Musique

« On reste des affamés » : BCUC, la transe afro-funk-rock incendiaire de Soweto

Les musiciens dans leur QG « Food Zone ». © Pierre MERIMEE/REA

Formé il y a seize ans à Soweto, BCUC a fini par rencontrerle succès loin de l’Afrique du Sud, où il est encore souvent considéré comme un groupe de doux dingues.

Le regard de Jovi s’assombrit. « On nous a dit de composer des chansons de trois minutes pour passer à la radio, puis de réaliser des clips calibrés pour pouvoir apparaître à la télé… et, quand on a refusé tout ça, on nous a pris pour des fous ! » tonne le chanteur de BCUC (pour Bantu Continua Uhuru Consciousness) avant un concert donné à Paris, le 28 mai, à La Cigale. « Mais ce que nous sommes, c’est un groupe de scène. C’est l’expérience humaine qui donne un sens à la musique… Tu vas voir ce soir, on va foutre le feu, te mettre en colère, t’affamer, te posséder ! »

En sortant de l’entretien, on se dit que le meneur en fait peut-être un peu trop… Et puis on fait l’expérience du concert, explosif, euphorisant, qu’une spectatrice résume bien à la sortie de la salle par ces termes : « J’ai l’impression qu’on m’a fait une piqûre d’énergie ! »

Mixer le patrimoine

Définir la musique de BCUC est une mission impossible. Un critique évoquait un « mélange de free-jazz afro et d’électro-funk-rock psychédélique »… On préfère préciser qu’il suffit de quelques minutes à la formation sud-africaine pour plonger son public dans une transe collective et durable.

Une basse électrique impulse les mélodies tandis que plusieurs tambours brodent sur des rythmiques tribales du peuple Shangaan Tsonga d’Afrique du Sud. Sur les phrases musicales qui s’entremêlent de façon hypnotique viennent se greffer les voix des musiciens. Celle de Jovi joue sur les distorsions et prend des accents punk… D’où un drôle de cocktail qui perturbe à la fois les amateurs de musique traditionnelle et de musique moderne.

« On a grandi en écoutant le groupe vocal Ladysmith Black Mambazo, ou encore du maskandi [un folk polyrythmique zoulou] ; nous avons aussi tous appris la musique à l’église… Tout cela nous a formés, souligne Jovi. Mais, aujourd’hui, nous proposons quelque chose de plus radical, en mixant ce patrimoine avec d’autres choses que nous aimons : revisiter des chants ethniques séculaires en y ajoutant un peu de rock, par exemple. Le public sud-­africain, très conservateur, n’est pas prêt pour ça. Nos mères, nos grand-mères nous ont dit qu’on détruisait leur musique ! »

Créé en 2003, le groupe a fait des choix risqués : des morceaux longs (jusqu’à une vingtaine de minutes), pas de guitares électriques (envisagées au début de l’aventure, mais jugées trop « pop »), une musique à vivre en concert plutôt qu’à savourer à la radio ou à la télé. Les débuts ont été difficiles… C’est seulement à partir de 2012 que BCUC a commencé à faire plus de représentations dans son pays d’origine. Et c’est finalement en 2016 en France, aux Transmusicales de Rennes, que la carrière de BCUC a réellement décollé. La même année, Antoine Rajon, cocréateur du label Nyami Nyami Records, fait presser quelques centaines d’exemplaires de leur premier album, Our Truth. Depuis, il y a eu Emakhosini puis The Healing, sorti le 10 mai dernier, deux disques parus chez Buda Musique, un autre label indépendant français.


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« Affamés »

Le groupe sème aujourd’hui sa transe communicative à marche forcée… mais surtout côté occidental. Pas moins d’une quarantaine de dates sont prévues d’ici au début de septembre. Mis à part le festival Mawazine, au Maroc, le 21 juin, et l’Afropunk Fest Brooklyn, à New York, le 25 août, tous les concerts ont lieu au nord de la Méditerranée. « On aime jouer en Europe pour des questions d’argent, évidemment, mais aussi parce que le public est curieux de tout, même des expériences les plus folles », lance Jovi sans ambages.

On reste des “affamés”, on en veut plus, devenir le meilleur groupe du monde…

Le groupe sème aujourd’hui sa transe communicative à marche forcée… mais surtout côté occidental. Pas moins d’une quarantaine de dates sont prévues d’ici au début de septembre. Mis à part le festival Mawazine, au Maroc, le 21 juin, et l’Afropunk Fest Brooklyn, à New York, le 25 août, tous les concerts ont lieu au nord de la Méditerranée. « On aime jouer en Europe pour des questions d’argent, évidemment, mais aussi parce que le public est curieux de tout, même des expériences les plus folles », lance Jovi sans ambages.

Les membres de BCUC, qui résident toujours à Soweto hors tournée, n’envisagent pas, pour l’heure, de se recentrer sur l’Afrique du Sud. « Là-bas, on nous propose à peine six ou sept concerts sur une période de neuf mois », regrette Jovi. Mais tout reste à faire. Des featurings prestigieux sur le dernier album (le slameur américain Saul Williams et le Nigérian Femi Kuti) pourraient leur ouvrir d’autres portes en Afrique. « Nous sommes encore jeunes… un groupe qui n’a que 3 ans, si l’on s’en tient au moment où on a commencé à être connus, sourit la choriste Kgomotso. On reste des “affamés”, on en veut plus, devenir le meilleur groupe du monde… Notre musique a changé notre vie, on veut qu’elle puisse changer la vie de ceux qui nous écoutent, aussi en Afrique. »

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