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Cet article est issu du dossier «Franc CFA : ce qui doit changer»

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Économie

[Tribune] Franc CFA : même minoritaire, la présence française ne semble pas opportune

Par

Economiste, Ancien Contrôleur Général et ancien Conseiller Spécial du Gouverneur de la BCEAO

Des coupures en francs CFA d'Afrique de l'Ouest. © J.A.

Si des réformes fondamentales s'imposent pour faire évoluer le système monétaire de la zone franc, « il ne s'agit surtout pas de jeter le bébé CFA avec l'eau du bain », estime l'économiste Théophile N'Doli Ahoua.

Depuis quelques mois, on assiste à une recrudescence des débats autour de la zone franc et du franc CFA. Parfois empreints de passion, ils conduisent à des mouvements sociaux et même à des crises diplomatiques, comme ce fut récemment le cas entre la France et l’Italie. Les critiques sont nombreuses : certaines viennent d’hommes politiques ou de partis en mal de publicité ; d’autres, plus sérieuses, émanent d’universitaires et d’économistes. Mais, qu’elles soient de bonne ou de mauvaise foi, beaucoup de contre-­vérités circulent.

Vers un changement de nom ?

Il ne faut pas balayer d’un revers de main ces oppositions. Certes, le franc CFA, créé en décembre 1945, a déjà connu beaucoup de réformes : africanisation de la gouvernance des banques centrales en 1972-1973, création des unions économiques et monétaires en 1994, contrôle sur les mouvements de capitaux en 1996, substitution de l’euro au franc français en 1999, renforcement de l’indépendance des banques centrales en 2010… On peut donc clairement affirmer aujourd’hui que le franc CFA des débuts n’est pas le même que celui d’aujourd’hui.


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Mais d’autres réformes fondamentales peuvent encore être entreprises. À commencer, bien sûr, par le changement du nom de la monnaie. Cela ne devrait pas susciter d’opposition franche, fût-ce de la part de nos partenaires. Mais l’opération aurait un coût financier non négligeable, en raison notamment du retrait des billets en circulation et de leur remplacement par d’autres.

Le système financier offre plusieurs alternatives

De même, nous pourrions revenir sur le fait que des représentants français siègent dans les conseils d’administration et les comités de politique monétaire de certaines banques centrales. En qualité d’ancien cadre dirigeant de la BCEAO et d’ex-membre des conseils des ministres de l’Umoa et de l’Uemoa, je peux saluer leur apport technique. Leur présence est considérée comme la contrepartie de la garantie de convertibilité et n’a pas pour but de donner à la France le pouvoir d’influer sur la gestion monétaire courante, en particulier, et celle des banques centrales, en général.

Malgré des discussions parfois houleuses entre représentants français et africains, jamais ces derniers ne se sont laissé imposer quoi que ce soit. Les rapports sont toujours restés cordiaux, et les intérêts des États du continent ont toujours été préservés. Il faut néanmoins admettre que, même minoritaire, cette présence française ne semble pas opportune et est exploitée à des fins de dénigrement du franc CFA. Dans la même veine, il est aussi possible d’envisager un mécanisme qui remplacerait celui du compte d’opérations, abrité par le Trésor français. Le système financier offre, en effet, plusieurs alternatives.


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Il importe toutefois de faire très attention et de ne pas succomber à la critique facile sans prendre d’indispensables précautions. Car la monnaie est une question sensible et un secteur très fragile. Une mauvaise gestion peut entraîner des chamboulements difficiles à maîtriser.

L’économie, l’équilibre social et sécuritaire peuvent s’en trouver fortement affectés. Ne l’oublions jamais : la monnaie implique une notion de confiance. Or celle-ci pourrait être remise en question en cas de changements à l’emporte-pièce, opérés sans une réflexion profonde sur les contours réels du problème et les graves conséquences qui seraient susceptibles de s’ensuivre. Alors, attention : ne jetons surtout pas le bébé CFA avec l’eau du bain !

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