouge

Craignez-vous que le président ne dissolve votre Assemblée?

C’est toujours la même question qui revient, comme le scénario d’un film que l’on voudrait absolument écrire. Comme lorsque, avant l’élection présidentielle, certains répétaient que le président Kabila ne se retirerait pas. Finalement, il a respecté la Constitution et s’est mis en retrait. Il ne faut pas toujours être prophète de malheur.

Êtes-vous favorable à une modification de la Constitution?

Il faut améliorer les processus en tenant compte du contexte culturel africain, et prendre garde à ce qu’il n’y ait pas de décalage entre ce que nous pensons être bien selon des critères occidentaux, et ce que nos peuples attendent.

À l’Assemblée, j’ai reçu beaucoup de monde. J’ai rencontré des femmes de la société civile du Sud-Kivu qui sont venues nous dire qu’elles voulaient changer la loi électorale pour que des quotas de femmes dans les institutions soient mis en place.

J’ai vu le rapport de la conférence épiscopale, qui estime légitime de réfléchir à la durée de la période pendant laquelle on peut déposer des recours électoraux – actuellement, cela peut aller jusqu’à six mois. Le président lui-même a insisté sur la réforme de certaines dispositions électorales.

C’est vrai qu’une réforme constitutionnelle est un exercice délicat, souvent vu comme une ligne rouge. Ceux qui l’ont fait avant nous ont été sanctionnés. Mais c’est l’une des questions les plus récurrentes et, donc, cela interroge.

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