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« De sang et de rage », l’heroic fantasy nigériane qui fait écho au mouvement Black Lives Matter

De sang et de rage, de Tomi Adeyemi, traduit de l’anglais par Sophie Lamotte d’Argy, Nathan, 560 pages, 19/euros

De sang et de rage, de Tomi Adeyemi, traduit de l’anglais par Sophie Lamotte d’Argy, Nathan, 560 pages, 19/euros ©

Avec Zélie Adebola, Tomi Adeyemi donne une héroïne africaine à un genre prisé des adolescents et ignoré jusque- là par les auteurs du continent.

Children of Blood and Bone : avant même sa sortie américaine, le premier livre de la Nigériane Tomi Adeyemi faisait déjà parler de lui. En février 2018, une tenture géante reprenant la couverture du roman, à paraître en mars, recouvrait la façade du musée de cire de Madame Tussauds, sur le Walk of Fame de Hollywood.

Aspirant à la célébrité, un visage de femme noire coupé au niveau du nez y arborait une incandescente chevelure blanche. Les mieux informés dans le monde de l’édition pouvaient lui donner un nom : Zélie Adebola, première héroïne à la peau ébène d’un cycle de heroic fantasy. Une Hermione Granger africaine – comme le soulignaient nombre de journalistes, en référence à la série à succès des Harry Potter.

De Hunger Games à Black Lives Matter

L’auteure a été inspirée par le mouvement Black Lives Matter.

L’auteure a été inspirée par le mouvement Black Lives Matter. © Ronke Champion/editions nathan

Déjà, les rumeurs allaient bon train : Zélie Adebola était née, en l’espace d’un mois, de l’imagination enfiévrée d’une jeune femme de 23 ans. Le manuscrit de ses aventures s’était vendu pour une somme « à sept chiffres » à la maison d’édition Henry Holt Books for Young Readers. Un accord était en cours pour l’adaptation cinématographique.

Mieux encore, la jeune auteure avait créé son monde et ses personnages en réaction au mouvement Black Lives Matter et en opposition à des posts racistes, sur les réseaux sociaux, à propos d’une scène du film Hunger Games, où une petite fille noire est sauvagement assassinée. Lors d’une interview accordée à Vulture en février 2018, avant la sortie de son livre, Tomi Adeyemi répondait ainsi à ces internautes : « Je vais faire quelque chose d’aussi bon que Hunger games, tous les personnages seront noirs et vous allez devoir aimer cette chose avec tout plein de Noirs ! »

 

Écrire ce roman a été pour moi la seule façon de surmonter la peur, la colère et l’impuissance

Depuis, le livre a été publié, puis traduit en français par les éditions Nathan sous le titre De sang et de rage. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’en manque pas. Il serait bien vain de résumer en une page un roman qui en compte presque 600, mais l’on peut tout de même dire qu’il s’agit de la quête d’une jeune fille dont la mère a été assassinée par les gardes de l’implacable roi Saran, seigneur et maître de la terre d’Orïsha. Et cette quête devient, au fond, celle de tous ceux qui étaient autrefois capables de magie, désormais qualifiés de « cafards » par le pouvoir en place. Leur puissance était en effet telle que le souverain a tout fait pour l’éradiquer, notamment en exterminant les adultes des dix « clans Maji » d’Orïsha…

Zélie, accompagnée de sa fidèle lionaire (une sorte de lion à cornes), de son frère Tzain et de la propre fille de Saran, Amari, parviendra-t-elle à récupérer ses pouvoirs et à ressusciter la magie ? Ou trouvera-t-elle sur son chemin tous les sbires de Saran, montés sur leurs léopardaires des neiges, et Inan, son fils… son si beau fils ?

Surmonter la colère

Impossible de ne pas se laisser emporter par une intrigue menée bon train, même si l’écriture est parfois poussive et répétitive. Quant à la violence et à l’amour qui suintent de chaque page, ils viennent nous rappeler que la romancière africaine-américaine vit bien dans l’Amérique d’aujourd’hui, et que ce n’est pas toujours beau à voir.

« Lorsque j’ai écrit De sang et de rage, je regardais constamment le journal télévisé, écrit-elle dans sa postface. On y voyait des hommes, des femmes et des enfants noirs se faire tirer dessus par la police alors qu’eux-mêmes étaient désarmés. Écrire ce roman a été pour moi la seule façon de surmonter la peur, la colère et l’impuissance qui m’accablaient. »

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