Mode

Ces créatrices sénégalaises au style bohème chic

Le défile Sisters of Afrika à la Dakar Fashion Week 2009. © Youri Lenquette pour JA

Plusieurs créatrices sénégalaises cultivent, à travers leurs lignes de prêt-à-porter, un goût pour l’élégance inspiré des vêtements tsiganes et du look hippie des années 1960.

Robes décontractées à motifs fleuris. Blouses vaporeuses et pantalons palazzo. Matières fluides et sobres. Teintes naturelles et couleurs vives. Le tout avec une légère pointe d’extravagance. Ce sont les quelques éléments qui composent le style bohème chic – inspiré à la fois des vêtements tsiganes accessoirisés du XIXe siècle et du look hippie libertaire et aérien des années 1960, que plusieurs créatrices sénégalaises ont magnifié lors de la 17e édition de la Dakar Fashion Week.

« J’aime les tenues qui ne moulent pas les formes du corps mais les accompagnent. Mes pièces sont confortables et, de façon très subtile, sensuelles. Je veux que les femmes qui les portent puissent oser, sans pour autant sortir de leur zone de confort. Elles peuvent, ainsi, découvrir une autre facette d’elles-mêmes », raconte Cynthia Diaw, 26 ans, créatrice de la marque Tangaay (« chaleur », en wolof). Et d’ajouter que ses collections véhiculent romantisme, élégance et liberté.

Habiller la working girl

Trois éléments que l’on retrouve aussi chez Bobo by Sag, griffe de Sokhna Astou Mballo Guisse depuis novembre 2011. Autodidacte de 32 ans qui travaille en parallèle dans l’immobilier de luxe, elle présentait Mélange des genres, sa sixième collection, qui mêle également sobriété et sophistication.

« Je suis attachée aux tissus nobles et chics comme le brocart, la soie sauvage ou la dentelle. Le style est plutôt élégant, classique et très structuré », explique cet ancien mannequin qui dit habiller la working girl. De par le mélange d’imprimés et l’usage de tissus légers comme le brocart, la mousseline et le crêpe de soie, ses créations riment avec classe, sans emphase.

bobo by sag - de sokhna astou mballo guisse © Youri Lenquette pour ja

Rendez-vous galant

Jupe en dentelle et guêpière, pantalon en dentelle de Calais et crêpe de soie à carreaux bleus et blancs, jupe jaune en brocart, vestes en brocart bleu nuit, etc. Ses modèles varient de 35 000 F CFA (pour un top ou un mini-boubou en coton) à 300 000 F CFA pour les ensembles en brocart.

Si son atelier-­boutique est situé dans le quartier Hann Marinas, à Dakar, on trouve aussi ses tenues dans quelques concept-stores de la capitale sénégalaise comme la CO’OP ou Nahyel.

« Une tenue Bobo by Sag peut se mettre toute la journée et à différentes occasions : bureau, after work, rendez-vous galant, soirée, etc. Je pense que mes collections me ressemblent : j’ai tendance à miser sur l’élégance, mais, en même temps, je suis quelqu’un de simple, qui ne se prend pas la tête. »

Ensembles ultra-stylisés et imprimés

Quant à Hélène Daba, créatrice de Sisters of Afrika, elle a fini de se faire un nom grâce à ses longues robes ou ensembles ultra-stylisés et aux imprimés recherchés. Ce sont, pour elle, des basiques qu’elle inscrit dans le look hippie. « Pour une robe, il me faut, au moins, entre quatre et six mètres de tissu. C’est mon côté généreux je crois », s’amuse-t-elle.

En 2018, c’est en tant que designer à la cote montante, à l’instar d’Astou Mballo Guisse, qu’elle participe à la Dakar Fashion Week. Cette année, place aux choses sérieuses pour une griffe présente à Paris, au sein du concept-store d’Adama Paris. C’est avec une collection tout en vert qu’Hélène Daba, 35 ans, a encore marqué les esprits.

sisters of africa - de hélène daba © Youri Lenquette pour ja

« Le vert était la couleur préférée de ma mère. Et j’ai imaginé ce que j’aurais envie de porter pour un mariage. En l’occurrence celui de ma cousine qui aura lieu prochainement », explique la diplômée de l’Institut des sciences et des métiers de la mode de Dakar (Ismod) et ancienne hôtesse de l’air.

Ainsi, c’est une suite de robes, chacune avec son chapeau correspondant, en tulle garni, crêpe, voile fleuri ou lin qui se sont succédé. Et ce en vert d’eau, olive, fluo ou turquoise. Prix : de 70 à 150 euros.

Produit local

C’est en septembre 2013 qu’Hélène Daba ouvre une boutique et un atelier au Point E. « J’ai l’habitude de dire que je suis un produit purement local, s’amuse-­t‑elle. Ma marque, Sisters of Afrika, rend hommage à mes sœurs. Dans ma famille, nous sommes sept filles et un garçon. Chacun gère une activité au sein de mon entreprise », explique Hélène Daba. J’aime les coupes minimalistes et bohèmes, les couleurs très vives. Pour moi, cela traduit une certaine forme de liberté. Je travaille aussi beaucoup avec les accessoires. Mes robes changent de fonction selon ceux que l’on choisit de leur associer. »

Cynthia Diaw dit s’inspirer du boubou, qu’elle réimagine à travers la longueur, les cols, les couleurs et surtout la coupe (kimonos, ouverture dans le dos…). « J’aime aussi le pantalon large et palazzo. Il est fluide, chic et indémodable », avance cette native de Dakar, dont la mère a été « petite main » pour Yves Saint Laurent.

Sa deuxième collection, Ren (« racine », en wolof), fait la part belle à des pièces qui se veulent uniques en vert, bleu, jaune, beige ou blanc crème. Matières : polyester, soie, soie duchesse, velours, satin, lin, popeline, mousseline ou organza. Encore une fois, c’est la légèreté qui prime !

tangaay - de cynthia diaw © Youri Lenquette pour ja

La femme Tangaay est la femme qui n’a pas peur d’être elle-même, qui n’a pas peur du regard des autres, commente la jeune styliste

Si elle fonde Tangaay en décembre 2018, la jeune femme de 26 ans s’apprête à entamer sa troisième année en marketing, communication mode et luxe à l’école Esmod-Isem de Paris. Pour le moment, ses créations, qui coûtent de 50 à 200 euros, sont disponibles sur son site de vente en ligne, mais la jeune styliste va prochainement prendre ses quartiers dans un concept-store de Dakar.

« La femme Tangaay est la femme qui n’a pas peur d’être elle-même, qui n’a pas peur du regard des autres. Elle est audacieuse tout en gardant son naturel. Elle n’est jamais dans l’extravagance. » Une définition définitivement bohème et… chic !


Boubou bobo

Le boubou serait-il devenu la nouvelle pièce à inscrire parmi les basiques du style bohème chic ? Depuis quelques années, il s’allège et se modernise : coupé en deux, ouvert, retravaillé comme une longue tunique, décliné en robes et en combinaisons, entre autres. Sans compter la diversification des tissus, bien au-delà du basin.

Khadija Aisha Ba (L’Artisane), Selly Raby Kane (SRK), Adama Paris, Hélène Daba (Sisters Of Afrika), Cynthia Diaw (Tangaay) et Astou Mballo Guisse (Bobo by Sag) font partie de ces créatrices sénégalaises qui remettent le boubou au goût du jour. On le voit, notamment, porté avec des baskets pour un look bohème bourgeois mais aussi urbain. En tenue de ville ou de soirée, il prend de plus en plus place dans le dressing des fashionistas les plus branchées.

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