Médias

Paola Audrey Ndengue, l’entrepreneuse experte en divertissement de Douala à Abidjan

La Camerounaise Paola Audrey Ndengue a été distinguée cette année par Forbes Africa. © Issam Zejly pour JA

À 29 ans, la Camerounaise Paola Audrey Ndengue vient d’être nommée responsable marketing du programme « Shuga Babi », que lancera prochainement la Fondation MTV à Abidjan.

Depuis son arrivée en Côte d’Ivoire, en 2014, la Camerounaise Paola Audrey Ndengue peut se targuer d’une impressionnante ascension professionnelle. Cofondatrice, à Paris et à 20 ans à peine, du magazine de mode français Fashizblack, en 2008 – pionnier des médias spécialisés dans la mode dite afro –, elle est aujourd’hui l’une des figures de la Fondation MTV Staying Alive, qui vient de s’installer à Abidjan et a été distinguée par le magazine Forbes Africa comme l’une des jeunes entrepreneuses les plus prometteuses.

Et ce, en tant que responsable marketing des opérations entourant tournage et lancement prochains de la version francophone de Shuga, leur programme à portée éducative.

« Pour décrocher ce poste, j’ai tout simplement répondu à une annonce. Je connaissais les autres saisons de la série, tournées au Kenya, au Nigeria et en Afrique du Sud, sur le bout des doigts. J’avais énormément écrit sur le sujet depuis 2009, en rêvant d’une version francophone. Je pense que tout cela a joué en ma faveur. »

Retour sur le continent

Sur Twitter, plus de 31 000 abonnés suivent ses analyses pointues (sous le pseudo de « Puff Mammy. ») de la culture populaire et urbaine tant américaine qu’africaine. Et, grâce également à Africa Digest, sa newsletter qui décrypte les tendances africaines pour des milliers de lecteurs, la native de Douala s’est forgé une réputation d’experte en divertissement et en marketing sur l’ensemble du continent africain.

MW DDB était à la recherche d’une responsable marketing digital. Deux semaines plus tard, je débarquais à Abidjan

« J’ai quitté Paris pour deux raisons : j’étais épuisée de porter un projet pour lequel je dépensais plus que celui-ci ne me rapportait, mais aussi parce qu’à un moment donné il m’a semblé plus judicieux d’aller sur le terrain : soit, sur le continent. » C’est que pendant les sept années durant lesquelles Paola Audrey Ndengue, encore étudiante, s’active en tant que rédactrice en chef et directrice artistique de Fashizblack, elle fait aussi de la veille sur la musique, la mode, les médias, le digital… produits par le continent.

En 2013 elle monte aussi sa propre agence de conseil, Pannelle & Co, désormais implantée à Paris, Douala et Abidjan. Aujourd’hui, elle conseille de nombreux artistes, comme Kiff No Beat, Stanley Enow, Canabasse ou Boddhi Satva, sur des questions de stratégie digitale ou de communication, mais collabore aussi avec Universal Music, Yves Rocher, Afrikrea… ou des influenceurs en tout genre.

Ambitieuse

« Dans les secteurs dans lesquels j’évolue, que ce soit le divertissement, les métiers créatifs ou le marketing, le Cameroun n’était pas la meilleure option. J’ai tout de suite voulu m’installer à Lagos, que je considère comme la Mecque du divertissement. Mais une agence de communication d’Abidjan, MW DDB, m’a contactée sans même savoir que j’avais dans l’idée de quitter la France – pays dans lequel je suis arrivée à l’âge de 12 ans. Ils étaient à la recherche d’une responsable marketing digital. Deux semaines plus tard, je débarquais à Abidjan. » Si elle prend conscience du risque, il va sans dire qu’aujourd’hui elle ne regrette pas de l’avoir pris.

Ambitieuse, elle fait partie de ces entrepreneuses qui n’ont pas froid aux yeux

Ambitieuse, elle fait partie de ces entrepreneuses qui n’ont pas froid aux yeux. Déjà, après avoir intégré une classe préparatoire littéraire au lycée Henri-IV puis obtenu une licence en lettres et en sciences du langage à la Sorbonne, elle abandonne ses études de commerce à l’ISC de Paris pour se consacrer à Fashizblack, contre l’avis de ses parents. « Ils m’ont coupé les vivres. J’avais encore un toit, mais pour le reste j’ai dû me débrouiller toute seule. J’ai alors eu l’idée de monétiser mon blog », raconte celle qui publie ses opinions en ligne depuis l’époque des Skyblogs.

Un « Coachella » africain ?

Au bout d’un an chez MW DDB, elle prend la rédaction en chef de Life, le magazine culture et lifestyle du groupe Voodoo. Et, en septembre 2018, elle devient rédactrice en chef de la plateforme Billi Now Now, à destination des millennials africains et lancée par l’ONG Planned Parenthood Global. Sujets : culture, tendances ainsi que sexe et santé.

On retrouve ces deux dernières thématiques traitées dans la série Shuga. « J’ai pour mission d’appuyer la série d’un point de vue local ; de coordonner les auditions publiques avec l’agence qui va nous accompagner ; d’aider à la préparation de l’événement de lancement, mais aussi à la mise en place de l’avant-première ; sans oublier la préparation des tournées dans les établissements scolaires pour parler du programme, explique Paola Audrey Ndengue. En somme, je ferai la liaison entre le bureau d’Abidjan et Londres, où se trouve le siège de la Fondation MTV. »

Passionnée par le business de la mode, fana de hip-hop, inconditionnelle de Jay-Z et de feu Nipsey Hustle, la presque trentenaire aimerait à terme produire ses propres contenus. Dans sa tête, trotte aussi l’idée de lancer un « Coachella » africain. Une tête dont le cerveau est en constante ébullition…


Shuga, une série d’« edutainement »

C’est en 2009, au Kenya, qu’est diffusée pour la première fois, sur la chaîne MTV Base, la série Shuga, qui conte les aventures de jeunes Africains confrontés à des problématiques liées à la sexualité, à la société… Une initiative de la Fondation MTV Staying Alive, de plusieurs ONG, avec le partenariat du gouvernement kényan, qui s’inscrit dans le cadre des programmes d’« edutainment » (éduquer et divertir) à destination des jeunes.

« L’équipe MTV Shuga s’attache à produire un contenu qui soit pertinent et adapté aux réalités locales. L’idée est de provoquer un changement de mentalités chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans sur des questions concernant la sexualité, la santé et la société. » En 2013, le programme, qui compte sept saisons, est tourné au Nigeria (Shuga Naija), puis, en 2017, en Afrique du Sud (Shuga : Down South). « L’actuelle saison sud-africaine évoque notamment la masculinité toxique. »

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