Nouvelles technologies

[Tribune] Pas de révolution technologique sans souveraineté numérique

Par

Vice-président de Huawei pour l'Afrique du Nord

L’effervescence autour du cyberespace laisse présager que la révolution numérique sera l’un des moteurs du développement du continent. © Wikimedia Commons/Colin

Plusieurs piratages informatiques récents montrent que les pays africains doivent se doter d'une souveraineté numérique, en disposant notamment de data centers sur leur propre territoire, et en réduisant leur dépendance à l’égard d’acteurs extérieurs.

En juillet 2019, se tiendra, au Cap, en Afrique du Sud, le troisième Cyber Security Symposium Africa (CSSA), qui met en lumière la nouvelle prise de conscience africaine à propos de la sécurité informatique. De récents événements ont en effet prouvé que le continent était exposé aux attaques affectant les autres régions du globe. Au début de mars, une banque sénégalaise a été victime d’un piratage au cours duquel des comptes crédités de sommes modestes se voyaient transformés en comptes richement dotés.

Au total, ce sont ainsi plus de 250 millions de F CFA (plus de 380 000 euros) qui ont été momentanément volés à la banque, avant la découverte des coupables. Cet exemple montre que personne n’est à l’abri, et que la sécurité des réseaux est primordiale, en Afrique comme dans le reste du monde.

L’entrée dans un âge où la cybersécurité devient un problème quotidien rend de plus en plus crucial l’enjeu de la souveraineté numérique

Réduire la dépendance des États

Les attaques perpétrées contre les grands acteurs du numérique traduisent l’impuissance absolue des clients, lorsque la sécurité de serveurs établis à l’étranger ne dépend que des mesures de sécurité prises (dans le meilleur des cas) par une entreprise sur laquelle leur État n’a aucun pouvoir d’assistance ni de sanction. L’entrée dans un âge où la cybersécurité devient un problème quotidien rend de plus en plus crucial l’enjeu de la souveraineté numérique. Par cette notion, nous entendons la capacité d’un pays ou d’un continent à se doter de ses propres infrastructures de cœur de réseau, et à réduire sa dépendance à l’égard d’acteurs extérieurs à sa zone.


>>> À LIRE – Piratage : quand l’Afrique prend sa sécurité en main


La souveraineté numérique constitue avant tout un moyen pour les États et les citoyens de reprendre le contrôle sur la manière dont sont utilisés et protégés les canaux de communication à l’importance vitale pour la stabilité économique et sociale. Les risques de dépendance à l’extérieur sont aussi illustrés par les récents scandales portant sur la manipulation des réseaux sociaux dont de nombreuses régions du monde ont été victimes.

Là encore, il est indispensable pour les pays africains de disposer de data centers sur leur propre territoire, car c’est uniquement sur les sites hébergés en leur sein que les États pourront exercer pleinement leur pouvoir de régulation. Néanmoins, même sur les sites hébergés à l’étranger, les États africains peuvent faire prévaloir des législations portant sur la protection des données. C’est en effet sur ces bases que s’édifie une souveraineté numérique affirmée, qui passe par une consolidation des infrastructures et des législations locales afin de protéger au maximum les réseaux continentaux des problèmes extérieurs.

La création de centres de formation de développeurs devient un besoin impérieux

Pour l’émergence des talents

Mais, au-delà des infrastructures matérielles, la création d’un espace numérique proprement africain exige le développement d’applications recourant aux technologies de pointe. Pour cela, la création de centres de formation de développeurs devient un besoin impérieux, car si les financements et les techno­logies ne manquent pas, les talents, pour le moment, restent rares.

Pour tirer pleinement parti des promesses de l’intelligence artificielle, du big data et de la robotisation, les pays africains auront besoin d’experts nationaux capables de cerner les enjeux locaux avec plus d’acuité que des experts étrangers qui pourraient avoir tendance à reproduire des méthodes valides uniquement sur leurs marchés d’origine.


>>> À LIRE – Bruno Mettling : « En 2030, l’Afrique sera le continent le plus numérique du monde »


La constitution d’une souveraineté numérique africaine n’est par conséquent ni un slogan ronflant ni un projet hors de portée. Au contraire, cette souveraineté est un élément clé du leap frog numérique africain, puisqu’elle est le cadre dans lequel se développera l’écosystème d’infrastructures, d’institutions et d’applications, grâce auquel les pays du continent pourront accélérer leur développement industriel et bâtir une prospérité durable.

La construction de cette souveraineté numérique ne se fera certes pas en un claquement de doigts, car elle requerra rigueur, méthode et, surtout, l’assistance de l’ensemble des partenaires techno­logiques qui voient l’émergence de l’Afrique comme un avantage pour le monde entier.

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