Droits de l’homme

[Tribune] Algérie : il s’appelait Kamel Eddine Fekhar

Par

Benaouda Lebdai est professeur des universités et chroniqueur littéraire, spécialiste de littérature africaine.

Kamel Eddine Fekhar est mort en détention le 28 mai dernier à Blida, dans le nord de l'Algérie.

Kamel Eddine Fekhar est mort en détention le 28 mai dernier à Blida, dans le nord de l'Algérie. © Facebook/Kabylie City

Dans cette Algérie qui se veut démocratique, mourir en prison pour ses idées est inadmissible, comme le démontre le décès de l’Algérien Kamel Eddine Fekhar, un militant des droits de l’homme.

Défendre ses convictions quelles qu’elles soient est sans aucun doute honorable dans le cadre d’un débat démocratique. Leur être fidèle en devenant militant démontre que l’on se sent investi d’une mission. C’était sans doute le cas de l’Algérien Kamel Eddine Fekhar, mort en détention le 28 mai dernier à Blida, dans le nord du pays.

Kamel Eddine Fekhar défendait la liberté d’être et l’exigence de vivre dans une vraie démocratie. Dans une vidéo datant de la fin du mois de mars, il dénonçait des pratiques « ségrégationnistes » à l’encontre des Mozabites dans la wilaya de Ghardaïa.

« Révolution du sourire »

Kamel Eddine Fekhar a été emprisonné pour ses idées précisément, ce qu’il n’a jamais accepté. Son refus d’une incarcération injuste avait poussé ce médecin de profession, engagé dans la défense des droits humains, à entamer une grève de la faim. Pour se faire entendre. Pour être remis en liberté.

Son décès a provoqué une vague d’indignation parmi les marcheurs, bien au-delà de la région du Mzab

Son geste n’avait rien d’une manœuvre, d’un acte de manipulation. Ce praticien n’ignorait rien des risques qu’il prenait en cessant de s’alimenter. Le silence des autorités carcérales a eu raison de lui, en dépit de sa témérité et de son courage à aller jusqu’au bout de sa révolte. Son état de santé s’est détérioré tant et si bien qu’il a été transféré de sa cellule vers l’hôpital Frantz-Fanon de Blida. Mais trop tard. Kamel Eddine Fekhar est mort.


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Son décès, tragique, est intervenu dans un contexte politique particulier en Algérie : celui des marches de la « révolution du sourire », qui ont lieu chaque vendredi depuis le 22 février 2019. Son décès a provoqué une vague d’indignation parmi les marcheurs, bien au-delà de la région du Mzab, d’où il était originaire.

Bravoure

Dans cette Algérie qui se veut démocratique, où le peuple demande la fin de la corruption, la liberté d’être et l’unité du pays, mourir en prison pour des idées est inadmissible. L’appel à l’aide de Kamel Eddine Fekhar, au moyen de la grève de la faim, dans le pays de Frantz Fanon, de Larbi Ben M’hidi et de Didouche Mourad n’a malheureusement pas été entendu.

Afin que son combat pour la démocratie demeure un exemple de bravoure, pour que chaque Algérien vive dans le respect et la dignité dans un pays culturellement et linguistiquement multiple, sa mémoire devrait être honorée dans le respect des uns envers les autres.

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