Energie

Ahmed Rahmani (Vinci Énergies) : « En Afrique, les exigences sont au même niveau qu’en Europe »

Ahmed Rahmani, directeur général Maroc et Afrique de l'Ouest de Vinci Énergies. © Capture écran/YouTube/LaFactory

Situation concurrentielle du secteur, état d'avancement des projets, objectifs et ambitions… Ahmed Rahmani, directeur général de la zone Maroc et Afrique de l'Ouest de Vinci Énergies, fait le point sur l'actualité continentale du géant français.

Marocain établi à Casablanca, Ahmed Rahmani dirige depuis 2017 la zone Maroc et Afrique de l’Ouest de Vinci Énergies, (12,6 milliards de CA en 2018), qui exécute des projets clés en main, comme des centrales électriques.

Il réalise aussi des infrastructures de transports électriques et propose des services industriels, des solutions dans la construction ou dans la gestion de données. M. Rahmani veut positionner son groupe – fort de près de 450 millions d’euros de revenus en Afrique, dont plus de la moitié dans sa zone – comme l’un des leaders de la transition énergétique sur le continent.

Nos principaux concurrents sont des entreprises locales et des gros acteurs indiens dans le transport énergétique, mais aussi des acteurs chinois dans l’énergie

Jeune Afrique : La construction de réseaux de transport est votre cœur de métier. Depuis quelques années, l’accent est remis sur ces projets. En bénéficiez-vous ?

Ahmed Rahmani : Absolument. En 2017, nous avons remporté quatre des sept lots soumis lors de l’appel d’offres pour l’interconnexion OMVG [Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie], qui doit connecter les réseaux électriques du Sénégal, de la Gambie, de la Guinée et de la Guinée-Bissau par le déploiement de 1 667 km de lignes à haute tension et de postes électriques.

C’est un marché de 140 millions d’euros pour 1 000 km de lignes. Il est fondamental pour les pays concernés, très innovant car transfrontalier et assez compliqué, étant donné les délais très courts.

Construction de lignes, de centrales, services aux industriels, vous avez de multiples casquettes. Qui sont vos principaux concurrents ?

Des entreprises locales et des gros acteurs indiens comme KEC, Kalpataru et Larsen & Toubro, dans le transport énergétique, mais aussi des acteurs chinois dans l’énergie en général, tel Sinohydro. Si vous regardez les appels d’offres, vous remarquerez que nos concurrents viennent d’un peu partout et sont surtout très nombreux. Chaque appel d’offres mobilise une dizaine d’acteurs.

Vue de la centrale électrique de la Senelec de Bel Air, zone industrielle de Dakar. © Sylvain CHERKAOUI pour Jeune Afrique

En quinze ans, le Maroc est passé de 18 % de la population ayant accès à l’électricité à 100 %

Qu’est-ce qui fait la différence ? Le prix ?

Pas uniquement. La capacité à tenir les délais est très importante, tout comme la qualité. En Afrique, les exigences sont au même niveau qu’en Europe, puisque nos clients font la plupart du temps appel à des ingénieurs-conseils européens.

Comment résoudre les importants problèmes de financement auxquels sont confrontés les états africains ?

Il faut sortir des sentiers battus. En la matière, l’exemple marocain dans l’électrification rurale est assez inspirant. En quinze ans, le Maroc est passé de 18 % de la population ayant accès à l’électricité à 100 %. Le financement de ce programme était original, en faisant participer l’utilisateur final à hauteur de 20 %, aux côtés des communes, pour 25 %, et de l’État, pour 55 %. Cela s’est réalisé sous forme de prêt. Une estimation de la consommation a été effectuée et, pendant sept ans, la facture a été majorée de 20 % pour les abonnés.

Nous avons des difficultés à trouver les ressources humaines nécessaires sur place, ce qui nous oblige à faire de gros efforts pour intégrer des jeunes locaux sans expérience

Êtes-vous intéressé par les projets dits gas to power ?

Bien sûr, puisque si l’on additionne l’ensemble de nos activités, nous pouvons quasiment réaliser ce type de projets de A à Z, de la construction de gazoducs à celle de centrales.

L’un de ces projets vous intéresse-t-il particulièrement ?

Le projet marocain, puisque l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee), qui doit mener ce projet, est notre premier client sur la zone.

Vos clients les plus importants sont des acteurs publics ?

Pas uniquement. L’Office chérifien des phosphates (OCP) représente en moyenne 20 millions d’euros par an, notamment pour des services énergétiques.

Quels défis devez-vous relever pour développer davantage vos activités en Afrique ?

Nous avons des difficultés à trouver les ressources humaines nécessaires sur place, ce qui nous oblige à faire de gros efforts pour intégrer des jeunes locaux sans expérience. Le point positif est que les Ouest-Africains sont très ouverts à l’expatriation et s’adaptent extrêmement vite.

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