Tourisme

Rwanda : Kigali, la destination d’affaires qui monte

Le Kigali Convention Centre, inauguré en 2015. © Vincent Fournier/JA

La capitale rwandaise figure désormais dans le top 3 des villes africaines pour l’accueil de congrès et l’hôtellerie haut de gamme. Un levier de croissance bientôt renforcé avec la livraison du nouvel aéroport, en 2020.

Comment attirer des investisseurs et devenir une place d’affaires incontournable en Afrique quand on est un pays enclavé, surtout agricole et peu industrialisé, avec une électricité très chère ? En quelques années, le Rwanda est parvenu à transformer ses handicaps en atouts en pariant sur le tourisme comme levier de développement.

En vendant à ses visiteurs la beauté de ses paysages et un climat des affaires exemplaire, le secteur a généré 438 millions de dollars de revenus en 2017 (+ 7 %). Selon le ministre des Transports, Jean de Dieu Uwihanganye, cette manne devrait doubler d’ici à 2024, grâce notamment au développement du tourisme de conférences, qui devrait avoir apporté 74 millions de dollars en 2018, contre 42 millions en 2017.

Numéro deux sur le continent

En deux ans, le pays est ainsi passé de la treizième à la deuxième place pour l’organisation de conférences sur le continent, derrière l’Afrique du Sud et le Maroc.

Pivot de cette démarche, le Convention Centre, inauguré en 2015 et dont le dôme illumine toute la ville, auquel s’est adossé un hôtel Radisson Blu. Ce dernier a été la locomotive pour l’installation d’autres établissements dans la capitale (Marriott, Park Inn ou encore Onomo), sans oublier l’ouverture, en 2018, du lodge de grand luxe Nyungwe House, du groupe One&Only, à l’orée du parc national de Nyungwe (Ouest).

Le Convention Center de Kigali jouxte l'hotel Radisson Blu sur la gauche. Photo : Vincent Fournier/Jeune Afrique Salle de Congres Batiment Nuit Capitale Ville Sommet © V. Fournier/Jeune Afrique

D’après le cabinet américain JLL, 300 nouvelles chambres devraient sortir de terre d’ici à 2020. Un hôtel Ramada est annoncé pour cette année, et un Sheraton pour 2023. Un modèle que certains observateurs rapprochent de celui élaboré il y a trente ans dans un Dubaï encore embryonnaire sous l’impulsion de l’émir Al Maktoum, et dont l’autre moteur a été le développement d’une compagnie aérienne, Emirates, aujourd’hui géant mondial. Pour Kigali, cette compagnie s’appelle RwandAir.

RwandAir dessert déjà 26 destinations

RwandAir en pleine expansion

Tablant sur 1,2 million de passagers cette année (1 million en 2017-2018, 700 000 en 2016-2017), RwandAir dessert déjà 26 destinations (22 sur le continent) et vient même disputer des parts de marché depuis Cotonou à Air Côte d’Ivoire et à Asky sur les capitales d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale en pratiquant un certain dumping tarifaire.

Après avoir inauguré, à la mi-avril, la ligne vers Kinshasa – forte en symboles –, de nouvelles routes ont été ouvertes en juin, comme Tel Aviv et Canton (très important marché pour les traders africains, jusqu’alors capté par Ethiopian et les compagnies du Golfe), et d’autres sont envisagées, comme New York (via Accra), Francfort, Rome, Khartoum, Luanda, voire un Cotonou-Paris qui viendrait concurrencer Air France…

Une expansion qui ne pourra se faire que par le doublement d’ici à 2023 d’une flotte aujourd’hui composée d’une douzaine d’appareils. Deux Airbus A330neo doivent être réceptionnés cette année, ainsi que deux 737 Max, en dépit de la tragédie du vol d’Ethiopian.

Un appareil de la compagnie RwandAir. © Andrew W. Sieber / Flickr creative commons

De lourds investissements pour un déploiement que certains analystes décrivent cependant comme « à marche forcée ». Car malgré des revenus en hausse (99,8 millions de dollars en 2016, contre 95,2 millions en 2015), le transporteur accumule les pertes : 48,2 millions de dollars en 2013 ; 65,8 millions en 2014 ; 53,4 millions en 2015 ; 54,8 millions en 2016… Le trafic régional transitant par Kigali n’est pour le moment pas suffisant pour remplir les long-courriers de RwandAir.

La vraie valeur de RwandAir n’est pas sa valeur intrinsèque. C’est un adjuvant à d’autres stratégies

Mais, comme l’a confié à JA Yvonne Makolo, directrice générale de RwandAir, « l’objectif n’est pas forcément de réaliser des profits immédiatement. [La compagnie] sera un jour rentable, la priorité est à l’expansion et à la recherche de moyens pour connecter le Rwanda. » « La vraie valeur de RwandAir n’est pas sa valeur intrinsèque. C’est un adjuvant à d’autres stratégies », complète le politologue Jean-Paul Kimonyo, conseiller spécial du président Kagame.

« Ce que le Rwanda perd d’un côté, il le regagne par ailleurs en PIB », commente un autre expert. Et Clare Akamanzi, directrice générale de Rwanda Development Board (RDB), de rappeler que Kigali souhaite devenir un hub dans l’éducation, le tourisme médical, les sièges d’entreprises et la finance, mais aussi attirer des investisseurs dans le secteur de la fabrication, de la construction de matériaux, du textile et de l’agroalimentaire, tout en développant son potentiel minier.

Pari économique

Des ambitions qui ne pourront être pleinement assouvies qu’avec le nouvel aéroport de Bugesera, qui, tout comme RwandAir, devrait profiter d’investissements qataris. Les équipes de la firme portugaise de BTP Mota-Engil s’activent pour faire émerger le plus gros chantier du pays au premier semestre de 2020.

D’un montant de 800 millions de dollars, l’aéroport pourra accueillir 4,5 millions de passagers tout en créant 2 000 emplois dans la maintenance et le cargo. « Nous ouvrons de nouveaux secteurs de croissance qui nous permettent de baisser le prix d’importation des matières premières et des machines-outils, de faciliter et d’accroître les exportations. Pour cela, nous sommes prêts à assumer des pertes. C’est un pari économique », insiste Jean-Paul Kimonyo.


L’enseigne CityBlue essaime

C’est au Rwanda que l’investisseur Jameel Verjee, installé à Dubaï, a lancé en 2012 la chaîne d’hôtellerie économique CityBlue, désormais présente en Ouganda, au Kenya (où le siège a été transféré en janvier) et en Zambie, et qui compte actuellement 300 employés. Tout comme les établissements Onomo, Mangalis et Azalaï en Afrique francophone, CityBlue a pour ambition de doubler en taille d’ici à 2025, sur un segment jusqu’à présent délaissé sur le continent par les grands groupes internationaux. En 2019, le groupe prévoit de s’implanter à Dar es-Salaam, Lusaka, Kampala et Mombasa.

Le CityBlue Courtyard Hotel & Suites, à Livingstone, en Zambie. © CityBlue

Pour piloter cette expansion, CityBlue a d’ailleurs embauché Zahra Peera et Neil George, anciens responsables Afrique des groupes AccorHotels et Starwood. Mais la concurrence reste rude. L’an dernier, CityBlue s’est ainsi fait damer le pion par Marriott dans l’attribution du contrat de location du Kivu Marina Bay, dans le district de Rusizi, dans l’ouest du pays. En outre, les conditions d’opération sont parfois difficiles au Rwanda, où le groupe a perdu la gestion de deux hôtels à la suite de différends avec leurs propriétaires. L’hôtellerie n’est pas toujours un long fleuve tranquille au pays des Mille Collines.

À Kigali, le quatre-étoiles Ubumwe Grande Hotel a été mis sous séquestre en septembre 2018, alors qu’il était endetté à hauteur de 19 millions de dollars. Une étude réalisée l’an dernier par le cabinet américain JLL révèle que le taux d’occupation des chambres à Kigali n’est que de 49 %, encore loin du seuil des 70 % qui permettra aux établissements d’être rentables.

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