Capital-investissement

Capital-investissement : Amethis dépasse ses objectifs

Le fonds a investi en 2018 dans Merec Industries, groupe meunier de premier plan au Mozambique. Ici, l’usine de Nacala, dans le nord-est du pays. © Merec Industries.

L’engouement des investisseurs pour le nouveau véhicule panafricain du gestionnaire de fonds Amethis valide, selon ses fondateurs, leur stratégie axée autour de prises de participation minoritaires dans des groupes familiaux bien établis.

« Il faut rester modeste », sourit un associé de la société de capital-investissement Amethis. En pareille situation, d’aucuns le seraient moins. Au début de juin, le nouveau véhicule d’investissement Amethis Fund II a été clos à 375 millions d’euros, soit 25 % de plus que l’objectif initial, comme l’a dévoilé Jeune Afrique Business+.

Dans l’atmosphère tendue du private equity africain, avec, d’une part, des rendements affectés par les dépréciations de devises et la faible croissance dans plusieurs gros marchés (Nigeria, Afrique du Sud…) et, d’autre part, des bailleurs échaudés par la faillite en 2018 du dubaïote Abraaj, qui a longtemps compté parmi les leaders du continent, Amethis peut se targuer d’aller à contre-courant.


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Aux quelque soixante investisseurs privés, souvent familiaux et européens, qui avaient abondé son premier fonds panafricain (275 millions d’euros en 2013-2014) se sont joints une quarantaine de nouveaux acteurs, dont pour la première fois des institutions de financement du développement.

Ces dernières, parmi lesquelles le britannique CDC, la Banque européenne d’investissement, IFC, Proparco, l’allemand DEG et la banque publique BpiFrance, représentent 30 % du nouveau véhicule. « Les négociations sont certainement plus complexes [après l’affaire Abraaj], mais nous avons l’avantage d’être régulés [au Luxembourg] par une autorité respectée, avec des contrôles systématiques, ce qui apporte un certain confort aux investisseurs », explique Aurélie Pujo, associée et directrice juridique.

Intuitions confirmées

« La réussite de cette levée de fonds signale que le continent continue d’attirer des investisseurs, même si l’on est loin de l’effervescence des années 2011-2012, et prouve que des opérateurs privés, dont des family offices [gestionnaires de patrimoine] sont prêts à investir en Afrique », explique Luc Rigouzzo, codirigeant avec Laurent Demey de l’entreprise fondée en 2012, après leur départ de l’investisseur public français Proparco, dont ils étaient aux commandes. « Cela signale aussi que nous sommes un acteur un peu différent.

Le capital-­investissement est d’abord et avant tout une industrie de partenariats. Avec nos investisseurs, nous apportons aux entreprises de notre portefeuille un réseau de cent entrepreneurs, qui sont des partenaires potentiels », complète Laurent Demey.


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Pour Amethis, le succès du nouveau tour de table vient confirmer la validité de ses intuitions de départ et de son business model. Dès ses débuts, ses associés ont résolument choisi de se tourner vers les familles d’entrepreneurs. D’abord pour mobiliser des fonds, notamment auprès des clients d’Edmond de Rothschild Private Equity – dirigé par Johnny El Hachem –, qui est l’actionnaire majoritaire de la société d’investissement. Mais également pour ses investissements.

Un ADN très « famille »

« Nous sommes des actionnaires minoritaires stratégiques et ciblons le segment du midcap, celui des futures très grandes entreprises africaines », explique Laurent Demey. La quasi-totalité des entreprises accompagnées par Amethis sont familiales.

Parmi elles, le distributeur de carburants Pétro Ivoire, accompagné par le fonds pendant cinq ans. À la fin de 2018, lorsque Amethis a revendu ses parts à la famille Kadio-Morokro, la valeur de l’entreprise avait doublé. C’est aussi le cas pour son investissement, en 2015, dans l’imprimeur kényan Ramco, contrôlé par la famille d’origine indienne Patel. Idem pour le groupe de bancassurance NSIA de l’Ivoirien Jean Kacou Diagou.

L’investisseur a également construit des liens profonds avec les Dalais, à Maurice. Amethis a aidé à restructurer leurs participations dans le secteur financier et détient un quart du holding Ciel Finance. Même chose avec les Hiridjee (Madagascar), dont le conglomérat Axian a abondé le nouveau fonds. « Notre ADN est très “famille”. Nous parlons la même langue et répondons aux mêmes inquiétudes, qu’il s’agisse des processus de décision, du fonctionnement du conseil d’administration, etc. », souligne l’associé Jean-Sébastien Bergasse (ex-Proparco), responsable de la zone Afrique de l’Est.

Expériences réussies

Avoir opté pour l’entrepreneuriat familial rend d’autant plus cruciale la réussite des premières expériences d’investissement. « Il faut être très vigilant et tenir ses engagements. C’est un petit monde, et les gens se renseignent entre eux », ajoute Jean-Sébastien Bergasse. Les bonnes relations avec la famille Patel (Ramco) ont facilité les rapports avec la diaspora du sous-continent indien au-delà du Kenya, jusqu’au Mozambique, où le fonds a investi l’an dernier dans Merec Industries (meunerie), dirigé par Mhamud Charania, un proche du réseau Aga Khan.


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Même dynamique en Afrique de l’Ouest, où l’expérience réussie avec Pétro Ivoire a facilité les négociations menées par la directrice d’investissement Khady Koné-Dicoh pour l’entrée au capital du burkinabè Sodigaz, de la famille Bolly. « La qualité de la relation avec le sponsor [propriétaire de l’entreprise] est déterminante dans la création de valeurs pour la société et donc pour le retour sur investissement », complète Laureen Kouassi-Olsson, chargée du bureau Afrique de l’Ouest.

Autre intuition payante selon Amethis : le choix de pays non dépendants du secteur extractif. « Nous investissons surtout dans des économies dont la croissance est décorrélée des matières premières et dans des entreprises réalisant des produits qui accompagnent la croissance du consommateur urbain africain », explique Luc Rigouzzo.

Fintech, outsourcing, services à la personne… Les nouveaux secteurs à cibler

Comme le note un rapport publié l’an dernier par l’association professionnelle de capital-investissement Empea : « Les investissements exposés aux fluctuations des prix des produits de base ou dépendant des dépenses discrétionnaires [non courantes] des consommateurs peuvent avoir des difficultés à se redresser. » Le portefeuille d’Amethis reflète cette préoccupation. « Traditionnellement, nous avons investi dans les biens de consommation et la distribution – nous considérons que la finance est aussi liée à la distribution.

Avec le nouveau fonds, nous allons cibler également des secteurs émergents, comme la fintech (paiement, gestion d’actifs…), les services aux entreprises, l’outsourcing et les services à la personne (santé, éducation) », détaille Laurent Demey. « Les investisseurs sont satisfaits de la tournure prise par les événements, car les promesses ont été tenues, notamment aussi pour ce qui est des pays visés (Côte d’Ivoire, Kenya, Maroc…) », se félicite Johnny El Hachem.

Outre l’extension des secteurs ciblés, Amethis devrait également accroître ses tickets d’investissements : entre 15 millions et 30 millions d’euros, contre 10 à 25 millions d’euros pour le fonds précédent. Selon les informations de JA, deux nouveaux investissements sont attendus d’ici à la fin de juillet. Sans surprise, il s’agira cette fois encore « d’accompagner des groupes familiaux africains pour qu’ils deviennent les futurs champions régionaux », assure la direction d’Amethis.


La mésaventure Chase Bank

Un échec rare dans le palmarès d’Amethis… L’investissement de 10,5 millions de dollars (en 2013) du gestionnaire dans Chase Bank paraît sérieusement compromis. Endettée et avec un bilan alourdi de créances douteuses, la banque kényane a été placée sous administration judiciaire en 2016 et revendue au mauricien SBM Holding en 2018.

Mais un quart des dépôts ne sont pas couverts par le repreneur, et, au début de juin, des plaintes ont été déposées par des clients contre la banque centrale et contre Deloitte, pour défaut de signalement de supposées malversations commises par le management de Chase Bank – qui, par ailleurs, doit encore environ 250 millions de dollars à des prêteurs internationaux, dont Amethis et l’allemand DEG.

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