Diplomatie

Crise politique au Bénin : l’« opération déminage » de Patrice Talon

Patrice Talon, président de la République du Bénin, à Cotonou en 2016.

Patrice Talon, président de la République du Bénin, à Cotonou en 2016. © Youri Lenquette pour Jeune Afrique

Jusque-là intransigeant quand au sort de Thomas Boni Yayi, Patrice Talon a finalement accepté de laisser son prédécesseur quitter Cotonou pour recevoir des soins. Reclus dans son domicile du quartier Cadjehoun, bouclé par les forces de l'ordre, l'ancien président a quitté le Bénin par la route, samedi 22 juin, pour le Togo.

Selon nos informations, Thomas Boni Yayi se trouve actuellement à Lomé, où réside un membre de sa famille, et devrait prochainement se rendre en France, où se trouve son médecin traitant. « Il devait déjà honorer un rendez-vous médical le 13 juin mais la situation autour de sa résidence ne l’a pas permis », précise un de ses proches.

Souhaitant absolument que l’ancien président soit entendu par la justice sur son rôle présumé lors des violences postélectorales, les autorités refusaient de lever le blocus. Les médiations entamées par Alassane Ouattara (qui dirige en ce moment l’Uemoa) et Muhammadu Buhari (président en exercice de la Cedeao) ont semble-t-il eu un impact. Talon s’était d’ailleurs rendu chez son homologue nigérian le 20 juin.

Pressions pour obtenir la levée du blocus

À son retour à Cotonou, Talon avait reçu une délégation de personnalités de Tchaourou, la ville natale de l’ancien président, à qui il a tenu des propos d’apaisement, tout en maintenant que Yayi devait d’abord répondre aux questions de la justice avant de pouvoir aller ce soigner.

Le lendemain, les notables de la ville avaient rendu visite à Yayi, rapportant que ce dernier était très souffrant. Cette dernière visite aurait convaincu Patrice Talon de lever le blocus.

L'ancien président béninois Thomas Boni Yayi, le 30 mai 2012 à Paris. © Vincent Fournier/JA

Nous n’en sommes encore qu’à la première étape de la restauration de notre démocratie

« C’est avec joie que nous avons appris la levée enfin du blocus dont son domicile était l’objet et la possibilité pour lui d’aller et de venir comme un homme libre et surtout, de se soigner, a réagi Nicéphore Soglo. Nous n’en sommes encore qu’à la première étape de la restauration de notre démocratie et cela passe nécessairement par le départ du “parlement du sang” et la reprise des élections législatives. »

Plusieurs chefs d’État impliqués

L’ancien président béninois a remercié plusieurs chefs de l’État africains pour leur implication, comme Paul Kagame. Dans l’entourage de Yayi, on indique que le président rwandais a également fait passer un message à Patrice Talon. D’habitude peu friand des réunions continentales, ce dernier participera au sommet ordinaire des chefs d’État de la Cedeao, le 29 juin à Abuja, où la crise politique devait initialement être abordée lors d’un huis clos.

Le président béninois assistera également au sommet de l’UA, les 7 et 8 juillet, à Niamey, avant de s’envoler pour Paris, où il séjournera jusqu’au 12 juillet, pour ce qui ressemble fort à une opération de déminage.

Le 19 juin, Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères, s’est en effet dit « préoccupé par la situation au Bénin ». Un entretien avec Emmanuel Macron n’est pour le moment pas à l’ordre du jour, mais Talon prévoit notamment de rencontrer des représentants de la presse française.

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