Économie

[Tribune] Chine-Angola : un remariage de raison

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Conseiller en diplomatie économique

João Lourenço avec Xi Jinping en juillet 2018. © DR

Le mariage de raison entre l'Angola et la Chine a fait son temps, et un nouveau partenariat doit nécessairement le remplacer. L’Angola ne rompra pas cette union, tant sa dette envers l'empire du Milieu s’élève à plus de 23 milliards de dollars.

En 2002, au sortir de vingt-sept années de guerre civile, l’Angola se tourne vers la Chine afin d’assurer sa reconstruction. Faute d’avoir obtenu des Occidentaux et des institutions financières internationales le soutien sollicité, le pays s’engage dans un mariage de raison et noue avec Pékin ces « relations mutuellement avantageuses, sans préconditions politiques », dont parlait le président José Eduardo dos Santos en juin 2006, à l’occasion de la visite du Premier ministre chinois à Luanda.

L’Angola permet ainsi à l’empire du Milieu de développer son modèle de « coopération » fondé sur l’équation « ressources minérales contre infrastructures ». Une approche qu’il étendra bientôt à d’autres pays africains sous l’appellation de « modèle angolais ». On estime que, depuis 2002, plus de 60 milliards de dollars de financements chinois ont ainsi été injectés dans l’économie angolaise.

Distanciation

La chute du prix du pétrole, en 2014, touche de plein fouet l’économie angolaise et affecte naturellement le « partenariat gagnant-­gagnant » noué entre les deux pays. Mais si celui-ci est aujourd’hui remis en question, c’est aussi en raison des choix politiques du président João Lourenço. En faisant de la lutte anticorruption l’axe central de son programme, le chef de l’État questionne forcément les pratiques peu transparentes de son prédécesseur et de sa garde rapprochée, qui avaient trouvé certains avantages dans le mode opératoire des lignes de crédit chinoises. Le président a d’ailleurs annoncé récemment qu’il n’était plus question de gager les revenus pétroliers afin d’obtenir des financements.

Beaucoup d’argent a été dépensé pour des infrastructures qui montrent déjà des signes évidents de fatigue

Cette distanciation est sans doute la conséquence de deux évolutions récentes, très significatives. Au niveau interne, il apparaît de plus en plus évident que les Chinois n’ont pas livré un travail de qualité et qu’ils n’ont pas utilisé la main-d’œuvre locale comme préalablement agréé. Beaucoup d’argent a été dépensé pour des infrastructures qui, après dix ans d’utilisation, montrent déjà des signes évidents de fatigue. Cette constatation n’est pas neuve, mais le fait que les instances du pouvoir l’admettent est un signe qui ne trompe pas.

Rerrain d’affrontement entre Chinois et Américains

Ce mécontentement se double de considérations plus géostratégiques. Comme une partie du continent, l’Angola est devenu un terrain d’affrontement entre Chinois et Américains. Et Washington a manifestement l’oreille du président Lourenço, qui a bien compris qu’un rapprochement avec les États-Unis présentait un intérêt vital pour son pays.

Des officiels et autres conseillers américains interviennent déjà auprès d’un certain nombre d’organismes angolais, à commencer par le bureau de récupération des fonds illicitement transférés. Par ailleurs, la présence d’institutions internationales implantées aux États-Unis – FMI, Banque mondiale et bientôt la Société financière internationale (IFC) – ne peut que renforcer une sensibilité plus occidentale.

La dette de l’Angola envers la Chine s’élève à plus de 23 milliards de dollars

La Chine prête à renégocier

Ce changement n’a pas échappé aux Chinois, qui se disent néanmoins prêts à nouer un nouveau type de partenariat. Fidèle à son approche pragmatique et équilibrée en matière de politique étrangère, l’Angola ne rompra pas son union avec la Chine. D’ailleurs, le pourrait-il vraiment alors que sa dette envers celle-ci s’élève à plus de 23 milliards de dollars, qu’une bonne partie de son infrastructure est made in China et que plus de 250 000 travailleurs chinois sont toujours présents dans le pays ? Sans oublier qu’à plus de 65 % sa production pétrolière sert à rembourser la dette contractée, ce qui laisse peu de marge pour les finances publiques nationales. Pas de divorce donc, mais l’Angola va très certainement renégocier les clauses du contrat.

La Chine a accepté de financer l’Angola à un moment où ce pays n’était guère « fréquentable ». L’énorme besoin de ressources minérales de l’un a rencontré la soif de reconstruction de l’autre. Ce mariage de raison a fait son temps, et un nouveau partenariat devra nécessairement le remplacer. Ses contours sont flous et dépendront sans doute de ce que la fiancée occidentale pourra apporter. Être « fréquentable » est une chose, mais encore faut-il que la dot soit intéressante !

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