CAN 2019

CAN 2019 : les favoris et outsiders d’une compétition qui s’annonce inédite en Égypte

Cérémonie du tirage au sort de la CAN 2019, le 12 avril, sur le site des Pyramides de Gizeh.

Cérémonie du tirage au sort de la CAN 2019, le 12 avril, sur le site des Pyramides de Gizeh. © KHALED DESOUKI/AFP

Pour la première fois de son histoire, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) se jouera à vingt-quatre, et en été. Et c'est l’Égypte, place forte du ballon rond continental, qui accueille la compétition.

Il y a six ans, quand la Confédération africaine de football déclarait ouvert le dépôt de candidatures pour accueillir la CAN 2019, l’Égypte ne figurait pas sur la liste des prétendants, dans laquelle on trouvait le Cameroun, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, d’improbables candidatures à deux (Kenya, Ouganda), à trois (Malawi, Zambie, Zimbabwe) et même à quatre (Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Sierra Leone). La CAF, alors présidée par Issa Hayatou, avait confié au Cameroun l’organisation de sa plus belle compétition, et, jusqu’au 30 novembre 2018, le pays de Samuel Eto’o, malgré des signaux négatifs envoyés plus ou moins sciemment par l’instance, croyait encore être en mesure d’accueillir la première CAN à vingt-quatre.

On connaît la suite. Face aux retards pris dans les travaux du tournoi, la CAF avait décidé de lui en retirer l’organisation. Un choix conforté par la situation sécuritaire d’un pays confronté à la crise anglophone et aux exactions de Boko Haram. Les Camerounais disposent donc de deux ans pour régler, au moins partiellement, leurs problèmes, pour recevoir l’élite du football africain en 2021.

Et c’est à l’Égypte, préférée à l’Afrique du Sud et malgré un contexte intérieur peu rassurant – le pays vit sous état d’urgence et est la cible fréquente d’attaques terroristes – qu’a été confiée la mission de gérer la CAN, à une époque de l’année où les températures, particulièrement élevées, au Caire, Alexandrie ou Suez ne sont pas les plus propices à la pratique du football.

Mais ça n’est pas une première pour le pays des Pharaons, qui a déjà accueilli la CAN à quatre reprises. En 1959, avec trois participants, en 1974 et en 1986, avec un quota porté à huit, et enfin en 2006, dans le format à seize qui a prévalu de 1998 à 2017 (l’édition 1996, en Afrique du Sud, aurait dû se jouer à seize, mais le Nigeria avait déclaré forfait pour des raisons de sécurité et n’avait pas été remplacé). Le pays est bien doté en infrastructures sportives et hôtelières, et son réseau de transports est plutôt développé.

Malgré cela, ceux qui connaissent Le Caire savent qu’y circuler est une épreuve, et la pollution, mêlée à la chaleur de l’été, va faire souffrir les organismes des joueurs, déjà fatigués par une saison longue et éprouvante.

Mohamed Salah, star de l'équipe égyptienne. © Rui Vieira/AP/SIPA

Pour Claude Le Roy, « il est toujours très difficile d’y gagner »

L’Afrique du football s’est donc donné rendez-vous dans le pays qui détient le plus grand nombre de titres (sept), dont trois gagnés au Caire (1959, 1986 et 2006), ce qui fait dire à Claude Le Roy, qui avait perdu avec le Cameroun la finale de 1986, « qu’il est toujours très difficile d’y gagner ». En 1974, les Léopards congolais, dont chaque performance était suivie de très près par le maréchal Mobutu, avaient eu l’outrecuidance d’empêcher les Pharaons d’ajouter un trophée à leur collection.

Cette année, malgré l’objectif fixé à Florent Ibenge, le sélectionneur des Léopards, qui consiste le plus simplement du monde à rentrer à Kinshasa avec la coupe, il semble difficile d’imaginer les Congolais de 2019 refaire le coup de leurs aînés il y a quarante­-cinq ans. Cela ne veut pas dire que la RD Congo n’aura aucun rôle à jouer. Avec le Mali, la Guinée, et éventuellement l’Afrique du Sud, elle fait partie de ces équipes capables d’aller assez loin dans la compétition.

Au-delà de Salah

Car l’élargissement de la phase finale a permis à tous les habitués d’assurer leur présence à la table des invités. Enfin, presque tous, puisque le Burkina Faso, le Gabon, le Togo et la Zambie ont dévissé plus ou moins tôt lors des qualifications, laissant leur place à quelques nouveaux et autres revenants. L’avantage, lorsque arrive le moment de se livrer au petit jeu des pronostics, est qu’il ne faut pas chercher bien loin pour dégager des grands favoris, des moyennement favoris et des gros outsiders, même si la différence entre ces deux dernières catégories est souvent infime.

Comme le disait Le Roy, vaincre les Pharaons chez eux n’est jamais facile. Surtout quand évolue dans leur équipe un joueur de classe mondiale comme Mohamed Salah, boosté par la Ligue des champions 2019, qu’il vient de gagner avec Liverpool. Mais résumer l’Égypte à Salah, à la ferveur de son public et à l’avantage du terrain serait une erreur. L’attaquant des Reds est bien entouré, et le Mexicain Javier Aguirre a donné à son équipe une identité de jeu un peu plus jubilatoire que celle imposée par son prédécesseur, l’austère Hector Cuper.

Aliou Cissé à Saly le 4 juin 2019 lors de l'ouverture du stage de préparation pour la CAN 2019. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Avec l’Égypte, deux autres profils de vainqueur semblent se dégager, le Sénégal et le Maroc

L’Égypte, le Sénégal et le Maroc : les favoris

Avec l’Égypte, deux autres profils de vainqueur semblent se dégager, le Sénégal et le Maroc. Ces deux sélections ont en commun d’être entraînées depuis respectivement quatre et trois ans par le même coach (Aliou Cissé et Hervé Renard), preuve que la stabilité technique a parfois du bon. Un message que ne semble pas avoir reçu l’Algérie, proche du titre de championne du monde au jeu du changement de sélectionneur depuis cinq ans – sept depuis la Coupe du monde 2014 et le départ de Vahid Halilhodzic.

Les deux Lions – de la Teranga et de l’Atlas – ont aussi pour eux la qualité de leurs effectifs respectifs – Sadio Mané (Liverpool), Kalidou Koulibaly (Naples), Ismaïla Sarr (Rennes), côté sénégalais ; Mehdi Benatia (Al-Duhail Qatar), Hakim Ziyech (Ajax Amsterdam), Younès Belhanda (Galatasaray), côté marocain.

L'attaquant sénégalais Sadio Mané célèbre son but face au Japon lors de la phase de poules du Mondial en Russie, le 24 juin 2018. © Vadim Ghirda/AP/SIPA

Aux côtés de ces trois favoris que sont l’Égypte, le Sénégal et le Maroc, on retrouvera la Tunisie – avec ses qualités techniques, incarnées par Youssef Msakni, Wahbi Khazri ou Naïm Sliti –, la Côte d’Ivoire, le Nigeria et, évidemment, le Ghana, le Cameroun et l’Algérie, version [Djamel] Belmadi.

Le nom du futur champion d’Afrique est sans doute à chercher parmi cette liste élargie, ce qui offre pas mal de possibilités aux pronostiqueurs, y compris aux plus audacieux. Et il n’est pas interdit d’espérer qu’un « sans-grade » s’invite au bal des prétendants. Après tout, l’Islande et le pays de Galles avaient bien atteint respectivement les quarts et les demi-finales de l’Euro 2016…


Débutants et revenants

Le passage à vingt-quatre équipes a logiquement favorisé l’arrivée sur la scène continentale de sélections qui n’avaient encore jamais participé à la CAN. Le Burundi, la Mauritanie et Madagascar ont réussi cette performance, les insulaires étant même les premiers à avoir validé leur qualification ! Le Burundi a réussi à éjecter le Gabon de Pierre-Emerick Aubameyang, ce qui n’est tout de même pas anodin, tout en restant invaincu dans son groupe.

Absents depuis beaucoup moins longtemps, le Kenya, la Namibie et le Bénin feront aussi leur retour.

Quant à la Mauritanie, elle est venue confirmer les avancées réalisées depuis sept ans et l’arrivée à la tête de la fédération d’Ahmed Ould Abderrahmane, un homme d’affaires ambitieux et novateur. À ce trio francophone vient s’ajouter toute une armée de sélections qui avaient disparu des écrans radars de la CAN depuis plus ou moins longtemps. On pense surtout à la Tanzanie, très discrète depuis 1980, date de sa dernière prestation continentale. Absents depuis beaucoup moins longtemps, le Kenya (2004), la Namibie (2008) et le Bénin (2010) feront aussi leur retour. Des équipes qui pourraient apporter un peu de fraîcheur à la compétition.

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