Gastronomie

Jah Jah by Le Tricycle, le resto qui rend (presque) végan

Daqui Gomis et Coralie Jouhier ont ouvert Jah Jah by Le Tricycle en mai 2017.

Daqui Gomis et Coralie Jouhier ont ouvert Jah Jah by Le Tricycle en mai 2017. © Elodie Ratsimbazafy pour JA

Inspiré par la cuisine africaine, végane et l’alimentation rasta, Jah Jah by Le Tricycle propose, à Paris, des plats savoureux, copieux et pas chers.

Avouons-le, j’y allais à reculons. Jusqu’ici mes tentatives de restos « végé » s’étaient limitées à ingurgiter sous la contrainte des veloutés de chou-fleur vaguement parsemés de graines de sésame ou des briques de courge aussi riquiqui que coûteuses. Bilan de l’opération : une pitance bien maigre et dure à avaler (comme l’addition, d’ailleurs). Le manque de protéines et de lipides m’ayant conduit à me rendre d’urgence dans un kebab pour une remise en forme en mode sauce samouraï.

L’établissement Jah Jah by Le Tricycle, malgré son nom biscornu (qu’on comprendra plus tard), m’a rassuré dès sa façade, plantée dans le quartier du Château-d’Eau, bien connu de la communauté afro. Derrière de grandes vitrines apparaissent les produits utilisés par les cuistots : bananes plantains, ananas bio pain de sucre du Bénin, fruits à coque divers.

Passé la porte d’entrée, je me suis senti transporté à Kingston (c’est du moins l’idée que je m’en fais). Cette cantine « afro-végane » aux longues tables en formica – 60 couverts – mise sur le rouge-jaune-vert. Drapeaux arborant le Lion de Juda, albums du grand Bob exposés comme des trophées, fresques représentant Augustus Pablo et Gregory Isaacs… Ne manquait à cette ambiance « Irie » qu’un peu de chanvre indien, en guise de déco, bien sûr.

Sur un grand tableau, le menu du jour : succinct (ce qui est bon signe pour la fraîcheur des aliments) et tentant. Il y a notamment un « bol cru » mêlant salade de chou, salade de carotte, fenouil, mangue et rolls (des roulés semblables aux makis japonais… mais sans poisson). Je repère aussi un « burger végan » dans lequel le steak a été remplacé par du portobello (un champignon brun, à la texture très charnue).

Crudité et mafé

Un coup d’œil sur les prix détend aussitôt mon portefeuille : le bol est à 13 euros sur place (10 euros à emporter) et le burger à 12 euros. J’opte pour le bol. Je suis de bonne volonté mais pas au point de troquer mon steak contre un champignon. Mes expériences douloureuses m’amènent à commander également un petit plat de bananes plantains, juste au cas où.

Bol chaud : stew de lentilles, épinards, carottes, courgettes rôties, gratin de bananes plantains, riz, salsa mangue, tomates, brochettes de protéines de soja, sauce jerk / Jah Jah by Le Tricycle, rue des petites écuries (Paris X)

Bol chaud : stew de lentilles, épinards, carottes, courgettes rôties, gratin de bananes plantains, riz, salsa mangue, tomates, brochettes de protéines de soja, sauce jerk / Jah Jah by Le Tricycle, rue des petites écuries (Paris X) © Elodie Ratsimbazafy pour JA

L’assiette arrive. Et un nouveau point en faveur du Jah Jah : elle déborde littéralement de crudités et réserve de très bonnes surprises ! Les carottes sont assaisonnées façon mafé. Le fenouil s’acoquine à l’orange. Une feuille de salade creuse transporte de l’ananas, de la mangue et des fruits de la passion. Et une petite sauce mêlant coco et cacahuète permet aux rolls de faire trempette. Bref, je dévore, je dévore… quand soudain, je n’ai plus faim. L’estomac terrassé par les crudités, je louche vers mes bananes plantains non encore entamées : elles finiront dans un doggy bag.

On a simplement voulu faire dans un restaurant ce qu’on préparait pour nous

Ce jour-là, la patronne est présente, sa fille de 1 an et demi dans les bras. Pantalon pattes d’eph’, gilet en jean, casquette vissée sur son épaisse chevelure rousse, Coralie Jouhier, 30 ans, a créé Jah Jah by Le Tricycle en mai 2017 avec son compagnon, Daqui Gomis. « Lui a des racines en Guinée, moi en Martinique, et nous avons aussi des origines sénégalaises… On a simplement voulu faire dans un restaurant ce qu’on préparait pour nous, confie-t-elle. Et montrer que ce n’est pas que pour les Blancs. OK, aux États-Unis, c’est dans l’air du temps dans la communauté afro, mais, en Afrique, personne ne se dit : “Tiens, je vais manger végan !” » Le public – plutôt clair de peau – présent lors de ma venue, confirme qu’il va encore falloir prêcher longtemps la bonne parole.

Bientôt en Guinée ?

Mais le couple est habitué. Ils ont commencé par pédaler pendant dix-huit mois (d’où le « tricycle » présent dans leur nom), il y a six ans, pour proposer des hot dogs végétariens lors de festivals et de concerts. « À l’époque, les non-végétariens ne voulaient rien savoir… Maintenant ils viennent sans se poser de question. » Il faut dire que leur formule « melting-popote » réinvente les basiques de la cuisine végane en puisant dans des recettes traditionnelles (mafé de légumes, n’dolé au kale) et en misant sur des épices peu connues (piment jamaïcain et piment « végétarien »…).

Un grand lieu où l’on pourrait aussi sensibiliser notre clientèle… En Guinée, ce serait super !

Face au succès de cette deuxième adresse parisienne (la première étant Le Tricycle, rue de Paradis), les amoureux envisagent de créer une succursale en Afrique de l’Ouest : « Un grand lieu où l’on pourrait aussi sensibiliser notre clientèle… En Guinée, ce serait super ! Là-bas les noix de cajou ne coûtent rien, et on les utilise beaucoup dans nos recettes ! » Vivement.

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