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Yasmina Khadra ausculte la corruption et le désir à Tanger

Yasmina Khadra, à Paris, en septembre 2016.

Yasmina Khadra, à Paris, en septembre 2016. © Vincent Fournier/JA

Avec son polar « L’outrage fait à Sarah Ikker », dans lequel un lieutenant marocain enquête sur le viol de sa femme, l'écrivain algérien Yasmina Khadra met au grand jour les bas-fonds de l’âme humaine.

Yasmina Khadra revient aux amours de ses débuts : le polar. Le commissaire Llob, le personnage culte de ses premiers romans algériens, a un double marocain à Tanger, le lieutenant Driss Ikker. Dès les premières pages, c’est un antihéros que l’on découvre. Ivre mort, allongé à côté d’une prostituée dans une chambre d’hôtel miteuse. Le flic fuit depuis une semaine la terrible réalité : sa femme, Sarah, a été violée. Cette façon de se dérober à l’outrage fait à Sarah Ikker, qui donne son titre à l’ouvrage, le rend encore plus détestable.

C’est la grande force de l’écrivain algérien que d’oser prendre à rebrousse-poil ses lecteurs en leur présentant son protagoniste par ses lâchetés et ses vilenies. Un pari osé que la force implacable de l’intrigue, portée par de multiples rebondissements, permet de tenir. Yasmina Khadra sait nous happer et nous maintenir en haleine grâce à une enquête qui, chaque fois qu’elle répond à une question, en soulève dix autres. Les fausses pistes et les faux-semblants sont de vrais ressorts narratifs.


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L’art de Khadra tient en sa mise en scène impeccable. Ce n’est pas un hasard si l’on emprunte au vocabulaire du cinéma : on voit ce que l’on lit. Les références qui viennent à l’esprit sont les classiques de l’âge d’or du polar américain. Khadra a fait voyager sa plume à Cuba, en Irak, en Afghanistan, en Somalie, en Belgique… et chaque fois il capte l’ambiance d’une région, d’un pays, d’un lieu. Son sens de la formule se révèle autant dans les descriptions que dans les dialogues ciselés.

Machine à broyer

La force du style se double d’une observation fine des mœurs. Khadra ausculte les points de friction des sociétés, le polar est le scalpel avec lequel il porte le fer dans leurs plaies. Dans L’outrage fait à Sarah Ikker, Khadra parle de corruption, un thème récurrent chez lui. Les systèmes mis en place par les puissants, ses cibles préférées, ont pour bras armé les pouvoirs judiciaire et policier. Pour gravir les échelons, aucun autre choix que de se plier aux règles du jeu. La machine à broyer les faibles s’installe inéluctablement. Les bas-fonds de l’âme humaine sont ainsi mis à jour de façon cruelle et magistrale.

L’outrage fait à Sarah Ikker est un roman à part entière qui pourrait se suffire à lui-même. On sait toutefois que c’est le premier volet d’une trilogie : on salive d’avance à l’idée de lire la suite.

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