Agroalimentaire

[Débat] FAO : l’Afrique sera-t-elle récompensée ?

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Mis à jour le 23 octobre 2019 à 20h57

Par  Julien Wagner

Journaliste économique à Jeune Afrique, en charge de l'agrobusiness et de la production électrique

Qu Dongyu lors de son élection à la tête de la FAO, le 23 juin 2019 à Rome.

Qu Dongyu lors de son élection à la tête de la FAO, le 23 juin 2019 à Rome. © Riccardo Antimiani/AP/SIPA

Compte tenu des forces en présence, et bien que le vote soit à bulletin secret, il ne fait aucun doute que les pays africains ont contribué à l’élection du candidat chinois, Qu Dongyu, à direction générale de la FAO.

Le 23 juin, le candidat chinois Qu Dongyu a remporté au premier tour, avec 108 voix, l’élection au poste de directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) face aux candidats français (71 voix) et géorgien (12 voix), soutenus respectivement par l’UE et les États-Unis – les prétendants camerounais et indien s’étant retirés en amont. Compte tenu des forces en présence, et bien que le vote soit à bulletin secret, il ne fait aucun doute que les pays africains ont fait pencher la balance en faveur de Pékin. Dans quel espoir ?

Pour l’emporter, Qu Dongyu a mis en avant l’approfondissement des coopérations Sud-Sud, les défis environnementaux et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Autant de sujets fondamentaux pour l’Afrique, première région du monde concernée par les conséquences du réchauffement climatique et par la malnutrition.

Une organisation sous-outillée

Séduisantes sur le papier, ces promesses nécessiteront de nouveaux moyens financiers pour être tenues. D’où viendront-ils ? Le budget annuel de la FAO, équivalant à 1 milliard de dollars, stagne depuis plus d’une décennie, et l’échec des candidats de l’UE et des États-Unis, les deux plus gros contributeurs au financement de l’organisation, n’augure certainement pas d’une hausse du budget. Sans parler de la guerre commerciale entre Washington et Pékin… Qu Dongyu devra assurément se révéler inventif.

Pourtant, du simple point de vue du fonctionnement, la FAO a désespérément besoin de davantage de ressources sur le continent. Le bureau régional pour l’Afrique, situé à Accra, est sous-doté en personnel et mal outillé. Certains représentants-pays couvrent deux ou trois territoires au lieu d’un. Et quand un État demande l’aide d’un expert, il n’est pas rare de devoir le faire venir de Rome ou de plus loin encore.

Les Nouvelles Routes de la soie rapportent des voix

Peut-être, au moins, la FAO fera-t-elle plus de place aux responsables africains dans son organisation. Aujourd’hui, sur les dix postes de direction, ils n’en occupent que deux. Et parmi ses représentants sur le continent, plus d’une quinzaine ne sont pas africains, quand un seul poste hors du continent est occupé par un ressortissant africain.

Mais les pays africains avaient-ils bien ces questions-ci en tête au moment de voter ou espéraient-ils autre chose ? Différents médias se sont fait l’écho de dettes supposément effacées par la Chine en récompense d’une voix. Ces contreparties sont peu probables. Pour expliquer la victoire écrasante de la Chine, peut-être faut-il plutôt regarder au nord. Selon différentes sources, une voix européenne a manqué à la candidate française : celle de l’Italie. Soit le seul pays de l’UE à avoir officiellement fait acte de candidature pour prendre part à la gigantesque ambition chinoise des Nouvelles Routes de la soie. En Afrique, ils sont légion.

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