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Nedim Gürsel, dans l’intimité des pharaons

« À l'ombre des pyramides », de l’écrivain turc Nedim Gürsel.

« À l'ombre des pyramides », de l’écrivain turc Nedim Gürsel. © DR

Avec son récit de voyage en Égypte intitulé « À l’ombre des pyramides », l’écrivain turc Nedim Gürsel offre des éclairages sur certaines figures ambiguës de l’antiquité, comme Akhenaton ou Ramsès II.

Dans l’un de ses romans, Les Filles d’Allah, l’écrivain turc Nedim Gürsel avait raconté quel lien personnel l’unissait à l’Égypte. En 1916, son grand-père maternel, dont il porte le prénom, fit la guerre sur le front du Hedjaz pour défendre la ville sainte de Médine. Il y combattit les Arabes, que Lawrence d’Arabie avait soulevés contre l’Empire ottoman.

C’est aujourd’hui avec un récit de voyage que Nedim Gürsel refait une incursion dans cette terre millénaire, tour à tour interdit devant les pyramides, amoureux de la belle Hatchepsout, tourmenté devant les tombes de la vallée des Rois et facétieux lorsqu’il raconte comment Atoum, une divinité hermaphrodite, créa l’univers en se masturbant, lançant sa semence dans l’infini et provoquant une sorte de big bang.

Vanité

Sexe, pouvoir, immortalité… on ne s’en lasse pas, surtout sous la plume de ce jouisseur angoissé, toujours prompt à se mettre en scène, qu’il se trouve entre les pattes du Sphinx de Gizeh ou sous les pales d’un ventilateur de chambre d’hôtel.

Passent les ombres du grivois Flaubert, du nostalgique Loti, de l’injustement oublié Albert Cossery ou de l’enchanteresse Oum Kalthoum, dans le décor du café El-Fishawy, haut lieu de l’œuvre de Naguib Mahfouz.

Akhenaton et Ramsès II, des figures ambiguës

Pas de livre sur l’Égypte sans évocation d’Aménophis IV, alias Akhenaton, qui imposa le culte d’un dieu unique. Avec érudition, mais sur un ton toujours fluide, Gürsel s’attarde sur cette figure ambiguë qui fait le bonheur des romanciers. Avec son prognathisme et ses hanches de femme, le pharaon bisexuel, pacifiste à tous crins et partisan d’une société où il n’y aurait ni riches ni pauvres, serait-il aujourd’hui une star des médias, un patron d’ONG, un chantre de la lutte LGBT, un Nobel de la paix ?

Et que dire de Ramsès II, qui se targua d’avoir battu les Hittites à Kadesh (1274 avant J.-C.) ? Son récit, gravé dans la pierre, constitue l’une des plus anciennes fake news de l’humanité : il n’y eut en réalité ni vainqueur ni vaincu dans cette bataille qui l’opposait à l’empire anatolien du roi Mouwatalli…

Pour Gürsel, la vanité de Ramsès, athlète dans sa jeunesse, mort à un âge avancé et devenu cette momie « aux cheveux rouges et au visage vert émeraude », n’en est que plus dérisoire. « Un détail peut vous échapper : malgré le linceul qui le recouvre, comme tous les grands de ce monde, le pharaon est nu », conclut-il en guise d’oraison funèbre.

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