Voyage

Marrakech : le 18, Derb El Ferrane, une oasis culturelle au cœur de la médina

Le 18, Derb El Ferrane, à Marrakech. © Le 18.

Au cœur de la médina de Marrakech, ce riad discret propose expos, projections, ateliers et hébergement gratuits.

Dans une ruelle de la médina de Marrakech, quartier Riad Laarouss, sur un mur en stuc ocre craquelé, le chiffre 18 se détache d’un petit carreau de faïence rouge. Un peu à l’écart des chemins les plus touristiques de la vieille ville, le lieu se fait discret. Il porte simplement pour nom son adresse : le 18, Derb El Ferrane est un lieu où vit l’art contemporain au Maroc, un « riad culturel », comme ses animateurs aiment à le qualifier.

Au centre du riad, une ouverture sur le ciel laisse descendre la lumière sur un décor sobre : quelques chaises et tabourets de bois brut, un bar où fument du thé et des idées. Des salles d’exposition encadrent le patio, dans les étages des chambres.

Résidence d’artistes

Le 18 a ouvert en septembre 2013, sur l’impulsion de Laila Hida et de Hicham Bouzid. Elle est une photographe franco-marocaine qui, après avoir vécu douze ans à Paris, est revenue dans son pays natal. Lui a travaillé à la librairie Les Insolites, à Tanger. Constatant le manque d’espaces de rencontre pour les artistes, Le 18 a été conçu comme un lieu d’accueil, d’échanges, de création et d’expositions pluridisciplinaires. Ceux qui font vivre le lieu cherchent toujours, aujourd’hui, à lui épargner des étiquettes trop rigides pour préférer des termes tels que « plateforme indépendante », « démarche ouverte et évolutive ».

Les premiers temps, le riad a hébergé des touristes en passant par la plateforme Airbnb, mais cette pratique a été rapidement interrompue pour privilégier l’accueil à titre gracieux

Concrètement, au printemps 2019, soit plus de cinq ans après son ouverture, on y trouve pêle-mêle une exposition d’art contemporain, une réunion de militants environnementaux, un espace librairie et une revue à son premier numéro. Rencontres, projections, ateliers s’y tiennent régulièrement.

Depuis 2015, la photographie y est à l’honneur un mois par an, dans le cadre du cycle Dabaphoto. La dernière édition s’intéressait « à la région de l’Oriental marocain, un territoire souvent perçu et vécu comme excentré, voire marginal, de par sa situation géographique ».

Mais le 18, Derb El Ferrane est aussi un lieu d’accueil où logent gratuitement des artistes en résidence, des chercheurs, des militants. Les premiers temps, le riad a hébergé des touristes en passant par la plateforme Airbnb, mais cette pratique a été rapidement interrompue pour privilégier l’accueil à titre gracieux de personnes invitées.

Biens communs

La gratuité est d’ailleurs au cœur du 18, où même le thé et les biscuits sont à la disposition des visiteurs. À l’heure actuelle, le riad culturel est soutenu par plusieurs mécènes (Institut Goethe, ambassade américaine, Fondation Kamel Lazaar, jardin Majorelle…).

Le 18 pérennise actuellement le programme Qanat, réunissant artistes, universitaires et activistes autour du thème de l’eau, crucial dans la région. Le terme « qanat » désigne des systèmes ancestraux de captage des eaux souterraines, également appelés khettara, au Maroc. « L’objectif est de réfléchir et d’agir de manière critique au sujet de la politique de l’eau et des biens communs », commente Francesca Masoero, animatrice du programme et commissaire d’exposition italienne, confirmant l’approche résolument politique de l’art et de la culture que défend et construit Le 18, au cœur de la ville ocre.


Le 18, Derb El Ferrane, Laarouss, Marrakech. Ouvert aux visiteurs du mardi au samedi de 10 heures à 18 heures.

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