Mode

Textile « made in Rwanda » : Kigali en mode résistance

Moïse Turahirwa, fondateur de Moshions, l'un des fers de lance de la création au Rwanda.

Moïse Turahirwa, fondateur de Moshions, l'un des fers de lance de la création au Rwanda. © Moshions

Après la suspension des avantages commerciaux relatifs aux exportations de vêtements vers les États-Unis, le Rwanda renforce son industrie textile et soutient ses créateurs.

Au milieu de l’atelier qui jouxte sa boutique, dans le quartier huppé de Kiyovu, Moïse Turahirwa observe ses petites mains. Une dizaine de tailleurs s’activent au rythme du cliquetis des machines à coudre. Bienvenue chez Moshions (mélange de « Moïse » et « fashion »), l’un des fers de lance de la création made in Rwanda.

« Huit à dix pièces sortent de l’atelier chaque jour », explique l’élégant designer de 28 ans, qui a habillé une partie de l’assemblée conviée au mariage d’Ange Kagame, la fille du président, en décembre 2018. « Un travail d’artisan », dit-il, qui illustre l’éclosion de l’industrie textile rwandaise, encore embryonnaire.

Comme d’autres marques désormais emblématiques de la mode locale, telles que Sonia Mugabo ou House of Tayo, Moshions a été poussée sur le devant de la scène presque malgré elle, en mars 2018, à la faveur de la décision de Donald Trump de suspendre les avantages commerciaux dont bénéficiaient les importations de vêtements depuis le Rwanda dans le cadre de l’African Growth and Opportunity Act (Agoa). Une « sanction » en réponse à la décision prise en 2016 par Kigali d’augmenter les droits de douane sur l’importation de vêtements et de chaussures d’occasion, qui freine le développement de l’industrie locale.

Moins d’importations

À la suite de restrictions imposées par la Communauté est-africaine (EAC), les exportations américaines de produits textiles vers le Rwanda ont chuté, passant de 420 000 dollars (342 000 euros) en 2015 à 130 000 dollars en 2017, tandis que les exportations rwandaises vers les États-Unis dans le cadre de l’Agoa sont passées dans le même temps de 435 000 à 2,16 millions de dollars.

Initialement soudés autour de cette décision, les autres pays de l’EAC ont fait marche arrière. Seul le Rwanda a tenu le cap. « C’est une question de fierté pour nous », estime Sonia Mugabo. Le gouvernement a multiplié les efforts pour soutenir son industrie textile et ses entrepreneurs, notamment à travers la campagne « Made in Rwanda » et l’exposition du même nom organisée tous les ans depuis 2015 (en novembre-décembre). Chaque année, depuis 2010, la capitale rwandaise accueille par ailleurs, en juin, la Kigali Fashion Week, qui, depuis novembre 2017, s’exporte à Londres, Manchester, Bruxelles, etc. Les officiels rwandais se font régulièrement les ambassadeurs de la mode kigaloise en l’arborant lors de leurs déplacements.

Coût élevé

« Le marché au niveau national n’est pas assez grand pour soutenir notre activité, reconnaît cependant Sonia Mugabo. Aujourd’hui, je ne peux pas satisfaire plus de 2 % de la demande, parce que mes coûts sont assez élevés. » La styliste de 28 ans se rend à Dubaï et en Inde pour chiner les matériaux nécessaires à ses créations, qui restent inabordables pour la majorité des Rwandais, avec un prix moyen par pièce d’environ 50 euros.

Si rien n’est fait pour développer une industrie locale, les importations massives de vêtements chinois seront la vraie menace

« La prise de position de notre pays était courageuse, mais peut-être un peu impulsive. Les jeunes créateurs n’ont pas la capacité de combler le vide en produisant des vêtements abordables, admet Moïse Turahirwa. Nous ne produisons pas notre matière première, donc, si rien n’est fait pour développer une industrie locale, les importations massives de vêtements chinois seront la vraie menace pour notre industrie textile », conclut-il.

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