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Tunisie : fin de carrière au sommet pour Férid Ben Tanfous, désormais ex-président d’ATB

Le banquier Férid Ben Tanfous © DR

La carrière de Férid Ben Tanfous est marquée par les chiffres. Rien que de très normal pour un banquier. Le 18 en particulier. Comme le nombre d’années qu'il a passées à l’Arab Tunisian Bank (ATB), dont il vient tout juste de quitter la présidence, à 66 ans, au terme d’un parcours exceptionnel.

Rien ne destinait Férid Ben Tanfous à une carrière dans la finance. Titulaire d’un diplôme d’études approfondies (DEA) en droit, ce Djerbien discret et affable se voyait plutôt épouser un destin juridique. C’était compter sans Hamadi Bousbia, son mentor à la Banque centrale de Tunisie (BCT).

« Je préfère l’avoir à mes côtés que contre moi », dit de lui l’ancien directeur général de la BCT, qui décide de le prendre sous son aile en 1982. À la BCT, Férid Ben Tanfous enchaîne les postes à responsabilité et restera, là aussi, dix-huit ans. Il fait partie de ceux qui posent les fondamentaux de l’ouverture de l’économie, avec, en 1995, les négociations de l’accord de libre-échange avec l’Europe, puis la conclusion d’accords financiers avec des pays partenaires de la Tunisie et, avant cela, en 1992, la consécration de la convertibilité courante.

Il prend alors la direction du change, du commerce extérieur et des relations financières avec l’étranger. Un tremplin pour l’Union tunisienne des banques (UTB, Paris) – devenue depuis Tunisian Foreign Bank – , dont il développe les activités en tant que PDG au mitan des années 1990.

De 3 % à 9 % de part de marché

Férid Ben Tanfous prend ensuite les commandes de la Banque économique de développement de Tunisie (BDET), puis celles de la Banque nationale agricole (BNA). Au début des années 2000, l’homme amorce un virage : il quitte le public pour le privé et atterrit à l’Arab Tunisian Bank (ATB). Un défi brillamment relevé. Le déploiement du réseau et l’optimisation des ressources permettent à l’ATB de passer de 3 % à 9 % de part de marché entre 2001 et 2018. Sur la même période, l’établissement multiplie ses dépôts par 5,7 et ses engagements par 7.

En 2017, l’ATB est le troisième établissement au monde à recevoir la certification ISO 27001 pour les solutions d’e-banking et de mobile banking

Les fonds propres croissent chaque année de 11,1 % en moyenne. En 2010, la certification MSI 20000 propulse l’ATB parmi les banques tunisiennes répondant le mieux aux normes internationales les plus rigoureuses. Sept ans plus tard, l’établissement est le troisième au monde à recevoir la certification ISO 27001 pour les solutions d’e-banking et de mobile banking.

Responsabilité sociétale

Car l’action de Ben Tanfous s’oriente aussi vers la jeunesse, à travers l’innovation bancaire, ou la carte C’Jeune, destinée aux 13-25 ans. Il y a aussi l’ATB Challenge, lancé en 2006, qui récompense les jeunes Tunisiens porteurs d’un projet original et novateur, ou encore le prix Mustapha Azouz, un concours de littérature pour enfants sponsorisé par la banque.

C’est que le banquier a la ferme conviction que les entreprises doivent assumer leur responsabilité sociétale. Leurs dirigeants aussi : élu président de l’Association professionnelle des banques tunisiennes (APBT) en 2008, Ben Tanfous tient à transmettre son expérience en enseignant dans des organismes spécialisés, comme l’Institut de financement du développement du Maghreb arabe (Ifid).

Un temps pressenti pour devenir gouverneur de la BCT en 2016, Férid Ben Tanfous plaide pour la privatisation des banques publiques. Celui qui fut de nombreuses années consul général honoraire de Suède à Tunis s’est aussi vu élevé au rang de commandeur de l’Ordre royal de l’Étoile polaire par le roi Carl XVI Gustaf. Le banquier a toujours su ménager ses effets. Sa sortie par la grande porte, au firmament de sa carrière, l’atteste.

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