Musique

Musique : la reformation de Las Maravillas de Mali ranime la fièvre cubaine des musiciens africains

Africa Mia, Las Maravillas de Mali, Universal / Decca Records, 14,99 euros

Africa Mia, Las Maravillas de Mali, Universal / Decca Records, 14,99 euros ©

Avec la reformation de Las Maravillas de Mali, groupe mythique des sixties, Boncana Maïga ranime la fièvre cubaine qui s’était emparée des musiciens africains il y a plus de cinquante ans.

Il est l’unique survivant de l’aventure. Flûtiste, compositeur, chef d’orchestre… Boncana Maïga est un vigoureux septuagénaire, avec le regard qui frise et de la passion dans la voix quand il évoque ses « années cubaines ». C’est en 1963 que ce musicien autodidacte originaire de Gao est envoyé à La Havane, accompagné de neuf jeunes compatriotes, employé des Postes, étudiant en médecine, footballeur… tous repérés pour leur virtuosité dans des orchestres régionaux.

J’ai compris qu’il y avait déjà un héritage quand j’ai reconnu des rythmes de chez moi dans les rues de Cuba

Le Cuba de Fidel Castro établit alors avec le continent des liens diplomatiques, économiques, mais également culturels, lesquels passent notamment par la formation des futurs « cadres » de la musique africaine. Le voyage des Maliens n’est pas si incongru. « J’ai compris qu’il y avait déjà un héritage quand j’ai reconnu des rythmes de chez moi dans les rues de Cuba », se souvient Maïga.

Entre charanga et cha-cha-cha

Dans la capitale, l’artiste a la chance d’approcher Fidel Castro et fait même danser le Che ! Mais, surtout, il perfectionne sa technique musicale au conservatoire Alejandro-García. En 1967, les Maliens de La Havane, qui prennent le nom de Las Maravillas de Mali, enregistrent dans le mythique studio Egrem.

La formation, identique à la composition des orchestres de l’île, comme l’Orquesta Aragón, défend des genres typiquement cubains, à commencer par la charanga et le cha-cha-cha. Décliné en 45-tours, l’enregistrement est envoyé sur un continent déjà sous le charme de la rumba congolaise et de la pachanga. La greffe prend aussitôt. Africa Mia, Radio Mali et Rendez-vous chez Fatimata cartonnent à la radio et dans les soirées dansantes.

À mon retour au Mali, j’ai fait le pied de grue pendant des semaines devant le ministère pour obtenir un entretien… J’ai fini par m’exiler en voiture

Tout laisse présager une destinée exceptionnelle pour Las Maravillas de Mali, à l’image d’orchestres comme le Bembeya Jazz. Mais le coup d’État qui renverse le président socialiste Modibo Keïta en 1968 entraîne la disgrâce des virtuoses. Lorsqu’ils reviennent au pays, on leur fait comprendre qu’ils ne sont pas les bienvenus. « J’ai fait le pied de grue pendant des semaines devant le ministère pour obtenir un entretien… J’ai fini par m’exiler en voiture », fulmine encore Boncana Maïga, qui fondera l’orchestre de la Radio-Télévision ivoirienne.

Disgrâce des virtuoses

La reformation de Las Maravillas plus de cinquante ans après leur création est une revanche au goût amer : tous les compañeros de Boncana Maïga ont disparu, remplacés aujourd’hui par des (excellents) musiciens cubains. Mais il s’agit tout de même d’une revanche. En juin 2018, le maestro a pu donner un concert à Bamako, à l’hôtel L’Amitié, pour un public VIP.

L’aventure continue donc. Elle a pris la forme d’un CD, Africa Mia, qui comprend les enregistrements d’époque et de nouvelles versions, avec des collaborations (Inna Modja, Mory Kanté…). Le producteur français Richard Minier, à l’origine de la résurrection du groupe, a aussi réalisé un film qui sera diffusé à l’occasion de festivals d’ici à la rentrée.

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