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« Fille de France » : Elisa Diallo face au spectre de l’extrême droite au pouvoir en Europe

Elisa Diallo.

Elisa Diallo. © Dieter Schwer/editions flammarion

Dans « Fille de France », Elisa Diallo livre une réflexion sur le racisme et l’identité dans une Europe qui fraie avec l’extrême droite.

À 18 heures, au soir des élections européennes, Elisa Diallo est euphorique. Les Verts sont arrivés en tête à Mannheim, en Allemagne, où cette responsable des droits pour une maison d’édition vit depuis dix ans, avec mari et enfants. Si l’AfD triomphe dans les landers de l’ex-RDA, le parti d’extrême droite ne dépasse pas les 11 % au niveau national. Mais, à 20 heures, son excitation retombe : le Rassemblement national atteint 23 % en France, ce pays où elle est née il y a quarante-deux ans, d’un couple franco-guinéen. Des résultats qui font écho aux espoirs et aux peurs qu’elle livre dans Fille de France.

S’assurer un « back-up identitaire »

Dès les premières pages de cet essai, Elisa Diallo s’inquiète de voir l’extrême droite prendre un jour l’Élysée. « Dans mes heures les plus sombres, je me demande ce qu’il adviendrait de nous, Afro- et Arabo-Européens, si l’Europe décidait une fois pour toutes qu’elle ne veut pas de nous », frémit l’auteure. Elle raconte donc sa décision de s’assurer un « back-up identitaire » : la naturalisation allemande. Pour elle, les nationalistes ne triompheront plus outre-Rhin. Plus dans ce pays traumatisé par les horreurs de son passé nazi.

Mais cette démarche va remuer bien plus de choses qu’elle ne l’imaginait. « Cela m’a ramenée à plein de questions qui me travaillent sur ma nationalité, mes origines », explique-t-elle. À commencer par celles du côté de son père, qui a quitté la Guinée juste après l’indépendance pour intégrer la première promotion de l’université Patrice-Lumumba, créée par Khrouchtchev pour les étudiants des pays récemment décolonisés.

Elisa Diallo s’étonne de cette époque où « un Africain voyageur n’était pas forcément suspect ». Pour obtenir ses papiers allemands, elle s’engage dans un parcours éprouvant, parfois humiliant, destiné à « un public que l’on soupçonne ouvertement de ne pas partager ne serait-ce que les normes les plus basiques du vivre-ensemble “à l’européenne” ».

 


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Récit national

Une épreuve qui la renvoie à ses blessures de « fille mal-aimée ». Au racisme qu’elle a subi dans le 15e arrondissement de Paris, toujours contrainte de réaffirmer, presque de justifier, son identité de Française. Puis aux « trahisons » qui l’ont fait douter de son pays natal : le débat sur la déchéance de nationalité en 2015, qui distingue les « vrais Français » de ceux issus de l’immigration, « soumis au “peuple”, à ses humeurs et à ses émotions ». Ou, trois ans plus tard, le refus du président Macron de laisser accoster les migrants secourus par l’Aquarius en Méditerranée.

La chancelière allemande, elle, martèle que le défi de l’immigration est loin d’être à la hauteur des peurs que l’on agite. « Angela Merkel me faisait plus rêver que Barack Obama huit ans plus tôt, avoue la jeune expatriée. Parce que l’Allemagne a réussi à inventer un récit national de reconstruction, fondé non pas sur la fierté nationale, mais sur l’amour de la démocratie et de l’ouverture, j’y vois la possibilité d’un avenir fécond pour une véritable société multi­ethnique. » Si son cœur penche encore pour la France, Elisa Diallo sera donc « allemande de raison ».

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