Justice

Algérie : à El-Harrach et Blida, quelles conditions d’incarcération pour les détenus « VIP » ?

Saïd Bouteflika arrivant au tribunal militaire de Blida, début mai 2019 (image d'illustration).

Saïd Bouteflika arrivant au tribunal militaire de Blida, début mai 2019 (image d'illustration). © YouTube/NumidiaTV

Depuis trois mois, de nombreuses figures du système Bouteflika ont été incarcérées dans les prisons d'El-Harrach (Alger) et de Blida, du frère du président déchu aux ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, en passant par les hommes d'affaires Ali Haddad ou Ahmed Mazouz. Quelles sont leurs conditions de détention ? Enquête.

« El-Harrach, prison VIP pour les puissants ? Des bobards ! » assure une avocate qui sort du parloir après avoir rendu visite à un homme d’affaires dont elle assure la défense. La prison d’El-Harrach, située dans un quartier populaire d’Alger, était déjà célèbre dans le pays. Elle l’est maintenant au niveau mondial depuis qu’elle abrite anciens ministres et milliardaires, dans le cadre de la gigantesque opération anticorruption lancée en avril.

Le régime d’incarcération de ces anciens responsables diffère de celui des prisonniers de droit commun. Pour leur propre sécurité et pour celle de l’établissement pénitentiaire, ils ne se mêlent jamais à d’autres détenus. « Ils sont placés dans des conditions où ils ne peuvent être ni vus ni entendus par les autres prisonniers », confie un autre avocat.

Règles strictes

Les ex-membres du gouvernement, comme Sellal, Ouyahia, Barkat ou Djamel Ould Abbès, sont logés dans une aile qui était naguère réservée aux femmes. Ils sont regroupés par deux ou trois, en fonction des dossiers pour lesquels ils sont inculpés, dans des cellules d’environ 20 m2.

Un gardien a arraché la coupure d’un journal des mains d’un avocat qui voulait la montrer à son client. Les matons veillent au grain

Depuis l’évasion d’un baron de la drogue en mai 2016, la direction de l’établissement a établi des règles strictes. Fouilles longues et minutieuses pour éviter l’introduction de drogue ou de téléphones portables ; droit de visite réduit à une séance tous les quinze jours, réservé à seulement quatre membres de la famille du prévenu, et pour une durée qui ne dépasse jamais vingt minutes. Chaque détenu a droit à un panier de dix kilos par quinzaine. Les visites des avocats se déroulent en fin de matinée ou en fin de journée, dans une salle exiguë et sous le regard d’un surveillant posté à l’extérieur. « Un gardien a arraché la coupure d’un journal des mains d’un avocat qui voulait la montrer à son client », raconte un magistrat. Les matons veillent au grain.

Cellules collectives à El-Harrach, individuelles à Blida

Chaque prévenu qui arrive à El-Harrach est rasé de près, et les détenus qui ne font pas l’objet d’une condamnation définitive ne sont pas soumis au port de la tenue carcérale. Dans l’aile où ils vivent, les anciens ministres ont droit à deux sorties quotidiennes d’une heure. Les hommes d’affaires, à l’exemple d’Ali Haddad, des frères Kouninef ou d’Ahmed Mazouz, sont placés dans une autre partie de la prison, d’où ils ne peuvent communiquer avec les autres détenus. Là encore, par affinités ou selon les affaires, ils sont installés à deux ou trois dans des petites cellules. « Tout le monde est bien traité », assure un gardien à une avocate.

Dans la prison militaire de Blida, les célébrités que sont Saïd Bouteflika, les généraux Toufik et Tartag ne sont pas logés à la même enseigne que ceux d’El-Harrach. Eux sont certes contraints de porter les uniformes jaunes, mais ils occupent chacun une cellule individuelle plutôt confortable, et ont droit à deux journaux par jour ainsi qu’à des livres. Ils ne peuvent en aucun cas communiquer entre eux. Un avocat qui s’est rendu sur les lieux assure que Tartag ne « comprend pas ce qui lui arrive ». Toufik, lui, doit recevoir des soins réguliers après une mauvaise chute dans sa cellule qui lui a déboîté l’épaule. Quant à Saïd Bouteflika, il vit très mal son incarcération.

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