Politique

Niger : Mahamadou Issoufou, l’avenir en pointillé

Mahamadou Issoufou à son arrivée à Abuja, le 12 juin 2019. © PIUS UTOMI EKPEI/AFP

À deux ans de la présidentielle, le chef de l’État nigérien Mahamadou Issoufou reste concentré sur les échéances continentales. Mais la question de sa succession ne devrait pas tarder à se poser…

Ce 22 juin, Mahamadou Issoufou quitte la chaleur de Paris pour celle, guère moins étouffante, de Niamey. Le président nigérien vient de passer plus d’une semaine en France en visite privée. Il s’y est préparé aux échéances à venir : le sommet de la Cedeao, dont il a pris la tête le 29 juin, et, surtout, celui de l’UA, que le Niger accueillait du 4 au 8 juillet. Dans l’aéronef de la République, alors qu’il survole la Méditerranée, le président ne pense qu’à ça.

Depuis plusieurs mois, ses équipes peaufinent l’organisation de l’événement, imaginent leur chef accueillir ses homologues, affinent le plan de communication.

Niamey fait peau neuve

L’aéroport Diori-Hamani a été rénové par la société turque Summa. La voie rapide conduisant au centre de Niamey a été rénovée, ses bas-­côtés ont été pavés et des ronds-points y ont poussé ­– plus rapidement que les arbres plantés à leurs abords. Le 11 juin, le Radisson Blu, autre réalisation de Summa, a été inauguré par le chef de l’État. Le Palais des congrès a subi une cure de jouvence afin d’accueillir la Conférence des chefs d’État qui a entériné le lancement de la Zone de libre-échange continentale, dont Issoufou est le héraut depuis un an et demi.

Les chefs d’État de l’Union africaine lors du lancement officiel de la première phase opérationnelle de la Zone de libre-échange continentale (Zlec), le 7 juillet à Niamey. © Twitter officiel de la Présidence du Niger

Bien sûr, les critiques pleuvent comme rarement à Niamey.

Les opposants dénoncent une coûteuse opération de communication. La société civile se demande à quoi pourront bien servir des hôtels de luxe à l’immense majorité des Nigériens. Issoufou les écoute peu. L’ancien ingénieur des mines a choisi de croire à la théorie du ruissellement et il a fait son choix : construire, en jouant de partenariats public-privé, inaugurer et laisser une trace, si ce n’est dans l’Histoire, du moins dans le paysage.

La présidentielle dans le viseur

Dans l’avion qui est le sien depuis 2011, Mahamadou Issoufou imagine-t-il le sommet de l’UA comme le début d’un tour d’honneur qui le conduira à rendre le pouvoir au début de 2021, à l’occasion d’une présidentielle à laquelle il ne peut constitutionnellement se présenter ?

Il a, en mars, favorisé la désignation de son ministre de l’Intérieur, Mohamed Bazoum, comme candidat à sa succession au nom du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir). Convoquant un à un les membres du conseil exécutif national, il les a convaincus de ne pas soutenir Hassoumi Massaoudou, ministre des Finances, limogé au même moment.

Mohamed Bazoum (Niger). © Vincent FOURNIER/JA

S’il a appuyé la désignation du ministre de l’Intérieur comme candidat du pouvoir, l’affaire est loin d’être entendue

Mais l’affaire est-elle entendue ? Certains estiment la candidature de Bazoum contraire à la Constitution, au motif qu’il ne pourrait prouver la nationalité nigérienne de ses deux parents. Seulement, l’argument met la classe politique mal à l’aise, tant sont forts les liens familiaux de beaucoup avec le Mali, le Tchad ou la Libye.

Vers une longue campagne

Le risque est sans doute autre. Au sein du PNDS, une partie du conseil exécutif n’a rejoint le candidat désigné qu’en apparence. Certains rechignent, tels Aïchatou et Souleymane Kané, respectivement ministre et conseiller du président, et d’autres ont bien l’intention de se faire prier. S’il n’est pas un homme de concessions, Mohamed Bazoum va devoir forcer sa nature pour asseoir une candidature que certains jugent fragile.

Issoufou l’aidera-t-il ? La fin du sommet de l’UA devrait marquer le début d’une longue campagne présidentielle. Hama Amadou – le seul opposant qui inquiète le PNDS – est bien décidé à jouer sa carte, tout comme le (toujours) haut représentant personnel du chef de l’État, Seini Oumarou, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ibrahim Yacouba, et l’ex-président, Mahamane Ousmane.

Une reconversion ?

De ce côté, le casting est classique. Les surprises pourraient venir d’ailleurs. Fraîchement retraité de l’armée, le général Salou Djibo a fait part à ses proches de son intention de se présenter. L’ancien président de la transition en a même informé le chef de l’État. A-t-il les moyens de ses ambitions ? Sans l’appui d’Issoufou, il pourrait au mieux jouer les trouble-fêtes en captant une partie des voix du PNDS, d’autant que les haut gradés lui sont peu favorables. Mais Mohamed Bazoum n’a pas besoin de ce grain de sable.

Mahamadou Issoufou, le président nigérien. © Vincent Fournier/JA

Sans preuves pour le moment, nombre d’opposants lui prêtent une envie de troisième mandat

Le sommet achevé, Mahamadou Issoufou n’aura-t-il plus que sa reconversion à l’esprit ? Sans preuves pour le moment, nombre d’opposants lui prêtent une envie de troisième mandat – un refrain familier en Afrique de l’Ouest. L’intéressé a quant à lui jusqu’ici souligné son attachement à la Constitution et a abordé le sujet de sa reconversion en décembre 2018, à Abou Dhabi, avec le Français Nicolas Sarkozy. Peut-il se tourner vers les affaires ? Viser un poste à l’international ? Opérer un retour à la Vladimir Poutine ? Lui qui n’aime guère dévoiler ses intentions n’a sans doute pas tranché.

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