Mode

Mode – Sénégal : DiarraBlu, de Dakar à Miami en passant par Abidjan, New York et Los Angeles

Les créations de la marque DiarraBlu. © Caab Ousmane El Hassane Sidibe

Diarra Bousso, chercheuse et mathématicienne, a fondé une ligne de vêtements dont les imprimés résultent d’algorithmes. DiarraBlu, sa marque, a déjà conquis le monde de la mode.

Concevoir une ligne de vêtements grâce à des algorithmes… C’est le concept de DiarraBlu, griffe fondée en 2015 par la Sénégalaise Diarra Bousso. En guise de données pour la formule à l’origine des imprimés de Linguère, la dernière collection de la marque, la créatrice a compilé des lignes, des courbes, des couleurs et des formes qui évoquent les codes culturels de l’empire du Djolof au XVIIIe siècle.

« DiarraBlu célèbre mon héritage ainsi que mes cultures sénégalaise et wolof. Elle intègre aussi ce qui fait mon identité, c’est-à-dire les mathématiques, à travers une technique mêlant algorithmes et artisanat. Quant aux coupes et motifs, ils font la part belle à la géométrie », raconte Diarra Bousso, « directrice chargée de la mathématique créative ».

Mille imprimés à la seconde

Une dénomination qui permet de mieux comprendre un travail qui s’inscrit dans l’univers de la fashion tech. À 30 ans, celle qui officie également comme chercheuse et enseignante en mathématiques créatives – discipline qui permet d’appréhender l’art par la science – pour un organisme de la Silicon Valley (Californie) affirme qu’il lui faut deux mois pour élaborer un algorithme. « Une fois créé, il peut proposer mille imprimés à la seconde. »

De Wall Street à la mode

Née à Dakar, la jeune femme obtient une bourse puis quitte le Sénégal à l’âge de 16 ans pour intégrer le campus norvégien du United World College (UWC). À la fin de ses études secondaires, elle obtient une autre bourse pour l’Université Macalester, dans le Minnesota, où elle suit un triple cursus en mathématiques, statistiques et économie.

Diplômée en mai 2011, elle devient trader à Wall Street deux mois plus tard. Un métier qui lui pèse dans la mesure où il fait peu de place à ses activités artistiques : un blog sur lequel elle parle mode et publie ses photos de streetstyle (elles sont notamment reprises dans les pages styles du New York Times et dans Vogue Italia).

« Au bout de deux ans, j’ai démissionné, bien que gagnant très bien ma vie, pour rentrer à Dakar. » À 23 ans, elle monte la société Dakar Boutique Group et s’essaie à la confection de vêtements en compagnie de sa mère, Khoudia Dionna.

Aujourd’hui, cette société dédiée à la mode et au lifestyle et dont sa mère est la directrice générale, chapeaute ses deux marques de vêtements : DiarraBel – qui propose des pièces en wax – et DiarraBlu. Cette dernière consacre des vêtements fluides, en lin, coton ou soie, à l’aspect architectural et aux motifs uniques. « Je fais beaucoup de kimonos et de combinaisons convertibles. Il est possible de porter ces dernières de dix-neuf façons différentes. »

Une histoire de famille

Et le bleu, propre au tissu indigo, prédomine. « Cette couleur est un clin d’œil à mon goût pour le voyage. Elle rappelle l’océan et l’infini. Deux éléments qu’il est aussi impossible de quantifier. C’est la couleur de l’infini dont on utilise le symbole… en mathématique », souligne celle qui a repris le chemin des études en 2017.

Cette année-là, elle passe un concours pour intégrer l’université de Stanford avec bourse à la clé. Elle décroche, au bout d’un an, un master en enseignement des mathématiques créatives tout en suivant des cours en entreprenariat, en design et en programmation musical.

Dès lors, sa vision de DiarraBlu se métamorphose. « Les choses sont devenues plus claires : j’allais désormais faire en sorte que ma marque, reflet de ma culture, revêt aussi un aspect technologique et intellectuel. »

DiarraBlu c’est aussi une histoire de famille. Si sa mère est à la tête de la marque, son père, Elhadji Amadou Gueye, fait office de conseiller financier tout en siégeant au sein de son conseil d’administration. L’une de ses sœurs, basée à Londres, est en charge de la stratégie quand une autre, depuis le Minnesota, s’occupe de l’image de la marque.

« La mode est la deuxième industrie la plus polluante au monde après les transports. Aujourd’hui, je voudrais que l’on augmente l’utilisation de tissus naturels comme le coton, le lin et de matières biodégradables comme le lyocell, le cupro ou le tencel. »

L’aventure Vogue

Les pièces DiarraBlu coûtent entre 90 et 300 dollars. « Nos produits les plus chers sont les sacs de luxe, qui vont de 1 500 à 15 000 dollars. » Aujourd’hui, outre la boutique à Dakar, DiarraBlu dispose d’entrées au sein d’espaces multimarques à Abidjan, Nairobi, Maputo, Brazzaville, Bamako, Aspen, Los Angeles et Miami.

La marque est également basée à New York avec un showroom situé dans Garment District à Manhattan.

Mi-mai, Diarra Bousso a vu le célèbre mannequin Kendall Jenner poser dans les pages du Vogue américain avec un bas de maillot signé DiarraBlu. « En avril dernier, grâce à mon équipe de communication à New York, j’ai rencontré Virginia Smith, rédactrice en chef mode de Vogue US, et son équipe. Ils m’ont demandé si je pouvais leur prêter mes pièces pour un éventuel shooting. J’ai ensuite découvert mon modèle porté par Kendall Jenner dans le numéro du mois de juin », se souvient la jeune femme encore sous le coup de l’émotion.

Par la suite, Virginia Smith lui envoie un mail qui laisse présager une belle aventure : « L’équipe de Vogue a beaucoup de respect pour ce que tu fais et notre collaboration ne fait que commencer ». Diarra Bousso n’en revient pas.

« Je crois qu’elle a été impressionnée par mon discours qui tranche, sans doute, avec ce que l’on a l’habitude d’entendre. Je ne suis pas rentrée en Afrique pour aider ou sauver qui que ce soit avec mon projet. Je suis rentrée pour que l’Afrique m’aide. »

La prochaine collection de DiarraBlu, dévoilée début juin,  sera disponible dès le mois de novembre 2019.

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