Politique

Mauritanie : rencontre avec Aïssata Lam, présidente de la Jeune Chambre de commerce

Aïssata Lam, présidente de la Jeune Chambre de commerce mauritanienne.

Aïssata Lam, présidente de la Jeune Chambre de commerce mauritanienne. © DR

La dernière fois que nous avions croisé sa route, c’était en 2013. Aïssata Lam, du haut de ses 26 ans, venait de lancer la Jeune Chambre de commerce de Mauritanie. Elle a depuis fait du chemin.

Nous la retrouvons fin juin à Marseille, à la tête d’une délégation de dix talents mauritaniens venus présenter leurs projets lors du Sommet des deux rives, qui réunit ministres des Affaires étrangères des États du Dialogue 5+5 et (particularité de l’événement) cent personnalités de la société civile des États représentés.

« J’espère que nous serons autant impliqués dans la mise en œuvre des projets que dans leur conception, insiste la jeune femme. Et que nous ne serons pas écartés après les avoir présentés ! » Pas question de servir de caution. Quant au serpent de mer de l’intégration économique méditerranéenne, Aïssata Lam prie « pour que ce ne soit pas seulement des mots », mais salue la « nouvelle approche bottom-up ».

Plus de mobilité pour les jeunes

Si sa délégation a mis l’accent sur l’économie et la compétitivité – « on s’est axés sur des projets modestes, avec une mise en œuvre simple et un impact fort » – , la question, centrale, celle de la « mobilité des jeunes », arrive vite sur la table. N’y a-t-il pas malentendu ? Quand l’Afrique évoque « la fluidité des échanges », l’Europe a tendance à entendre « immigration clandestine ».

Avoir un visa devient une sorte de Saint-Graal, et ça n’incite pas les jeunes talents à revenir dans leur pays d’origine une fois qu’ils l’ont obtenu

Clivages dépassables, tranche Lam : « La mobilité, c’est d’abord permettre aux jeunes de se déplacer en toute humanité. Avoir un visa pour la France quand vous êtes marocain, libyen ou mauritanien, c’est la croix et la bannière ! Cela devient une sorte de Saint-Graal, et ça n’incite pas les jeunes talents à revenir dans leur pays d’origine une fois qu’ils l’ont obtenu. Il faut simplifier ces procédures. »

Les mesures prises par la France pour l’augmentation des frais de scolarité des étudiants étrangers ? « Problématique », regrette-t-elle, tout en reconnaissant au président Macron le mérite de lancer des initiatives. C’est ce dernier qui l’a nommée au Conseil consultatif de l’égalité femmes-hommes du G7.

Confiance en soi

Là encore, Aïssata Lam ne veut pas se satisfaire d’un titre honorifique. « On a repéré les lois les plus avancées au monde en matière d’égalité. Nous allons les présenter au sommet du G7 de Biarritz, pour que chaque État s’engage à adopter une des lois – au moins – non en vigueur nationalement. Lors de la prochaine session de l’Assemblée générale des Nations unies, l’exercice sera élargi aux pays non membres du G7. Je ferai mon lobbying pour la Mauritanie ! »

La place des femmes est centrale dans nos économies, en particulier dans le monde rural

Comme toutes les questions sociétales, celle de l’égalité des sexes est sensible. Et suscite le doute : l’Occident ne chercherait-il pas à imposer ses valeurs ? « Les Africaines sont déjà très fortes ! La place des femmes est centrale dans nos économies, en particulier dans le monde rural. Il y a certes une différence de statut, un plus faible accès au capital et à la terre, mais nous n’avons pas besoin de calquer le modèle occidental pour changer ce qui ne va pas en Afrique. »

Aïssata Lam découvre qu’elle n’est elle-même pas à l’abri des idées reçues. Lors de la première édition du Marathon de l’entrepreneur, qui récompense des projets mauritaniens innovants, il n’y avait que 30 % de candidates. « On partait du postulat qu’elles abandonnaient à cause de la pression familiale. En fait, c’était plutôt une question de confiance en soi. Il fallait faire admettre l’idée qu’être une femme n’est pas un handicap. » Une leçon à l’évidence assimilée de longue date par Aïssata Lam.

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