Société

[Chronique] Une kleptocratie congolaise

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Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Dans un marché à Mbandaka, en RDC.

Dans un marché à Mbandaka, en RDC. © Sam Mednick/AP/SIPA

En RDC, une caste gère les ressources, la vie politique, le commerce. Et ne paie pas d’impôts… Le peuple congolais, lui, ne profite nullement des bénéfices engendrés par l’exploitation et la vente des matières premières.

J’espère que je n’ai oublié aucun misérable ou, si vous préférez, aucun pauvre de notre fameuse République démocratique du Congo, une dénomination qui me rappelle celles de certains pays communistes à l’époque de la guerre froide. Je me garde d’épiloguer là-dessus. Mais quand une république s’autoproclame démocratique, c’est qu’elle l’est effectivement. Conclusion : notre république est vraiment démocratique.

Point n’est besoin de chercher midi à quatorze heures pour rien. Oui, pour rien du tout. Le plus important reste sans doute cette nouvelle bouleversante publiée la semaine dernière : la République démocratique du Congo compte… soixante millions de pauvres ! Un coup de massue sur la tête d’un peuple à qui l’on n’a pas cessé de répéter depuis des décennies que le sous-sol de son pays est un véritable « scandale géologique » au vu de toutes les matières premières qu’il recèle.

Misère du peuple

Cela suffit-il pour que la population soit riche ? Dans un autre pays peut-être. En ce qui concerne la République démocratique du Congo, trêve de plaisanterie : le peuple congolais en tant que tel, et ce n’est pas un scoop, ne profite nullement des bénéfices engendrés par l’exploitation et la vente des matières premières. Sinon il y aurait partout, à travers l’immense pays, un nombre incalculable d’infrastructures destinées à faciliter le quotidien des citoyens.

Les recettes générées par la vente des minerais s’amoncellent dans les poches d’une voyoucratie kleptomane et méchante

Malheureusement, les recettes générées par la vente des minerais s’amoncellent dans les poches d’une voyoucratie kleptomane et méchante, qui se moque éperdument du sort de la foultitude misérable et du progrès du pays. Ceux qui ont le pouvoir de sanctionner se comportent en spectateurs tout en étant les complices des prédateurs invétérés et se gardent de remuer le petit doigt. La misère du peuple ? Ce n’est pas leur priorité.

Salaires dérisoires

Les pauvres en République démocratique du Congo sont encore plus nombreux que les 60 millions évoqués. Vous me demanderez sans doute sur quoi je me fonde pour l’affirmer. Ma réponse est simple : le dernier recensement de la population remonte à 1984. À cette époque-là, le pays s’appelait Zaïre. Je veux bien que les démographes congolais soient surdoués, mais je me demande sur quoi ils se sont fondés pour connaître le nombre de leurs concitoyens depuis le dernier recensement.

De plus, il y a un nombre incalculable de zones dans lesquelles l’administration est absente depuis des lustres. Logiquement, elle n’est pas au courant de ce qui s’y passe, à moins qu’il ne s’agisse d’un énième retour d’Ebola ou d’une attaque de bandes armées.

La vie politique, le commerce, ne paie pas d’impôts, se livre à la concussion, toise tout le monde et fait le fier à cause de son ascension imméritée

Dans Le Petit Larousse édité en 2011, il est question d’une population de 66 020 000. Si nous nous en tenons à ce chiffre, il y aurait au moins six millions de riches dans ce pays. Riches ou prédateurs ? Je vous laisse le choix de trancher, chers lecteurs, car vous connaissez aussi ce pays de cocagne où une caste de compradores a la mainmise sur les ressources naturelles, la vie politique, le commerce, ne paie pas d’impôts, se livre à la concussion, toise tout le monde et fait le fier à cause de son ascension imméritée.

Il est vrai que la République démocratique du Congo compte plusieurs bataillons de pauvres. Mais ils ne sont pas soixante millions. À mon avis, ils sont beaucoup plus nombreux. Les salaires dans la fonction publique ou dans les entreprises privées sont dérisoires par rapport au coût de la vie. En général, ce sont les mêmes qui trinquent. Maintenant, on nous apprend que des millions d’enfants congolais que les parents n’ont pas les moyens de nourrir correctement souffrent de malnutrition.

Conséquence : leur avenir est menacé parce qu’ils ne pourront pas être utiles au pays. Encore bravo, Messieurs et Mesdames les prédateurs !

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