Communication & Médias

Women in Business : une charte pour briser le plafond de verre

Des participantes lors d’un atelier sur l’importance des rôles-modèles féminins animé par Gladys Agwai (au centre).

Des participantes lors d’un atelier sur l’importance des rôles-modèles féminins animé par Gladys Agwai (au centre). © François Grivelet / AWIB 2019 pour ja

Mixité dans le recrutement et le management, équité salariale… Lors de la deuxième édition de l’Africa CEO Forum Women in Business Meeting, les 17 et 18 juin à Paris, le texte pour la diversité du genre élaboré par Jeune Afrique Media Group a convaincu nombre d’entreprises.

«J’ai eu beaucoup de chance. C’est ce que j’ai entendu durant des années, à chacun de mes succès. » Cette petite phrase, prononcée par la spécialiste tunisienne de l’intelligence artificielle Nozha Boujemaa à l’occasion de la deuxième édition du forum Women in Business Meeting, organisé par Jeune Afrique Media Group les 17 et 18 juin à Paris, n’a pas manqué de rappeler des souvenirs aux quelque 250 participantes venues de 31 pays – preuve que l’expérience était partagée.

Pourtant, « les entreprises qui ont le mieux résisté à la crise financière de 2008 sont celles qui comptent des femmes dans leur conseil d’administration », assure la Marocaine Fathia Bennis, ex-directrice générale de la Bourse de Casablanca, aujourd’hui à la tête de Maroclear, le dépositaire central des valeurs mobilières du royaume.

Mais si les effets positifs de la présence des femmes au sein des instances dirigeantes des entreprises, soulignés notamment par les rapports « Women Matter » (« les femmes comptent ») réalisés annuellement par McKinsey, semblent évidents aux yeux des participantes, les « panélistes » ont insisté sur le chemin qui reste à parcourir.

Un combat sur le long terme

Selon le cabinet de conseil, en 2017, en moyenne 5 % des postes de direction générale en Afrique étaient occupés par des femmes, tandis qu’elles étaient 9 % dans les conseils d’administration des entreprises d’Afrique du Nord (contre 11 % en Afrique de l’Ouest, 16 % en Afrique de l’Est et 20 % en Afrique australe). Des chiffres qui ne sont pas plus mauvais que ceux affichés par d’autres pays, comme l’Inde (12 %), la Chine (10 %) ou le Brésil (7,2 %), mais que l’initiative Women in Business s’est promis de contribuer à améliorer.

Les blocages psychologiques, le manque de volonté de certains gouvernements, des programmes éducatifs à la traîne… Autant de freins identifiés, et qui doivent être dépassés, estime Sandrine Wamy, directrice des systèmes d’information de Bolloré Transport & Logistics (BTL, 7,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017). « Sinon, on se retrouvera d’année en année avec le même discours. C’est un combat sur le long terme que nous devons prendre à bras-le-corps, notamment en faisant pression sur les entreprises, les gouvernements et les administrations avec lesquels nous échangeons, la société civile… », a-t-elle lancé.

La Charte de la diversité du genre, élaborée en partenariat avec Deloitte lors d’un atelier stratégique à l’occasion de l’Africa CEO Forum, les 25 et 26 mars à Kigali, est l’un des engagements proposés lors du forum, avec la mission pour les participantes de convaincre leurs entreprises d’en devenir signataires. Parmi les entreprises représentées figuraient des banques (Merryll Lynch, Ecobank), le géant pharmaceutique Pfizer et les cabinets de conseil Deloitte et KPMG, ainsi que la CDC tunisienne. « Cette charte repose sur quatre principes : mixité dans le recrutement, équité de rémunération, mixité du management et mixité du conseil d’administration », résume Emna Kharouf, associée chez Deloitte, qui assure avoir déjà reçu des manifestations d’intérêt de la part d’une quarantaine d’entreprises.

Kamissa Camara, ministre malienne de l’Économie numérique (2e à g.), entourée (de g. à dr.) de Sandra Locoh-Donou, de Lendable	; Marie-Andrée Gamache, de Merck Group	; Yvonne Bettkober, de Microsoft	; et Ngozi Madueke-Dozie, de Kwesé Iflix.

Kamissa Camara, ministre malienne de l’Économie numérique (2e à g.), entourée (de g. à dr.) de Sandra Locoh-Donou, de Lendable ; Marie-Andrée Gamache, de Merck Group ; Yvonne Bettkober, de Microsoft ; et Ngozi Madueke-Dozie, de Kwesé Iflix. © François Grivelet / AWIB 2019 pour ja

Politique de quotas

Le texte laisse toute latitude aux signataires quant à la définition de leurs objectifs et de leurs modes d’action, mais implique qu’ils communiquent chaque année leurs indicateurs sur ces quatre principes clés, les prochaines éditions du Women in Business Meeting devant en mesurer l’évolution.

Avec un tel système, on ne peut plus nous servir le discours habituel sur l’absence de femmes spécialistes

Si Emna Kharouf table sur l’engagement des signataires pour faire évoluer la situation dans les entreprises concernées, elle estime qu’à grande échelle « une politique de quotas est quasiment incontournable ». C’est notamment ce qu’a fait le Rwanda, où les femmes doivent représenter au moins 30 % des effectifs à tous les niveaux de l’administration et jusqu’au gouvernement, et qu’applique également Nathalie Munyampenda, directrice générale du Next Einstein Forum, le rendez-vous bisannuel de la communauté scientifique panafricaine.

« Avec un tel système, on ne peut plus nous servir le discours habituel sur l’absence de femmes spécialistes de tel ou tel domaine ou ayant les compétences requises pour recevoir tel ou tel prix. Et la présence de femmes devenant visible, les plus jeunes sont tentées de suivre leur exemple. Il y a quelques années, j’ai dû prendre mon téléphone pour convaincre des chercheuses de postuler aux programmes de bourses du Next Einstein Forum. Pour la dernière édition, les candidates spontanées ont été particulièrement nombreuses », assure-t-elle.


Les sciences, les femmes et l’Afrique

Dans le domaine des sciences et technologies, thème central de cette deuxième édition du Women in Business Meeting, la place des femmes, mais aussi de l’Afrique dans son ensemble, reste marginale. « 2,4 % des chercheurs se trouvent sur le continent. 30 % d’entre eux sont des femmes, avec un fort déséquilibre entre les pays. Plus nombreuses en Tunisie et en Afrique du Sud, elles ne sont que 4 % au Tchad », souligne Alexandra Palt, directrice générale de la Fondation L’Oréal.

Plus globalement, la participation du continent et de sa jeunesse à la révolution digitale en cours est un « enjeu de survie », estime Brenda Mbathi, directrice générale pour l’Afrique de l’Est de General Electric. Si, pour Emna Kharouf, associée chez Deloitte, les entreprises familiales auront sans doute plus de mal que les grosses entreprises qui ont les moyens d’allier innovation et expérience, pour Yves Biyah, directeur général adjoint de Jeune Afrique Media Group, ces efforts sont indispensables, car « le développement de l’Afrique sera technologique ou ne sera pas ».


Prochaine édition sur le continent ?

Le résultat du vote proposé en fin de rencontre sur le lieu du prochain Women in Business Meeting a été sans appel : le prochain forum doit être organisé sur le continent. La question d’y associer des participants masculins a, elle, été amplement débattue. « Condition nécessaire à la progression de la représentation des femmes » pour certaines, cette question est « sans doute encore prématurée », selon une majorité de participantes, qui préfère voir se consolider d’abord le fonctionnement du forum et du réseau qui lui est associé.

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